ÉPHÉMÉRIDES DU RECTEUR LE COZ 1887 à 1897
                    Situation Religieuse à Penmarc'h

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État de la Situation
au point de vue religieux, à Penmarc'h

7bre 1887.
Installé recteur de Penmarc'h le 4 7bre 1887, je m'enquiers auprès de Mr Le Bleis, vicaire, de la situation religieuse. Mr Le Bleis me répond : "Les habitants de la campagne viennent généralement à la messe et font leurs Pâques, quelques-uns se confessent deux ou trois fois l'an, ainsi que les femmes de Kérity, les 3/4 des des pratiquants ne se confessent qu'une fois. Parmi les marins, les ouvriers d'usine, il y a au moins 200 qui ne font pas leurs Pâques ; parmi ceux qui font leurs Pâques, dans cette catégorie de paroissiens, beaucoup vont en mer le Dimanche et manquent souvent la messe. En dehors de Kérity, St Pierre et St Guénolé, il y a peut-être une soixantaine d'individus qui manques à leurs Pâques. Ce ne sont pas toujours les mêmes qui manquent à ce devoir, il y a des négligences d'un an, 2 ans, 4 ans... et l'on revient. Personne n'est hostile ni à la religion, ni au clergé, au contraire. Les plus négligents viennent à la messe pour les grandes fêtes. C'est à dire 4, 6, 8 fois par an. Il règne une grande ignorance de la religion, une grande indifférence : c'est la plaie."

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Au bout de quelques mois, je me suis aperçu que Mr Le Bleis était resté au dessous de la vérité. Que de fois à la fin de 1887 et dans le courant de 1888, je suis rentré, en pleurant, au presbytère après avoir au Catéchisme et ailleurs, constaté l'ignorance profonde des enfants et la négligence coupable des parents. Les 3/4 des enfants de 7 à 10 ans ne vont jamais à la messe et ne savent pas un mot de religion. Les enfants du Catéchisme des trois Communions manquent très souvent à la messe et au Catéchisme. J'ai passé 12 ans et 3 mois à St Sauveur de Brest et j'affirme qu'il y plus de foi qu'à Penmarc'h, et, parmi les enfants, une instruction et une discipline dix fois supérieures.

1888

En mai 1888, nous refusons pour la 1ère, 32 garçons sur 63, et 7 filles sur 45 ; en outre, 4 ou 5 autres enfants de la 2ème Communion. On est épaté ! Et l'on nous dit : "La religion est donc changée ? Autrefois, il suffisait de savoir ses prières et quelques petits mots de Catéchisme !"

Nous prêchons très souvent contre l'incurie des parents, l'omission de la messe, du Catéchisme, du travail du Dimanche... nous nous attachons à exposer la doctrine Chrétienne, le dogme... Nous croyons remarquer une légère amélioration pour la sanctification du dimanche
 


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surtout parmi les cultivateurs et les enfants de 8 à 13 ans, une plus grande assiduité aux Catéchismes... On installe des Catéchismes à St Guénolé, St Pierre, Kérity, Poulguen, Kerradenec, etc.

1889

L'Adoration du 10 au 17 février 1889 (voir page 146) produit un grand bien, malgré l'obtention de 250 à 300 individus : nous espérions voir le mal enrayé dans sa marche.

Pour ce qui concerne les cultivateurs, il y a un léger progrès pour la Sanctification du Dimanche et l'éducation Chrétienne des enfants. Quant aux marins pêcheurs, ils ont bientôt oublié leur Adoration et leurs promesses : ils se livrent de plus en plus à l'ivrognerie et au travail du Dimanche.
Mr Le Bleis est nommé premier vicaire à Scaër, le 26 mars 1889.
Les Pâques de 1889, naturellement, sont passables. Pour retenir les marins-pêcheurs dans le devoir, pour faciliter l'audition de la messe aux habitants du bas de la paroisse, on fait des efforts pour obtenir un 2ème vicaire devenu d'ailleurs nécessaire à cause du chiffre élevé de la population : 3.450 âmes. Mr Henry, maître d'étude à St Pol, est installé comme 2ème vicaire, le 5 mars 1890.

