SAUVETAGES DE LA STATION DE SAINT PIERRE ( 1911 - 1920 )

Vous trouverez ci-après, la liste commentée des sauvetages réalisés par le canot de sauvetage de la station de Saint-Pierre, mais aussi des sauvetages réalisés par de courageux particuliers de Saint-Pierre et même aussi quelques informations diverses.

A noter : 
Les dates indiquées ne sont pas toujours au jour près. Je les ai rectifiées par recoupements dans la grande majorité des cas. Les noms des protagonistes est parfois fantaisiste, exprimés approximativement ou phonétiquement. Je les ai rectifiés par recoupements et connaissance des noms locaux... 

Les commentaires et informations sont tirés des Annales du Sauvetage en Mer (ou des articles de la presse locale tels Ouest-Éclair, Le Finistère, la Dépêche de Brest, etc).

Code des couleurs :
Les sauvetages effectués par le canot de sauvetage
Les actes de sauvetage non effectués par le canot de sauvetage
Les sorties "blanches" du canot de sauvetage et autres informations diverses


29 avril 1911 - Assistance au Bateau de pêche «Rédempteur»

J'ai l'honneur de vous rendre compte de la sortie effectuée hier au soir par le canot de sauvetage « Papa Poydenot » de notre station.

A 5 h. 30, le bateau de pêche « Rédempteur » n° 2495 Q., patron Tanniou (Vincent), du port de Saint-Pierre, revenant de vendre le produit de sa pêche au Guilvinec, fut surpris par l'ouragan à 3 milles Ouest-Sud-Ouest. La mer était très grosse, ce n'était qu'un brisant partout. Je fis prévenir le patron Kerloc'h de mettre le canot à la mer afin de porter assistance au « Rédempteur » pour la rentrée au port ; en effet, arrivé à hauteur de la Petite-Voleuse et en prenant les alignements pour entrer, le bateau a été rempli par les lames et, sans les secours donnés à temps par l'équipage du canot de sauvetage « Papa Poydenot » au milieu des brisants, nous aurions certainement eu à déplorer la perte de l'équipage et du bateau lui-même.

Le Secrétaire du Comité de Sauvetage, Lazennec (François-Marie), Chef-guetteur.

Armement du canot « Papa Poydenot » : Kerloc'h (Yves-Joseph), patron ; Tanniou (Vincent), sous-patron ; L Floc'h (Nonna), Carval (Allain), Calvez (Jacques,), LeFloc'h (Louis), Loussouarn (Louis), Stéphan (Nonna), Calvez (Charles), Lelgouach (Vincent), Tanneau (François), Jégou (Jean-Marie), canotiers.


19 juillet 1911 - Sauvetage accompli par M. Floch et les jeunes Loussouarn et Goyat 

(Article du journal «La dépêche de Brest» du 25 juillet 1911)

PENMARC'H

Jeunes sauveteurs. — Plusieurs jeunes gens se baignaient, mercredi, dernier, dans le port de Saint-Pierre-Penmarch, lorsque l'un d'eux, Loussouarn, 11 ans, appela au secours. II venait d'être pris de crampes et ne pouvait plus se servir ni se ses bras, ni de ses jambes. Le frère de Loussouarn et le jeune Jean Goyat, 10 ans, se dirigèrent immédiatement vers la victime et tentèrent vainement de la ramener à terre. Le frère du baigneur fut bientôt obligé de lâcher prise. Mais Goyat demeura sur les lieux et prêta assistance à son malheureux camarade jusqu'à l'arrivée de M. Bernard Floch, qui se jeta à l'eau tout habillé et parvint à sauver Loussouarn. M, Floch, qui a déjà accompli plusieurs sauvetages, et Jean Goyat, sans lequel Loussouarn se serait infailliblement noyé, ont été vivement félicités par les personnes présentes. Souhaitons que la récompense qu'ils ont si bien méritée leur soit bientôt accordée. Ajoutons que le père de Goyat, gardien de phare, a à son actif plusieurs actes de courage et de dévouement. Quant à son grand-père, M. Colin, qui a été chef gardien de phare pendant 20 ans aux Glénans, il possède de nombreuses médailles de sauvetage. 

2 décembre 1911 - Assistance à l'entrée des canots dans le port de «saint-pierre»

J'ai l'honneur de vous rendre compte de la sortie effectuée hier après-midi, à 3.h 30, du canot de sauvetage « Papa Poydenot » de notre station, pour donner assistance aux bateaux de pêche de Saint-Pierre pour leur rentrée au port. Le vent ne soufflait qu'à jolie brise du Sud, mais la mer était très grosse ; ce n'est qu'avec beaucoup de mal et en profitant des embellies et escortés du canot au fur et à mesure de leur arrivée, qu'ils ont tous pu rentrer sains et saufs.

A la nuit, le patron voyant une chaloupe montée par neuf hommes se dirigeant sur Kérity a aussitôt fait route sur le chenal de la Jument afin de lui porter également assistance en cas de besoin : heureusement il n'eut pas à intervenir, ce bateau ayant fait les passes sans accident.

Le canot « Papa-Poydenot » est rentré au port à 7 h. 30 et remisé à son abri à 8 heures ; l'équipage bien fatigué par une nage de quatre heures ne mérite que des éloges.

Le Secrétaire du Comité de Sauvetage, Lazennec (François-Marie), Chef-guetteur.

6 janvier 1912 - Assistance aux douaniers pour le sauvetage du Trois-mâts «Antoinette»

Extrait des rapports de M. le Directeur des Douanes de Brest et de ceux des comités locaux de Saint-Guénolé, Kérity-Penmarc'h et Saint-Pierre-Penmarc'h.

Le 6 janvier dernier, dans l'après-midi, le trois-mâts goélette nantais "Antoinette", capitaine Boutin, abandonné par le remorqueur (anglais "Warrior" commandé par le cpt Cowes) qui l'avait conduit, se trouvait en perdition dans la baie de la Torche. Les canots de sauvetage de Kérity, de Saint-Pierre et de Saint-Guénolé avaient été retirés de leurs abris en vue de porter, si possible, secours au navire en détresse qui, ballotté par d'énormes lames et chassé par le vent, dérivait vers la pointe de la Torche. Les équipages des embarcations de sauvetage, faisant traîner leurs canots par des chevaux, s'efforçaient en vain de parvenir en face du navire "Antoinette" ; mais celui-ci, sous l'effort irrésistible de la tempête, fuyait le long de la côte.
Le sous-brigadier Le Brec, de Kérity, mis au courant de l'événement, s'empressait de faire appel au concours des préposés Kermorvan et Cariou, seuls agents disponibles à ce moment, et préparait le canon porte-amarre avec le chariot et tous les engins nécessaires. Ayant obtenu l'aide de quelques marins pêcheurs, nos agents partaient à leur tour au pas de course à la poursuite du navire en péril. Cette petite troupe arrivait à 4 h 30 du soir à la pointe de la Torche et y rejoignait les canots de sauvetage que l'état de la mer ne permettait pas de mettre à l'eau. D'ailleurs, le trois-mâts avait disparu, toujours chassé par la tempête. Le syndic de la marine, qui accompagnait les canots, déclara au sous-brigadier que ceux-ci ne pouvaient pousser plus loin, ajoutant que, d'après ses prévisions, l'"Antoinette" devait échouer entre Plovézet et Audierne.
Le Brec ne se découragea point et, persistant dans son entreprise, stimula le zèle de ses compagnons qui, traînant le canon et le matériel, reprirent leur course le long de la côte, tantôt dans les dunes, tantôt par de mauvais chemins. Après avoir parcouru une distance de 12 kilomètres en deux heures d'une marche exténuante, les sauveteurs arrivaient enfin à 5 h. 30 en vue du navire alors naufragé. Le trois-mâts "Antoinette", drossé par le vent contre la côte, talonnait avec violence et son équipage réuni sur le pont attendait avec anxiété qu'un secours lui vînt du rivage. Malgré la distance relativement courte de la terre au navire, l'état de la mer était tel qu'il était impossible de mettre à flot aucune des embarcations de l'"Antoinette". Cependant, les vagues balayaient le pont, l'eau montait dans la cale, et, seule, l'impossibilité d'exécution arrêtait le capitaine dans la décision qu'il avait prise d'évacuer son navire. Une bouée de sauvetage lancée du bord, était parvenue à terre grâce au vent et au courant. Mais bien que cet engin, relié à l'"Antoinette" par une mince corde, eût pu être saisi par les canotiers de Saint-Guénolé, l'absence de matériel s'opposait à toute manœuvre de sauvetage.
La petite troupe de Le Brec arrivait à ce moment, et son chef, sans perdre un instant, prenait aussitôt les dispositions nécessaires. La présence de la bouée évita la nécessité de recourir au canon pour établir la liaison entre le navire et la terre. En halant à bord la ligne qu'il avait lancée, l'équipage de l'"Antoinette" ramena un cordage plus fort fixé par Le Brec. De nouvelles manœuvres permirent d'établir un va-et-vient complet et, grâce à l'emploi de la bouée-culotte, l'équipage en danger put enfin quitter sa pénible position et parvenir à terre. Ce sauvetage nécessita trois heures de lutte et d'efforts, pendant lesquelles les agents des douanes, les patrons des canots de sauvetage et quelques canotiers, arrivés en état de transpiration sur les lieux, restèrent plongés dans l'eau jusqu'à la ceinture, subissant le choc des lames, et parfois obligés de se retenir aux cordages de secours, pour n'être pas enlevés.
L'obscurité complète augmentait les difficultés d'une manœuvre exécutée au moment où la mer était dans son plein et où la tempête atteignait son maximum de violence.
Quatorze hommes furent ainsi sauvés sans accident ; seul, le mousse, indisposé, fut recueilli par un riverain ; le reste de l'équipage accompagna nos agents à Kérity, où ils parvinrent à 10 h.30 du soir.
Les naufragés trouvèrent dans cette localité tous les soins et les réconfortants nécessaires, et des lits furent mis à leur disposition, notamment chez M. Coquelin, maître d'école. Ils devaient leur salut au courage et à la ténacité de Le Brec et de ses auxiliaires.

Pour ce sauvetage, TOUS les protagonistes ont reçu un témoignage de satisfaction de la part du ministre de la Marine. Et plus particulièrement le sous-brigadier Léon-Eugène-Marie Le Brec qui obtint le prix Emile Robin accordé par la SCSN (100 fr).


Pour en savoir plus : Le naufrage de l'Antoinette

Le trois mats «Antoinette» © Charrouin-Méhu

2 Septembre 1912 - Sauvetage accompli par M. Michelot

(Article du Journal «La Dépêche de Brest» du 4 septembre 1912.)

PENMARC'H

Sauvetage. — On nous écrit : 
« Lundi dernier, à six heures du soir, plusieurs enfants s'amusaient sur la cale de Saint-Pierre-Penmarch, quand l'un d'eux, le jeune H... âgé de cinq ans, tomba à l'eau en voulant embarquer dans une plate. La marée étant haute, il y avait à cette heure deux mètres d'eau à la cale. L'enfant se serait infailliblement noyé sans le secours immédiat de M. Michelot, sous-patron des douanes à Quimper, actuellement en permission à Penmarc'h, qui n'hésita pas à se jeter à l'eau et fut assez heureux pour ramener l'enfant à terre sain et sauf. Le courageux sauveteur n'en est pas à son coup d'essai. Espérons que, cette fois, il obtiendra la récompense qu'il mérite. »
 

4 octobre 1912 - Sauvetage de la goélette «Marcelle» accompli par «L'Albatros»

(Article du Journal «La Dépêche de Brest» du 5 Octobre 1912.)

Hier, à midi, les guetteurs sémaphoriques du poste de la pointe de Penmarc'h apercevaient, à trois milles au sud, un brick-goélette faisant des signaux de détresse.

L'alarme fut aussitôt donnée aux canotiers de la station de Saint-Pierre, qui lancèrent leur embarcation de sauvetage pour se porter au secours du navire en péril.

Le garde-pêche Albatros et une goélette, qui avaient également aperçu les signaux de détresse du brick, mirent le cap sur ce navire, qui coulait bas d'eau.

L'Albatros arriva juste à temps pour prendre à son bord l'équipage du voilier en perdition, la Marcelle, du port de Vannes, qui disparut sous les flots à 1 h. 30.

Les naufragés ont été débarqués à Audierne. 


29 mars 1913 - Assistance à la chaloupe de pêche «la-kerityenne»

Le 29 mars, la chaloupe de pêche « La Kéritienne », du port de Saint-Pierre, regagnait son port d'attache ne pouvant tenir sur les lieux de pêche par suite de la violence du vent et de l'état de la mer.

Vers 4 h. 30 du soir, elle voulut franchir l'entrée du port mais elle la manqua et tomba en travers dans les brisants. En ce moment le vent faisait rage de la partie Sud-Ouest, la mer était démontée.

Voyant le danger que courait la chaloupe qui, à chaque instant menaçait de remplir et de se briser sur les récifs, je fis prévenir le patron du canot de sauvetage qui arriva aussitôt et qui, avec l'aide de ses canotiers et de plusieurs personnes présentes, procéda à la mise à la mer du « Papa Poydenot ». Un quart d'heure après, celui-ci se dirigeait à toutes rames vers la chaloupe en question qu'il atteignit vers 5 h. 10, mais n'eut pas à la secourir, tout danger étant écarté à ce moment ; « La Kéritienne » avait réussi à se tirer de sa dangereuse position par ses propres moyens.