Une messe se dit habituellement à N.-D. de la Joie ; en 1890, Pâques paraissent encore passables


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pourtant, Mr Caër surtout, remarque que les marins deviennent de plus en plus négligents de leurs devoirs religieux, particulièrement de l'observation du Dimanche. Nous remarquons au contraire, une amélioration croissante, légère il est vrai, parmi les Cultivateurs.

1891

En 1891, la décadence des marins-pêcheurs et des ouvriers et ouvrières des cinq fritureries au point de vue religieux, s'accentue d'une façon inquiétante. Il y a près de 40 bateaux armés pour la pêche du maquereau et de la sardine : Trois ou quatre seulement, ceux de J. Buannic de Kérity, de J. Kerloc'h de St Pierre, de Pierre Tanneau de Menez-Kérouill, de Jannik Stéphan, décoré, de Kérouill s'abstiennent d'aller en mer le samedi soir pour le maquereau, le dimanche pour la sardine, ou tâchent de rentrer à temps pour la messe, s'ils y vont. C'est triste. Mr Caër est déconcerté et se plaint amèrement.
Nous voulons néanmoins épuiser tous les moyens de douceur et de persuasion pour ramener les marins-pêcheurs dans la bonne voie. Les patrons rejettent la faute sur l'équipage, l'équipage sur les patrons, les équipages et les patrons sur les directeurs des fritureries.


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Il est décidé, en septembre 1871, que nous tenterons un grand coup pour sauver notre population.
Mr le Recteur et M.M. les vicaires exposerons la situation aux intéressés, à mesure qu'ils en trouveront l'occasion. D'un autre côté, pendant que les vicaires font Catéchisme, le jeudi et le dimanche, Mr le Recteur parcourt la paroisse pour chercher les absents ou faire Catéchisme à domicile. En outre, le nombre des catéchismes est doublé, dans les villages ; nous faisons catéchisme chaque mercredi soir aux garçons de l'école Communale et chaque vendredi soir aux filles de l'école Communale dirigée par les Sœurs de la Sagesse ; il sera fait Catéchismes tous les jours à 7 h 1/2 à l'église paroissiale, pendant le Carême.

Dans le courant de décembre 1891, Mr le Recteur va, à domicile, voir quelques patrons, leur expose leurs devoirs et les invite à venir à une conférence au presbytère.

Xbre 1891

1ère réunion, 5 h soir. 13 Xbre 91. Patrons de St Guénolé : Jean Riou, Louis Auffret, Pierre Tanneau, Louis Gourlaouen (originaire de Kérity), Guillaume Tanneau.
2ème réunion. 14 Xbre Jean Stéphan, Pierre Le Pape, Jean Jégou, Alain Guéguen, tous de St Guénolé.
3ème réunion. 16 Xbre 1891. Joseph Kerloc'h, Vincent Tanniou,  


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Guillaume Tanniou, Bernard Floc'h, Nonna Floc'h, Alain Floc'h (représenté), Adolphe Lhelgoualc'h, tous patrons demeurant à St Pierre.
4ème réunion. 21 Xbre. Patrons de Kérity invités verbalement et par lettres, à deux reprises ; seul présent : René Canévet.

1 Pendant 2 h, chaque soir, Mr le Recteur a démontré que l'observation du dimanche était une chose nécessaire, utile, profitable aux divers points de vue spirituel, temporel, hygiénique, moral, matériel, physique, international, humanitaire, etc,etc. Pour les patrons, pour les marins, pour les directeurs de fritureries, pour leurs ouvriers et ouvrières et pour les familles de ces derniers. Tous ont applaudi et voici ce qui a été résolu :

Les Patrons de barque, ci-dessus nommés, réunis en assemblée, considérant :

1° Qu'ils sont entraînés malgré leur volonté personnelle, à aller en mer, le Dimanche, comme les autres jours, à cause de la situation qui leur est créée par leur entourage ;

2° Que cette situation leur déplaît tant au point de vue spirituel qu'au point de vue temporel, parce qu'elle engendre pour eux, pour leurs femmes, enfants et leurs équipages, un surmenage nuisible à l'âme et au corps parce qu'elle engendre un esclavage et qu'elle empêche la pratique de la religion ;

3° Qu'il n'est pas en leur pouvoir de changer cette situation sans le concours de la classe dirigeante ;

4° Qu'ils veulent pourtant que cette situation soit changée;

adoptent les conclusions suivantes


A- Nous prions Mr le Recteur, les directeurs des fritureries et les mareyeurs de venir à notre secours ;

B- Nous voulons être mis, par rapport à la pêche, sur le même pied que les Cultivateurs par rapport à la moisson ;

C- Nous voulons rester à terre, le dimanche, au temps de la pêche à la sardine, le samedi soir, au temps de la pêche du maquereau.