Comme le vent continuait à souffler en tempête et que les bateaux de Saint-Pierre et Kérity regagnaient tous leur port, le « Papa Poydenot » se tint en permanence à l'entrée du port de Saint-Pierre jusqu'au passage du dernier bateau. Il rentra à 7 h. 30 sans avarie et une demi-heure plus tard était remisé dans son abri.

Le Secrétaire du Comité de Sauvetage, E. Le Floch, Guetteur sémaphorique.

31 mars 1913 - Sauvetage de la barque «Petit-Français»

Sauvetage par nuit très obscure et mer très forte, de la barque «Petit-Français», montée par quatre hommes le 31 mars 1913, témoignages officiels de satisfaction : MM. Yves-Joseph Kerloch, patron du canot de sauvetage ; Vincent-Marie Tanniou, Henri Le Tanter, Pierre-Marie Le Pape, Vincent Larnicol, Jacques-Joseph-Marie Biger, Julien Dupuis, Baptiste Jégou, Alain Le Carval, Charles Le Roux, Vincent-Marie Tanniou et Jean-Etienne Stéphan, matelots du canot de sauvetage.
 

14 avril 1913 - Sauvetage accompli par M. Larnicol

(Article du journal «La dépêche de Brest» du 16 avril 1913)

PENMARC’H

Sauvetage. — Lundi matin, M. Larnicol, marin-pêcheur à Saint-Pierre-Penmarc’h, effectuait quelques réparations à son bateau, mouillé dans le port, quand son attention fut attirée par un bruissement d’eau le long de son bord : c’était un enfant qui se débattait. Voyant le danger que courait celui-ci, M. Larnicol, sans prendre le temps de se dévêtir, se jeta résolument à l’eau et fut assez heureux pour ramener l’enfant à terre sain et sauf. Le sauveté, le jeune Elgoualc’h, de Saint-Pierre, âgé de quatre ans, se serait infailliblement noyé sans la prompte intervention de M. Larnicol qui, seul, se trouvait sur les lieux de l’accident. 

21 avril 1913 - Secours à la Chaloupe de pêche «Notre-Dame-de-Lourdes»

Hier, 21 avril, vers 17 h. 40, la chaloupe de pêche « Notre-Dame de Lourdes » de Kérity-Penmarc'h, appartenant aux frères Cloarec, se rendait à la pêche aux maquereaux dans la baie d'Audierne lorsqu'en passant entre l'île Nonna et la pointe du sémaphore elle s'échoua à 200 mètres du poste. La mer était grosse, il ventait bonne brise de Sud-Ouest et il y avait environ 2 heures de jusant.

Violemment secoué par les vagues, le bateau menaçait de sombrer. Voyant le danger que couraient les douze hommes d'équipage, je donnai l'ordre de mettre le « Papa Poydenot » à la mer. L'opération, quoique gênée par les embarcations et les énormes tas de goémon qui se trouvaient dans le port, fut rapidement effectuée et un quart d'heure plus tard nos braves canotiers se portaient à travers les brisants au secours des naufragés.

Pendant les opérations de lancement quatre jeunes gens de Saint-Pierre, n'écoutant que leur courage, sautèrent, dans un canot a flot près de la cale, et devançant nos sauveteurs arrivèrent sur les lieux du sinistre environ un quart d'heure avant ceux-ci. La mer baissant rapidement, les neuf hommes restés à bord du bateau échoué refusèrent de quitter leur bord. Le « Papa Poydenot » resta près d'eux prêt à intervenir le cas échéant. Mais au bout d'une demi-heure le bateau naufragé fut complètement à sec, et les neuf hommes purent descendre à terre sains et saufs.

Le canot de sauvetage revint à la station où il arriva à 19 h. 15. Le bateau naufragé lancé il y a à peine 20 jours est très gravement avarié et s'il n'est pas entièrement démoli c'est grâce à la solidité de sa construction.

Le Secrétaire du Comité de Sauvetage, J. Hervé, Chef guetteur.

Le 31 mai 1913 - Livraison du «Léon-Dufour» à la station de Saint-Pierre-Penmarc'h

A trois heures de l'après-midi, les Chantiers Augustin Normand livrent le «Léon-Dufour» à la station de Saint-Pierre-Penmarc'h.

31 mai 1913 - Sauvetage de l'équipage du canot «Petit François»


Dans la nuit du 31 mai au 1er juin vers 23 h. 40 des cris d'appel au secours furent entendus par des marins pêcheurs ; ces cris venaient de la direction de l'île Nonna. Avisé aussitôt, je donnais l'ordre de mettre à la mer le « Léon Dufour ». La nuit était noire, il tombait une pluie battante avec forte brise du Sud-Est ; la mer était grosse par suite de la tempête du Sud qui avait soufflé pendant deux jours jusqu'à hier midi.

L'opération de lancement, malgré l'obscurité et le petit nombre de personnes présentes au début, fut rapidement effectuée et à 23 h. 55 le « Léon Dufour » se portait à travers les brisants vers le point d'où partaient les cris de détresse. Après bien des difficultés, nos braves sauveteurs arrivèrent auprès du bateau naufragé et réussirent à sauver les quatre hommes composant I'équipage du bateau de pêche « Petit François n° 2289-Q », patron Bouguéon.

Ce dernier, ainsi que plusieurs autres pêcheurs, profitant d'une légère accalmie, était sorti hier au soir pour la pêche aux maquereaux lorsque vers 20 heures un violent grain l'obligea à rentrer ses filets et à revenir au port. En louvoyant entre l'île Nonna et la pointe du sémaphore, il s'échoua sur le plateau du Coer à 500 mètres environ de la côte.

Sans le sang-froid et la bravoure du patron Kerloch et ses braves canotiers nous aurions eu à déplorer la mort presque certaine de Bouguéon et des trois jeunes matelots car avec la marée montante leur bateau eût inévitablement été roulé dans les brisants

L'obscurité et la distance qui séparait de la côte les malheureux ne leur auraient pas permis de se sauver.

Après avoir déposé à la cale les quatre naufragés le patron Kerloch a repris le large, pour se porter le cas échéant au secours des autres bateaux qui rentraient. Le « Léon Dufour » dont la carrière a si bien débuté à Saint-Pierre est rentré au port à 2 heures du matin.

Le Secrétaire-Trésorier du Comité de Sauvetage, J. Hervé, Chef guetteur.  


Note KBCP :
La Société de sauvetage a décerné au patron, Joseph Kerloch, la médaille d'or Alexandre Reichardt ; à l'armement du canot de sauvetage, le prix du baron de Joest et le prix Jean Dufour. 

1er juin 1913 - Sauvetage accompli par Vincent LARNICOL et Jean STEPHAN.

1er juin 1913 - Sauvetage accompli par Vincent LARNICOL et Jean STEPHAN.

Sauvetage de nuit, par forte brise, de quatre hommes du canot de pêche « Petit-François ». 


8 juin 1913 - Dans le Journal «la dépêche de Brest»

PENMARC'H

Fête. — A l'occasion de l'inauguration du nouveau canot de sauvetage Léon Dufour, les réjouissances suivantes auront lieu le dimanche 15 juin : à 10 h. 30, concours de natation, pour jeunes gens au-dessous de 10 ans (en caleçon ou maillot) ; à 11 h., concours de natation pour hommes, avec bottes et ciré ; à 11 h. 30, bénédiction du Léon Dufour ; à 12 h. 30, déjeuner à l'Hôtel du phare d'Eckmühl ; à 15 h., course à l'aviron pour canots-annexes ; à 16 h., course à la godille pour plates ; à 17 h., course aux canards ; à 20 h. 30, feu d'artifice. 


15 juin 1913 - Inauguration du nouveau canot, le «Léon-Dufour»

Dimanche a eu lieu, par un temps superbe, l'inauguration du nouveau canot de sauvetage « Léon-Dufour », de la station de Saint-Pierre. Dès 9 heures du matin, une assistance considérable se trouvait réunie autour du canot qui, sorti de son abri et paré de verdure et de guirlandes, avait fort bon aspect. À 10 heures arrive M. Portier, capitaine de frégate de réserve, inspecteur délégué de la Société Centrale, est reçu par les membres du comité, à l'exception de M. Guiziou, président, qui s'était fait excuser, son état de santé ne lui permettant malheureusement pas d'assister à la cérémonie. Le programme annoncé par La Dépêche du 8 juin a été suivi. À 11 h. 30 avait lieu la bénédiction du canot. Parmi les assistants, signalons, aux côtés de M. l'inspecteur Portier, M. Jacques Jégou, ancien patron du canot de sauvetage de Kérity, parrain du « Léon-Dufour », et Mme Guillou, femme du sympathique président de notre comité, marraine ; M. Chardon, maire de Plomeur, et Mme Chardon, marraine de notre ancien canot « Papa-Poydenot », qui a quitté notre station pour celle d'Etel (Morbihan) ; M. le maire de Penmarc'h ; les membres des comités voisins, etc. M. Plouzané, député, retenu à Paris, s'était fait excuser. M. le recteur de Penmarc'h a prononcé un discours, dans lequel il a remercié le donateur et fait l'éloge de nos braves canotiers, qui n'hésitent jamais à s'élancer à travers les vagues furieuses de l'Océan, au secours de leurs frères en danger. Après la cérémonie religieuse, le canot a été mis à la mer ; l'opération s'est effectuée avec un plein succès, aux applaudissements de la foule. Après avoir fait une sortie en dehors du port, le canot a été remisé dans son abri. 

Jacques Jégou, ancien patron
du canot de sauvetage de Kérity

A une heure, un excellent déjeuner était servi à l'hôtel du Phare d'Eckmühl, tenu par MM. Dagorn et Belbeoch. Au Champagne, M. l'inspecteur Portier se lève et prononce les paroles suivantes :

Mesdames, Messieurs, Chers Canotiers,

Il m'est particulièrement agréable de venir vous parler aujourd'hui du nouveau canot offert à notre Société et affecté par elle à la station de Saint-Pierre-Penmarc'h.

Tout d'abord c'est que nous baptisons un grand enfant déjà sorti du berceau pour se montrer un homme. Dans la nuit du premier de ce mois, à peine installé à son poste en attendant notre venue, il est sorti dans la tempête et, vaillamment conduit par le patron Kerloch et son équipage, a arraché quatre hommes à la mort.

Je saisis l'occasion qui m'est offerte de remercier publiquement nos solides canotiers qui n'en sont pas à leur coup d'essai, et qui, sur l'excellent canot mis à leur disposition, pourront sans doute renouveler quelquefois cet effort de courage, de dévouement et de solidarité; je leur souhaite, avec l'aide de leurs braves camarades de Saint-Guénolé et de Kérity, de contribuer à garder le plus longtemps possible le Challenge du « Matin » qui, je le rappelle, a été donné à Penmarc'h pour récompenser le plus beau sauvetage de l'année, en souvenir de la terrible nuit du 30 septembre 1912.

Ce canot nous devions le baptiser du nom de son donateur, le « Léon-Dufour » ; je suis heureux de constater que c'est déjà sous ce nom inscrit à sa poupe qu'il a effectué sa première et fructueuse sortie. La gloire et le bienfait remontent ainsi jusqu'au donateur, la reconnaissance des marins sauvés et de leurs familles va vers lui et c'est justice !

La deuxième raison qui, à nos yeux, ajoute du prix à la cérémonie d'aujourd'hui, c'est que ce canot a été donné à la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés par un de ceux qui ont suivi de plus près, et on peut dire depuis sa fondation, ses efforts et ses succès.

M. Léon Dufour était en effet, comme son père à qui il avait succédé, le notaire chargé des affaires de notre Société ; par une disposition testamentaire, il nous a légué 10.000 francs et sa veuve à complété la somme nécessaire pour que le canot puisse être installé ici.

Nous ne nous trouvons donc pas en présence d'une libéralité toute d'impulsion, comme nous en voyons très souvent de la part de nos généreux donateurs, mais bien d'un legs parfaitement raisonné, venant d'un de ceux qui, pendant de nombreuses années, ont suivi de près notre œuvre, et se sont rendu un compte exact de sa grandeur.

Si ceux-là nous donnent en toute connaissance de cause, c'est qu'ils ont jugé la vraie valeur de nos constants efforts, c'est qu'ils ont estimé ne pouvoir mieux placer leur libéralité, c'est qu'ils ont reconnu que, malgré tant de dépenses, il y a beaucoup à faire encore, et que la lutte contre la mer en furie est un perpétuel recommencement. Qu'on me pardonne cet hommage rendu par moi-même à la Société que je représente, mais je suis persuadé que vous vous y associez, comme vous vous associerez aux remerciements que j'adresse en votre nom et au nôtre à la mémoire de M. Léon Dufour, à Mme Léon Dufour, qui si généreusement nous a permis de réaliser la première pensée de son mari.

Mesdames, Messieurs, chers Canotiers, je vous demande de vous unir à moi pour lever nos verres en l'honneur du « Léon-Dufour » et à boire à ses exploits futurs.

Ce discours est fort applaudi. M. le recteur de Penmarc'h et M. Chardon prennent successivement la parole.

M. le recteur rappelle la catastrophe du 30 septembre dernier, qui a fait six victimes et détruit une quarantaine de barques, seul gagne-pain de la plupart de nos pêcheurs, mettant ainsi dans la misère plusieurs familles. M. Chardon dit un dernier adieu au « Papa-Poydenot », qui a quitté notre station, mais n'est pas arrivé au terme de sa carrière, et saura encore arracher à la Gueuse, sur la côte d'Etel, plusieurs vies humaines, comme il l'a fait sur la côte de Penmarc'h. La fête a continué par des courses nautiques et a été complétée par un feu d'artifice. En somme, charmante fête, qui fait honneur aux organisateurs.