Note KBCP :
☼ C'est un signe-repère posé par Le Coz.


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D- Nous voulons que les directeurs de fritureries refusent carrément de prendre des sardines le dimanche, des bateaux de Penmarc'h ou d'ailleurs, que les mareyeurs n'expédient pas de maquereaux le dimanche.

E- Qu'en cas de nécessité grave, Mr le Recteur nous autorise à aller en mer, aux moments ordinairement défendus, pourvu que nous assistions à la messe.

F- Nous nous engageons a faire respecter ce règlement et à le faire observer par notre équipage auquel nous ferons des conditions d'embarquement.

Les patrons de barque de Kérity, dont plusieurs ont voyagé au Commerce, au long cours, sont presque tous philosophes, infatués d'eux-mêmes, vaniteux et excessivement ignorants en fait de religion. Ils savent quelque bribes de Français, sont bien habillés, et sont même assez polis quand ils ne sont pas influencés par la boisson. Les marins-pêcheurs, formés à leur image, ont tous leurs défauts sans avoir leurs qualités, surtout les jeunes gens de 16 à 25 ans.

Ce sont ces patrons de barque de Kérity qui ont fait la sourde oreille et se sont même moqués de ce qu'ils appellent les prétentions du Recteur. Voici les principaux noms :

1-Théophile Janvier8- Vincent Gouléquer15- Alain Canévet
2 -Nonna et Henri Riou9- Guillaume Jégou16- Paul Le Pors
3- Henri Kerloc'h10- Guillaume Le Brun17- Léopold Fontaine
4- Alain Kerloc'h11- Jean Durand18- Noël Stéphan
5- Alexis Kerloc'h12- Louis Durand19- Louis Pochic
6- J. (Pilote) Pennec13- Louis Buanic20- Jean Loussouarn
7- Alain Le Gall14- Joseph Buannic21- Benjamin Jézégabel

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22-Alain Normand (Kervily)  25- xxx Loussouarn              
(époux de Jeane Cloarec)
27- Corentin Buannic               
23- Henri Talbot126- Nonna Le Gall28- Robert (?) Corre
Ces hommes n'ont répondu d'aucune façon honnête, au loyal appel de Mr le Recteur. Leur devoir était de le faire : Dieu les jugera.

Mr le Recteur comptait bien les mettre en face de leurs devoirs, pendant le mois de Janvier 1892.

1892

Les 3, 10, 17, 24, 31 janvier 1892, Mr le Recteur donne des Conférences de 45 à 50 mn à N.-D. de la Joie : il y a une belle assistance de marins.

Dans la 1ère Conférence, il montre que le prêtre doit observer et concilier ses deux préceptes 1° nolite dare sanctum canibus2. 2° N'éteignez pas la mèche qui fume encore. Pour ne pas éteindre la mèche qui fume encore, le prêtre s'est montré trop crédule, trop large : il fait publiquement son méa culpa et récite le Confitéor3. Puis il démontre que les marins-pêcheurs et les serviteurs ou ouvrières d'usine n'ont fait que de vaines, trompeuses et mensongères promesses. Il développe ensuite les points indiqués plus haut, page 164 ()

Toutes ces Conférences ont été données au Guilvinec, les 24, 25, 26 et 27 janvier 1892, en outre, une Conférence Contradictoire à l'usine de Mr Chancerelle, dirigée par Mr Quillivic. Les marins du Guilvinec ont crié publiquement "Vous avez raison, Mr le Recteur de Penmarc'h, nous vous obéirons...et maintenant allez convertir les vôtres ! Vous ne réussirez pas ! Il y a a Kérity un coup monté contre vous !" C'était absolument vrai.

Pourtant, en février et en mars 1892, afin "d'attraper ses Pâques", il y eut plus de marins à la messe, les dimanches et fêtes, mais

Note KBCP :
(1) manque le n°24... à moins que ce ne soit une erreur de décomptage...
(2) Ne donnez pas aux chiens
(3) Confitéor : C'est le nom d'une prière liturgique latine où le pêcheur confesse à Dieu.

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rien de bien sérieux. Mr Caër, 1er vicaire, habituellement sévère pour les marins, se montra indulgent. On se rangea à son avis, dans l'espoir d'une amélioration au temps de la sardine. Les "Pâques attrapées", les marins vont en mer les dimanches et fêtes, sans distinction de jours, même quand la pêche est trop abondante. Ainsi, le 22 octobre, il y eut une pêche extraordinaire, le 23 et le 24 également ; le mille se vendait 4 f ! Ce qui n'a pas empêché tous les bateaux d'aller en mer le dimanche 25, sans messe, sans culte public... 1 f 50 le mille !. C'est fini, c'est peut-être trop tard pour sévir !

25 octobre 1892. Sans avertir M.M. les vicaires, Mr le Recteur monte en chaire et traite le cas des récidifs. Il démontre qu'aucun prêtre Catholique ne peut donner l'absolution à des gens qui n'ont fait aucun effort pour sortir du mauvais cas où ils se trouvent et dont toutes les aspirations, toute la vie se résume en ceci :"gounid, gounid, atô". C'est au point que les femmes auxquelles pourtant les directeurs des friteries laissent toute liberté d'aller à la messe, même en temps de presse, manquent à la messe et courent aux usines pour gagner trois sous de plus, pendant le temps de l'office. Quand on leur dit « Voilà la messe qui commence au Bourg, à N.-D. de la Joie... c'est l'affaire de 25 minutes, entrez-donc...», elles répondent en riant, et toutes ébahies «ni zo ur fritûûûr1» (Pour qui nous prenez vous donc ?). Il n'y a plus de troisième commandement de Dieu pour elles, ni de 1er et 2ème commandement de l'église. L'avarice, l'envie, la gourmandise règnent. La luxure approche !
 

Note KBCP :
(1) « je n'étais pas à la friture »

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Cette instruction, précise quant aux principes et quant à leur application, émeut vivement les prêtres et les fidèles. La rumeur publique nous apprit qu'aux Fêtes de la Toussaint et de Noël 1892, pendant le Carême et aux Fêtes de Pâques 1893, les femmes, les jeunes filles, plusieurs marins ou employés des fritureries sortaient de l'église, parcouraient les routes, les uns en pleurant, d'autres en hurlant, tempêtant, blasphémant.

Pâques 1893
Il n'y a eu en 1893, pour la Pâque, que 1820 confessions et environ 1450 Communions pascales ! 76 enfants ont été refusés, entre les 3 Communions, 37 pour le 1ère Communion pour ignorance et manque d'assistance (plus de 6 absences, le Jeudi) au Catéchisme.

Juin 1893
Des marins sont venus me dire « quand aurons-nous nos Pâques ? » -- Quand vous respecterez le 3ème Commandement de Dieu, le 1er et le 2ème de l'église. -- Nous avons besoin de gagner le Dimanche, comme les autres jours, nous viendrons à la messe aux belle fêtes (7 fois par an)...Si vous ne nous prenez pas comme cela, nous resterons comme nous sommes. »( Textuel, Alexis Kerloc'h de Kérity, patron). -- J'ai répondu « Vous avez tort pour l'âme et pour le corps. Vous vous damnerez. Vous me demandez à être un mauvais prêtre, un lâche qui trahit sa foi et livre à l'ennemi le drapeau confié à ses mains. Veuillez vous retirer... Car la vue de marins qui ont exposé leur vie pour la patrie et qui, après cela, sollicitent le prêtre à forfaire à l'honneur, me fait plus de mal et de honte que la vue d'une femme publique cherchant à attenter à ma vertu...etc, etc. »

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Certes, la plupart des marins pêcheurs de Penmarc'h n'ont qu'un simulacre de de religion et de foi : il y a pourtant parmi eux de braves gens qui ne demanderaient pas mieux que d'être placés par la providence ou par les hommes dans une société où la pratique religieuse est un honneur. Quant à eux, ils n'ont encore fait aucun effort pour améliorer leur situation et ils se laissent aller au courant de l'opinion et des vices des marins-pêcheurs qui semblent n'avoir d'autre Dieu que leur ventre : Quorum Deus venter est. C'est à peine si une demi-douzaine de pêcheurs et de soudeurs (sur 450 environ) se sont approchés de la Ste Table ; auparavant plus de la moitié d'entre eux ne venaient plus chercher leurs Pâques.