7 juillet 1913 - sauvetage accompli par le jeune Goyat

Goyat, écolier a St-Pierre-Penmarc'h, témoignage officiel de satisfaction : a sauté a la mer tout habillé, pour sauver une fillette tombée dans le port de Saint-Pierre-Penmarc'h, le 7 juillet 1913.

10 juillet 1913 - Sauvetage accompli par Le matelot Loussouarn

Loussouarn, matelot, inscrit a Quimper, témoignage officiel de satisfaction : s'est jeté a l'eau tout habillé pour sauver un enfant qui, sans son intervention, se serait noyé dans le port de St-Pierre-Penmarc'h, le 10 juillet 1013. 

Note KBCP :
Pour ce sauvetage, le Matelot Loussouarn a reçu la médaille d'argent et une prime de 100 fr.

1er mai 1914- Sauvetage accompli par Le canot «petit corentin»

Vendredi 1er mai, à la tombée de la nuit, le bateau de pêche Petit Corentin, du port de Saint-Pierre-Penmarch patron Bariou, arrivait sur les lieux de pêche, quand l'attention de l'équipage fut attirée pas une plate montée par un seul homme, qui faisait des signaux de détresse. Le Petit Corentin se trouvait à ce moment à 8 milles environ de la côte et son équipage se disposait à jeter les filets pour la pêche aux grondins. Voyant le danger que courait cet homme, seul dans une plate à cette distance de terre, le patron Bariou se dirigea immédiatement vers lui et quelque temps après le recueillait à son bord. Celui-ci, Nonna Balch, marin pêcheur de Kérity, étant sur les lieux de pêche, ne se rendait pas compte que la brise fraîchissait et que sa plate dérivait vers le large. Quand il s'en aperçut, il était déjà à une certaine distance de la côte qu'il essaya de regagner à la godille. Mais, ayant le vent debout, il fut bientôt épuisé et dut se laisser aller au gré des flots. Balch peut s'estimer heureux d'avoir été rencontré par le Petit Corentin, car la brise ayant encore fraîchi dans la nuit et la mer étant devenue houleuse, lui et sa frêle embarcation couraient le risque d'être perdus.

22 septembre 1915 - Sauvetage accompli par le jeune Michel Drézen

J'ai l'honneur de vous signaler la courageuse attitude du jeune Drézen (Michel), quatorze ans, écolier, habitant Saint-Pierre-Penmarch, qui vient de sauver d'une mort certaine quatre femmes dont trois mères de famille.

C'était hier 22 septembre, vers 11 heures, quatre femmes : Le Coz (Marie), femme Boennec, trente-deux ans, deux enfants ; Le Coz (Françoise), femme Monfort, vingt-six ans, un enfant ; Le Coz (Catherine), vingt-trois ans, un enfant (trois soeurs) et Gloguen (Anna), dix-huit ans, belle-sœur de la précédente, étaient occupées à couper du varech sur le plateau de Beg ar Viler, à environ un kilomètre dans le sud-est du sémaphore. Ces femmes, absorbées par leur travail, ne s'aperçurent que trop tard qu'elles étaient cernées par la mer qui montait rapidement (nous sommes en grande marée). Elles voulurent traverser le chenal qui les séparait de la côte, mais elles avaient de l'eau jusqu'au cou. Voyant le danger qu'elles couraient, ces malheureuses se mirent à appeler au secours. Le jeune Drézen entendit leurs appels et, sautant dans une plate, se porta courageusement à leur secours. La force du courant retarda le jeune sauveteur et lorsqu'il arriva près des malheureuses, celles-ci avaient déjà de l'eau jusqu'aux aisselles, sur le sommet du plateau. Dix minutes plus tard, elles étaient emportées par le courant et aucune d'elles ne sachant nager, elles se seraient infailliblement noyées.

Le Secrétaire du Comité de Sauvetage, Hervé, Chef guetteur.


25 septembre 1915 - Sauvetage accompli par le gardien le borgne.



Hier, vers 17 heures, plusieurs enfants s'amusaient sur la cale, près du phare, lorsque tout à coup le jeune Le Floch (Eugène), âgé de cinq ans, tomba à l'eau. La mer était haute et très houleuse. Aux cris poussés par les camarades du petit imprudent, le gardien Le Borgne accourut et sauta immédiatement à l'eau, profonde de dix mètres environ. Il fut assez heureux pour saisir le jeune Le Floch, qui avait déjà coulé et le ramener sain et sauf sur la cale ; après avoir reçu des soins énergiques, l'enfant fut hors de danger ; mais, sans la prompte intervention de M. Le Borgne, il se serait certainement noyé, aucun de ses petits camarades n'étant à même de lui porter secours par suite du mauvais état de la mer. Le gardien Le Borgne, en sautant à l'eau, s'est blessé à la jambe, écorchée contre les rochers.

Le Secrétaire du Comité de Sauvetage, Hervé, Chef guetteur.  

13 décembre 1916 - Assistance aux vapeurs Sénégambie et Wilfred menacés par un sous-marin.

J'ai l'honneur de porter à votre connaissance les renseignements suivants sur la sortie effectuée par le « Léon Dufour » mercredi 13 courant.