Voici les principaux articles de la nouvelle religion que les marins-pêcheurs de Penmarc'h essaient de faire accepter à leurs prêtres et de faire approuver par eux : « 1° Croyance vague en Dieu. 2° Respect pour les croix, l'eau bénite, les bannières et les statues des Sts. 3° Maintien de tous les commandements de Dieu, excepté encore de la partie du 7ème Commandement qui défend la piraterie, le vol du poisson et des filets, de la partie du 5ème Commandement qui défend l'ivrognerie. 4° Assistance à la messe et cessation de travail les Dimanches ou fêtes qui suivent : Rameaux, Pâques, Ascension, 1er Dim. de la Fête-Dieu, Fête patronale, Assomption, Toussaint et Noël. Recommandation d'une ou deux messes

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par l'équipage de chaque bateau, chaque année, un jour sur semaine. 5° Bénédiction du bateau. 6° Quelques offrandes aux Sts pour avoir bonne pêche. 7° Faire ses Pâques, si on a le temps ou si l'on juge à propos.

Juin 1873.
Les mesures sévères prises par le clergé sont généralement approuvées par la population saine et Chrétienne de Penmarc'h. Mr le Recteur a déclaré qu'aucun bateau ne serait baptisé, ni bénit avant qu'il n'y ait eu un amendement sérieux de la part des marins-pêcheurs. C'est exécuté depuis novembre 1892 jusqu'au mois de Juillet 1893, époque où 6 ou 7 équipages de bateaux et de canots viennent déclarer qu'ils ne sont pas sortis et qu'ils ne sortiront pas le Dimanche, cette année, ni dorénavant. Depuis 8 mois, Mr le Recteur a refusé de dire, sur semaine, la messe pour les équipages qui ne vont pas à la messe, le Dimanche : il permet aux vicaires d'aller dire « ces messes pour équipage » pour ne pas priver les âmes du purgatoire des suffrages et des prières qui peuvent les soulager. Il persistera dans cette voie. Les marins-pêcheurs trouvent Mr Le Recteur bien dur et bien sévère, cependant ils semblent s'adoucir et vouloir rentrer (en partie) dans le bercail.

24 Juin 1893
Mr Tirot P. promet à Mr Le Recteur de ne plus acheter de sardines, le Dimanche. Approbation générale des marins-pêcheurs de St Guénolé. La sortie n'est plus générale, le Dimanche, quelques bateau restent à terre et il y a beaucoup

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plus de marins à la messe. Aliquantula emendatio1.

Avril 1894. Pour la pêche du maquereau, la plupart des bateaux sortent le samedi soir, en février, commencement de la pêche et rentrent à temps pour permettre à l'équipage d'aller à la messe. A la fin de la pêche, en sortant le samedi soir, les marins sont certains de manquer la messe du Dimanche ; voilà pourquoi "le règlement des marins pendant la pêche au maquereau" a été affiché sur deux grands tableaux au bas de l'église.

Vu qu'il y a Aliquantula emendatio1 Mgr Valleau recommande au clergé de Penmarc'h d'user autant que possible de bonté et de tempérament à l'égard des marins afin de ne pas les déconcerter et de ne pas les écarter de la mission du 3-24 juin prochain.

Juin 1894. Deux mille grandes personnes environ se sont présentées pour la Pâque en 1894. Depuis le mois de Décembre, tous les Dimanches, le clergé parle de la Mission, des moyens de s'y préparer, de ses grâces, de ses effets... On prie et on fait prier dans les communautés religieuses de Quimper, etc. Depuis le mois de Juin 1862, il n'y a pas eu de grandes Mission ! Mr Le Recteur écrit plus de 100 lettres et trouve enfin des ouvriers excellents pour les trois semaines de Mission.

1ère semaine. Enfants de la Communion, jeunes gens, parents des Enfants, infirmes.

Président : Mr Kerébel, Curé-doyen de Riec. Messieurs :

Note KBCP :
Aliquentulum emendatio signifie « une certaine amélioration ».