A 13 heures nous aperçûmes un sous-marin ennemi arrêtant un vapeur norvégien à 6 milles dans le sud de Penmarc'h ; à 13 h. 40 il arrêta un 2ème vapeur norvégien à 8 milles sud-est. Ces deux vapeurs venaient du Sud-Est sur l'Est, le sous-marin les laissa continuer leur route et disparut en plongée à 13 h. 50. A ce moment nous aperçûmes deux vapeurs chargés venant du Nord-Ouest faisant route directement sur l'endroit où nous avions aperçu le sous-marin. Nous reconnûmes le premier de ces vapeurs pour être de la Compagnie Générale Transatlantique. Voyant le danger que couraient ces navires d'être coulés, je fis armer le « Léon Dufour » pour aller les avertir. Le premier des vapeurs ne se trouvait plus qu'à 6 milles de la pointe. L'opération de lancement ne dura pas plus de 5 minutes et à 14 heures le «Léon Dufour » était à flot. Vu la distance à parcourir je craignais que le vapeur ne passât avant l'arrivée du canot sur sa route ; je pris placé à bord afin de lui signaler à bras le cas échéant. Mais nous arrivâmes juste à temps pour lui couper la route à 2 milles dans le Sud-Ouest du sémaphore. Au moyen des signaux à bras je lui signalai de stopper, puis nous approchâmes à portée de voix. Ayant mis le capitaine au courant de la situation, celui-ci nous demande ce qu'il devait faire. N'ayant pas d'ordres à lui donner, je lui conseillai de longer la côte le plus possible et de passer à terre des îles Glénan. Mais ne connaissant pas très bien les parages, il demanda un pratique pour le guider. Le patron Kerloch s'offrit immédiatement et monta à bord du vapeur. Celui-ci qui était le « Sénégambie » de la Compagnie Générale Transatlantique, reprit sa route en longeant les Étocs. Mais à peine avait-il parcouru un demi-mille que le patron Kerloch aperçut le sous-marin quelques milles par tribord avant. Devant l'imminence du danger il conseilla au capitaine de venir se réfugier dans l'anse de la Torche en attendant la nuit et de faire route ensuite le plus près possible de terre tous feux éteints. Le capitaine approuva et le « Sénégambie » remit le cap au Nord-Ouest, et repassant à nous ranger il nous mit au courant de la situation. A ce moment arriva le deuxième vapeur, le « Wilfred » de Trondjheim, chargé de charbon. Nous l'approchâmes à portée de voix et je lui criai de suivre le « Sénégambie », ce qu'il fit aussitôt. Notre mission étant terminée, je fis remettre le cap sur Saint-Pierre où nous arrivâmes à 16 h. 30 sans incident. Dans l'intervalle deux torpilleurs arrivèrent sur les lieux et escortèrent le « Sénégambie » le long de la côte, mais le « Wilfred » préféra faire route au large et à la nuit nous le vîmes disparaître à 8 milles dans le Sud-Ouest. Le « Sénégambie » escorté par les torpilleurs jusqu'au large de Groix arriva jeudi soir à Pauillac et vendredi à Bordeaux sans autre incident.

Le patron Kerloch fut vivement remercié et félicité par le capitaine et l'équipage du « Sénégambie » ainsi que par les représentants de la Compagnie Générale Transatlantique à Bordeaux. Il rentrait chez lui, hier soir, heureux d'avoir préservé d'une destruction à peu près certaine un beau vapeur et une importante cargaison et peut-être de la mort plusieurs personnes. Je suis donc particulièrement heureux de vous signaler la brillante conduite du patron Kerloch et de son vaillant équipage qui n'ont pas hésité un instant à aller au-devant du danger pour faire leur devoir.

Le Secrétaire du Comité, Jacob Hervé.


Le Sénégambie, cargo de la Compagnie Générale Transatlantique.


A l'occasion de l'intéressante sortie exposée dans le rapport ci-dessus, l'Amiral président a reçu, du ministre de la Marine, la lettre suivante :


Le patron Kerloch fut vivement remercié et félicité par le capitaine et l'équipage du « Sénégambie » ainsi que par les représentants de la Compagnie Générale Transatlantique à Bordeaux. Il rentrait chez lui, hier soir, heureux d'avoir préservé d'une destruction à peu près certaine un beau vapeur et une importante cargaison et peut-être de la mort plusieurs personnes. Je suis donc particulièrement heureux de vous signaler la brillante conduite du patron Kerloch et de son vaillant équipage qui n'ont pas hésité un instant à aller au-devant du danger pour faire leur devoir.

Le Secrétaire du Comité, Jacob Hervé.

A l'occasion de l'intéressante sortie exposée dans le rapport ci-dessus, l'Amiral président a reçu, du ministre de la Marine, la lettre suivante :


RAPPORT DE MER DU CAPITAINE OLIVEAU, COMMANDANT LE « Sénégambie ».


Bordeaux, le 15 décembre 1916.

Le 13 décembre, vers 15 heures 30, me trouvant par le travers de Penmarch, j'aperçus le canot de sauvetage arborant un grand pavillon noir pour attirer l'attention et le patron me faisait,des signaux à bras me disant de stopper.

J'ai stoppé immédiatement, j'ai appris qu'un sous-marin était aux alentours et que je ne pouvais continuer ma route. J'ai demandé à quelqu'un du canot s'il pouvait me conduire en dedans des Glénans d'où ensuite j'aurais pu continuer ma route.

Le patron s'est offert immédiatement et j'ai mis en route aussitôt.

Quelques instants après, je me trouvais dans le Q. S. O. de Penmarch. Tout à coup, tribord avant, nous apercevons un périscope et tout le remous du sous-marin. J'ai viré de bord aussitôt et je me suis approché sans aucune crainte, le plus près possible, des cailloux des Étocs et des roches de Penmarch ayant un pilote pratique avec moi.

Quelques instants après, j'aperçois deux torpilleurs envoyés de Brest pour chasser le sous-marin. J'ai instruit le commandant du torpilleur sur ce que j'avais vu et lui ai demandé de me convoyer jusqu'aux Glénans ; les torpilleurs m'ont conduit jusque dans le S. O. de Groix. Ce sous-marin était signalé depuis 14 heures par les sémaphores des alentours qui avaient informé Brest.

Je ne saurais trop faire d'éloges du courage remarquable des hommes du canot de sauvetage de Saint-Pierre-Penmarch qui ont mis le canot à la mer dans le seul but de me prévenir qu'un sous-marin était aux alentours, aux risques d'être coulés eux-mêmes.

Sans cet avertissement, le navire, sans aucun doute, aurait été coulé, n'ayant aucun moyen de défense à bord. J'ai dû faire route sur Bordeaux avec mon pilote de Penmarch. Je dois signaler également que le patron du canot de sauvetage est embarqué à bord mouillé et sans chaussures.

Le capitaine du « Sénégambie » Oliveau.

25 janvier 1917 - Assistance à Vapeur inconnu1 attaqué par un sous-marin

Jeudi, 25 courant, vers 10 h. 20, un sous-marin ennemi attaqua à coups de canon un gros vapeur inconnu à quelques milles dans le sud de Penmarc'h. Le temps était très mauvais, très froid, grand frais d'Est-Sud-Est, mer grosse, temps bouché, visibilité 3 milles environ température -3° à l'ombre. A 10 h. 30, le vapeur étant stoppé à 3 milles environ dans le Sud du sémaphore, nous aperçûmes le sous-marin à côté de lui s'apprêtant sans nul doute à le couler à la torpille ou au moyen de bombes.

Vu le peu de visibilité nous ne pouvions distinguer la nationalité du vapeur. Qu'allait devenir son équipage dans de frêles embarcations par un temps pareil ?... Je fis appeler le patron Kerloch et d'un commun accord avec M. Lemoigne, membre et président p. i. du Comité, nous décidâmes de mettre à la mer le « Léon Dufour ». Malheureusement la mer était très basse (nous étions en grande marée) et l'opération paraissait presque impossible parce qu'il fallait traîner le bateau sur une distance de 4 ou 500 mètres parmi les rochers et les trous d'eau.

Mais devant l'imminence du danger, nous n'hésitâmes point et ayant réquisitionné un cheval et fait appel au concours des personnes de bonne volonté, hommes, femmes et mousses, qui malgré la rigueur de la température n'hésitèrent pas à sauter à l'eau pour aider nos braves canotiers, nous réussîmes au bout de trois quarts d'heure d'efforts à mettre à flot le « Léon Dufour » à 11 h. 40.