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Calvez, vicaire à Plozévet (Chant), Auffret, Recteur de Lanriec (Conférences). Mr Conq, Vicaire à Loc-Mélard (Tableaux). Péron Charles, Recteur de Lanhouarneau. Tanguy, Vicaire à ST Sauveur de Brest. Kérivel, Recteur de Quimerc'h. Celton, Vicaire à Moëlan. cavellat, Vicaire à Plonéour-Lanvern (9 missionnaires).
Semaine décisive, excellente. 280 enfants de la Communion, 140 grandes personnes : 420 Communions, plus 400 Confessions d'enfants de 7 à 10 ans et une réunion d'environ 900 ou mille enfants depuis l'âge de 8 jours jusqu'à celui de 7 ans.

2ème semaine. 13 missionnaires dont 5 logent à la Poste, 2 chez les Sœurs, 1 chez Mlle Drezen...
Président : Mr A Madec, Chan. hon. Curé-Doyen de Pont L'Abbé-Lambourg. Mr Guédès, Recteur de Pleyber-Christ (Conférences). Mr Balanant, Vic. à Audierne (Tableaux). Mr Le Dilasser (Chant) Recteur de La Forêt-Fouesnant. Mr Castel, Vicaire à St Sauveur de Brest Recouvrance. Mr Henry, Recteur de Plozévet. Mr Thomas, Vic. à Ploudaniel. Mr Le Gall, Recteur d'Ergué-Armel. Mr Le Guenvert, Vic. à Lambezellec. Mr Floc'h, Vic. à St Pierre-Quilbignon. Mr Le Bras, Recteur de Plogonnec. Mr Tanneau, Recteur de Dinéault. Mr Morvan Sébast. Vic. à St Corentin.

Dès le lundi 11 juin, l'affluence est grande, l'ordre règne. 1015 Communiants presque tous de Penmarc'h. Plus de 300 personnes s'inscrivent dans l'Apostolat de la Prière1  et prennent le scapulaire de N.-D. du Mont Carmel2

Note KBCP :
(1) L'Apostolat de la prière est une mission confiée à la Compagnie de Jésus (les Jésuites) par le Pape. Ce mouvement spirituel de fidèles catholiques est une association née en France, reconnue par l’Église depuis 1849. Le fidèle s'engage à être apôtre de Dieu par la prière et à offrir à lui offrir, ainsi qu'à Jésus, chacune de ses journées pour le salut du monde.
(2) Le mot scapulaire vient du latin «scapulae» qui signifie «épaules». Il constitué de deux petits carrés de tissu, reliés par deux cordons, portés sur la poitrine et le dos. Il est porté sous les vêtements. Le scapulaire de N.-D. du Mont Carmel ou «scapulaire brun», vient de l’Ordre du Carmel, ordre religieux catholique contemplatif.
Selon l'histoire, le 16 juillet 1251, saint Simon Stock, moine anglais alors Prieur Général des Carmes, suppliait la Vierge Marie d’aider l’Ordre qui était très persécuté. Celle-ci lui apparut, tenant en main un scapulaire, et lui déclara : «Ceci est le privilège pour toi et pour les tiens. Celui qui mourra revêtu de cet habit sera sauvé, il ne souffrira pas des feux éternels. C’est un signe de salut, une sauvegarde dans les dangers, un gage de paix et d’éternelle alliance.» Et elle lui remit le Scapulaire.
 

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3ème semaine : 13 missionnaires.
Président : Mr Godec, Curé d'Elliant.
Mr Caroff, Curé de Sizun. Mr Caër, Rect. de Gouézec. Mr Derrien O. Rect. de Plonévez-Porzay. Mr Livinec, Rect. de Plonéïs. Mr Fagot, Rect. de Lothey-Landremel. Mr Masson, Rect. d'Audierne (Conférences). Mr Le Coz, Rect. de Plonéour-Lanvern (Chant). Mr Guéguen, Rect. de Plouhinec. Mr Bohec, Rect de Loperc'het (Tableaux). Mr Poulhazan, Vic. à Brest Recouvrance. Mr Guiriec, Vic. à St Renan.
Excellent entrain ; le succès dépasse toutes les espérances : 1620 Communiants dont plus de 1200 de Penmarc'h. Il y a environ 80 abstentions dont 36 de Kérity, 6 à St Pierre, 2 au Bourg de Tréoultré, 30 environ (dont plusieurs étrangers hôteliers, agents des fritureries) de St Guénolé, 4 ou 5 autres dans le reste de la paroisse. 300 personnes prennent encore le Scapulaire et près de 400 s'inscrivent cette semaine dans l'Apostolat de la Prière.