Le vapeur attaqué flottait toujours, mais commençait à s'enfoncer par l'avant. Le sous-marin était toujours auprès de lui et aucun autre navire n'était en vue. Le « Léon Dufour » toutes voiles dehors se dirigea sur les lieux. A 11 h. 50, le vapeur s'enfonça dans les flots, ses deux embarcations hissèrent leurs voiles et se dirigèrent vers la terre. Le sous-marin était toujours en surface près d'elles à 3 milles dans l'Ouest du Phare. A 12 h. 15 arriva sur les lieux le patrouilleur « Sainte-Jehanne » devançant de quelques minutes le « Léon Dufour ». II recueillit les naufragés et prit leurs embarcations à la remorque. Le patron Kerloch après avoir accosté le patrouilleur et s'être assuré que tout l'équipage naufragé était sauf, remit le cap sur la terre. Mais la violence du courant portant au Nord-Ouest et les vents presque debout, l'obligèrent à se réfugier à Audierne où il arriva à 16 heures.

Plusieurs canotiers dont les vêtements étaient trempés sont souffraient dangereusement du froid. A Audierne, ils furent très bien accueillis par M. l'Administrateur de l'Inscription Maritime et leurs-collègues, patron et canotiers de sauvetage. Après avoir mis le bateau en lieu sûr sous la garde du patron Lallemant du « Général Biziat » et vu le mauvais temps et les vents contraires persistants nos canotiers sont rentrés chez eux hier attendant le retour d'un temps favorable pour aller reprendre leur canot.
Malgré leurs souffrances et leurs efforts, nos vaillants sauveteurs n'ont pas eu la joie de ramener les naufragés, mais cela n'enlève rien à leur mérite. Ni le froid, ni le mauvais temps, pas plus que la présence du sous-marin sur les lieux, ne les a fait hésiter devant leur devoir ; aussi sommes-nous particulièrement heureux de vous les signaler.

Je me fais un devoir de vous signaler également l'admirable conduite des braves femmes qui, malgré les rigueurs de la température, n'hésitèrent pas à se mettre à la mer pour aider au lancement du « Léon Dufour ».

Le Secrétaire du Comité de Sauvetage, Jacob Hervé.

Note KBCP :
(1) Il s'agit du « Myrdal », cargo Norvegien transportant du charbon. Attaqué par le UC 21, commandant Reinhold Saltzwedel, le « Myrdal » a préféré se saborder. 


10 avril 1917 - Recherche de naufragés.

Le 10 courant, à 4 h. 20, les guetteurs du sémaphore ayant aperçu des signaux de détresse (costons rouges) dans le S.S.E. du poste, l'un d'eux vint me réveiller. Je fis aussitôt réveiller les canotiers, et à 4 h. 45, le « Léon Dufour » était à flot.

Le temps était clair, légers grains, forte brise de N.W., mer houleuse. Nous fîmes route vers la direction où avaient été aperçus les signaux ; nous contournâmes les Étocs et revînmes vers l'Est, jusqu'aux rochers les Fourches. Le jour étant venu comme nous ne voyions rien, nous remîmes le cap sur Penmarc'h. A 9 heures, nous étions de retour à la station sans avoir rien rencontré. Nous apprîmes ensuite que les signaux avaient été faits par une baleinière contenant 13 naufragés grecs dont le navire avait été coulé par un sous-marin allemand1. Cette baleinière était rentrée à Lesconil.

Le Chef guetteur du Sémaphore, Jacob Hervé, Secrétaire du Comité de Sauvetage.


Note KBCP :
(1) Il s'agit des rescapés du « Themistoclis » cargo grec transportant du charbon, coulé à 100 milles au large de la pointe Saint-Mathieu par le sous-marin poseur de mines UC 71, commandant Hans Valentiner.


1 juillet 1917 - Sauvetage de l'équipage du Neotsfield accompli par le patron bouguéon

Dimanche 1er juillet courant à 14 h. 30 ayant aperçu une baleinière à environ 7 ou 8 milles dans le sud-ouest du sémaphore, je fis armer le « Léon Dufour » car je ne doutais pas qu'il s'agissait de naufragés dont le navire avait été détruit par un sous-marin ou une mine et je craignais qu'ils ne pussent atterrir avant la nuit.

Le temps était beau : petite brise de N.N.E., mer un peu clapoteuse, la marée haute. L'opération de lancement ne dura pas plus de 5 minutes et à 14 h. 35 le « Léon Dufour » se dirigeait à force rames vers les naufragés. Mais en même temps le bateau de pêche n° 2.2891 Q., patron Bouguéon, appareillait également et favorisé par la brise il arriva près de l'embarcation en détresse quelques minutes avant nos vaillants canotiers. Il prit à son bord les onze naufragés, et un torpilleur, arrivé sur les lieux l'ayant remorqué sur une partie du trajet de retour, les déposa à 20 heures à la cale de Saint-Pierre.

Nos canotiers arrivèrent à 21 h. 20. Le canot a été remisé à son abri hier matin sans avarie.

Les naufragés exténués de fatigue faisaient partie de l'équipage du voilier anglais « Neotsfield2» coulé à coups de canon par un sous-marin allemand.

Le Secrétaire-Trésorier du Comité de Sauvetage, Jacob Hervé, Chef guetteur.

Note KBCP :
(1) Le N° 2289 du quartier de Quimper est le canot «Petit-François»
(2)Le « Neotsfield » est un trois-mats carré de 82 m jaugeant 1894 grt. Il a été coulé le 28 juin par le sous-marin poseur de mines UC 62, commandant Max Schmitz, à 125 milles à l'O.N.O. de Penmarc'h.


Trois mats carré Neotsfield sous voiles.


7 juillet 1917 - Sauvetage accompli par vincent l'Elgouac'h et son jeune fils, Jean

J'ai l'honneur de vous signaler l'acte de sauvetage effectué hier après-midi par le canotier L'Elgouac'h (Vincent) de notre station, et son fils L'Elgouac'h (Jean).
Vers 14 heures L'Elgouac'h et son fils se trouvaient dans leur canot de pêche près du phare du Menhir à un mille Ouest du sémaphore. Tout à coup un violent grain d'orage éclata accompagné d'une très forte bourrasque d'Est. Les mousses Bouguéon (Michel) âgé de 14 ans et Tirily (Michel) âgé de 15 ans étaient occupés à pêcher à la ligne près du Menhir ; ils voulurent revenir à terre, mais la violence du vent les entraîna vers le large. Voyant le danger que couraient les deux mousses, L'Elgouac'h n'hésita pas, malgré qu'il eût lui-même de quoi faire pour revenir à terre, à faire route vers ceux-ci et à les prendre à son bord ; puis il mouilla l'embarcation des mousses à l'abri du Men-hir avec un fort grelin. L'orage dura environ 1 h. 1/2 et une fois le grain passé L'Elgouac'h reprit le large afin de ramener à terre l'embarcation. Sans son intervention les jeunes Tirily et Bouguéon couraient de sérieux dangers car, n'ayant pas de filin solide ni d'ancre pour mouiller leur embarcation, ils auraient été entraînés au large rapidement et aucune autre embarcation ne se trouvait dans les parages.

J'ai donc jugé utile de vous signaler la belle conduite du canotier L'Egouac'h et de son fils.

Le Secrétaire du Comité de Sauvetage, Hervé, Chef guetteur.  

17 août 1917 - Sauvetage d'un naufragé accompli par Boennec et loussouarn

Vers 5 heures du matin Boennec et Loussouarn sortaient du port pour relever leurs filets placés à environ 1 mille du sémaphore, lorsque, arrivés près de leurs bouées, ils aperçurent un homme seul dans une baleinière à 150 ou 200 mètres des brisants de l'île Nonna. Il ventait, jolie brise du Sud, temps à grains, mer houleuse. Voyant la position critique du malheureux qui se trouvait juste au vent des récifs, Boennec et Loussouarn forcèrent la nage et furent assez heureux pour ramener sain et sauf le malheureux naufragé qu'ils débarquèrent à la cale vers 6 heures. Cet homme ne parlait pas français. Après lui avoir donné des vêtements de rechange et un cordial (il n'avait sur lui que sa chemise et son caleçon et grelottait de froid) je fis appeler un jeune collégien qui l'interrogea en anglais. Nous apprîmes alors que son navire, le vapeur anglais « War Patrol » avait été coulé par une mine la nuit précédente vers minuit, il était couché au moment de l'explosion et coula avec.le navire ; revenu à la surface il eut le bonheur de trouver à sa portée une baleinière dans laquelle il monta ; il vit d'autres naufragés nageant parmi les épaves du navire mais ne put les secourir. Il resta ainsi seul toute la nuit au gré du vent et des flots et allait faire naufrage une deuxième fois sans l'arrivée des sauveteurs.

Je me fais donc un devoir. Monsieur le Président, de vous signaler la belle conduite de Boennec et de Loussouarn en cette circonstance.

Le Secrétaire du Comité de Sauvetage, Hervé (Jacob).

Note KBCP :
Le « War-Patrol », cargo transportant du charbon, a sauté sur une mine posée par le sous-marin poseur de mines UC 69, commandant Erwin Waßner. 2 hommes d'équipage furent sauvés par le « Taureau ».


17 août 1917 - Sauvetage de l'équipage du «Tuddal» accompli par le patron Kerloc'h et son équipage

A 15 heures j'aperçus 2 baleinières à environ 7 milles dans le S. 30 E. du sémaphore faisant route N.-W. Ne doutant pas qu'il s'agissait de naufragés, j'avertis le patron Kerloc'h qui se trouvait sur la cale près du sémaphore, occupé, avec son équipage, à mettre les filets à bord de son bateau de pêche pour la sortie, de nuit. Le temps était beau et clair, petite brise du S.-W., mer agitée. Pour gagner du temps, Kerloc'h ordonna aussitôt de hisser les voiles de son bateau le « Boër » et se dirigea vers les embarcations qui faisaient toujours route au N.-W. et s'approchaient des rochers des « Étocs ». Le « Boër » arriva près des naufragés à 16 h. 45 à 1/2 mille dans le S.-E. des « Étocs ». Il prit à son bord les 24 hommes et les baleinières à la remorque. A 20 heures il accostait la cale de Saint-Pierre avec les naufragés. Aucun de ceux-ci ne parlait le français mais grâce à un jeune collégien en vacances, Berrou Michel, nous pûmes obtenir les renseignements suivants :

Les naufragés provenaient du vapeur norvégien « Tuddal » de Tonsberg coulé à coups de canon et de bombes par un sous-marin allemand. Les malheureux dont aucun n'était blessé étaient exténués de fatigue et de faim, le pirate ne leur ayant pas donné le temps de prendre de provisions. Conduits à l'hôtel où ils furent hébergés et restaurés ils ont pris le train ce matin à destination de Brest.

Je suis heureux, Monsieur le Président, de vous, signaler la vaillante conduite du patron Kerloc'h et de son équipage dont je vous donne ci-dessous la liste. Quoique le temps fût beau les naufragés qui ne connaissaient pas la côte couraient encore les risques de faire naufrage une deuxième fois.

Le Secrétaire du Comité de Sauvetage, Hervé (Jacob), Chef guetteur.


Note KBCP :
Le « Tuddal » est un cargo Norvégien transportant du sucre, capturé puis sabordé par le sous-marin UB 40, commandant Hans Howaldt.

24 novembre 1920 - Recherche de l'équipage du canot de pêche «Pierre-Aimé»

Hier, 24 novembre, vers 1 h. 30 du matin, le patron pêcheur Stéphan Jean-Marie et son père, revenant des lieux de pêche, rencontrèrent à 500 mètre environ dans le sud du sémaphore le canot «Pierre Aimé» n° 4.328 G.V. du port de Kérity flottant entre deux eaux ; ce bateau était habituellement armé par les frères Palud. Les Stéphan firent immédiatement des recherches sur les lieux mais ne découvrirent rien. Ils se décidèrent alors à gagner le port de Saint-Pierre en remorquant le canot naufragé.

Arrivés à terre, ils crurent entendre des appels venant de la mer. Le vent soufflant très fort en rafales, de la partie E. S. E., ils jugèrent prudent de ne pas reprendre la mer avec leur petit canot et vinrent me prévenir de ce qui se passait. Je fis aussitôt rallier l'armement du canot de sauvetage, qui sortait peu de temps après sous la direction du patron Kerloch. Il était 2 h. 10 du matin, la mer était très agitée, le vent fraîchissait, le baromètre descendait rapidement, la température était voisine de 0°. Le Léon Dufour explora la mer et les rochers voisins jusqu'à 3 h. 25. N'ayant rien aperçu ni entendu aucun appel, il rallia son port et fut rentré dans son abri au jour. Il s'est très bien comporté à la mer et son équipage fit preuve de courage en restant à bord pendant 1 h. 1/2 par cette température glaciale avec des vêtements en partie mouillés.

Seul Joseph Palud était à bord. Ses effets ont été retrouvés amarrés dans son canot. On suppose qu'il s'est déshabillé et s'est mis à l'eau pour renflouer son canot qui a dû s'échouer sur une roche. Par cette température, il a dû être congestionné en se mettant à l'eau. Son corps n'a pas été retrouvé. Il laisse une veuve et quatre enfants en bas âge.

Le Floch, Chef guetteur, secrétaire du Comité de Sauvetage.  


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