La Mission a pleinement réussi.

Note de bas de page :
Frais d'entretien et logement des missionnaires et divers préparatifs, voitures, etc : environ 1450 f.

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Le 24 juin, Mr Fléiter, vicaire général et Mr Gado, supérieur du grand Séminaire, Vicaire général, érigent solennellement l’œuvre de l'Apostolat de la Prière. Déjà près de 700 personnes se sont fait inscrire ; environ 300 s'engagent dans le 3ème degré.

Novembre 1894. La pêche de la sardine a été mauvaise, cependant plusieurs bateaux sont restés à terre, tous les Dimanches. La sortie le Dimanche, vu la nécessité, a été autorisée trois fois. Plusieurs équipages sont sortis, le dimanche, plus de trois fois. Un certain nombre de marins se confessent pour la Toussaint. Il y a environ 1.100 confessions différentes pendant les fêtes de la Toussaint et près de 1.800 Communions.

Chaque 1er vendredi du mois, il y a environ 180 à 200 Communions, une centaine, le 1er Dimanche. L'Apostolat de la Prière réussit. 


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Les démarches pour créer les ressources nécessaires pour terminer la restauration de l'Église aboutissent à un heureux résultat le jour de l'Immaculée Conception, 8 Xbre 1894 (20.981 f 93)

Février 1895. Monsieur le recteur déclare qu'il supprime le messe de minuit à Penmarc'h à cause du défaut de police et d'autres inconvénients très graves. Il est constaté que la population est d'environ 4.200 âmes.
Malgré une rigueur d'hiver que l'on n'a point vue depuis 1820, la population vient fidèlement à la messe dans une église mal close et sans lambris.

Avril 1895. Au 1er appel du Recteur, les paroissiens viennent faire leurs Pâques ; le mouvement s'accentue. Du 1er au 21 avril, il y a eu 2.750 Communions, parmi lesquelles, environ 350 Communions de dévotion. Il y a eu environ 250 abstentions, dont 9 ou 10 au bourg de Tréoultré-Penmarc'h. C'est à St Pierre qu'il y a eu le plus d'abstentions. Les offices du Dimanche des Rameaux, Pâques, Quasimodo ont été splendides ; l'église était bondée. Ce que l'on a le plus remarqué, c'est le sérieux, la conviction et la dévotion des Communiants, marins et autres. Le drapeau Français flottant près de la Croix, pendant le temps Pascal a uni les sentiments patriotiques aux sentiments religieux. Cette union de sentiments ne peut servir qu'à susciter des Bretons en des Français de première valeur.

Note en marge :
9 juin à 3 juillet 1895 : Construction de la remise à N.-D. de la Joie. Coût 300 f.

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(Situation Religieuse, suite)

Octobre 1875. L’œuvre de l'Apostolat de la Prière est prospère : elle compte plus de 1.200 membres dont 300 environ (3ème degré). Continuent depuis 15 mois à faire la Communion mensuelle. Les cultivateurs ne travaillent plus le Dimanche, excepté pout prendre de l'herbe, de l'ajonc, des choux... ( ) pour les animaux parfois. Les marins sont beaucoup plus fidèles à l'observation du repos dominical et de l'assistance aux offices. Malgré les réformes, l'augmentation du prix des chaises, du bouleversement du cimetière, jamais le Clergé n'a été plus aimé, ni plus vénéré à Penmarc'h.

François Le Coz, Recteur.

Nov. 95. Toussaint : 1.000 Confessions environ, 1.400 Communions.

Noël 95. 700 Confessions environ bien que l'on ait annoncé un triduum1  du 15 au 19 janvier 1896, comme préparation à la Bénédiction Solennelle de l'Église entoèrement restaurée. Mgr Valleau viendra en personne.


1896

15 au 19 janvier 1896, triduum préparatoire à la Bénédiction solennelle de l'Église.

Mercredi soir, 15 janv. 2h ouverture. Clôture, Dimanche matin, 19.

Ouvriers :

Mr le Chanoine Madec, curé de Pt Lé Lg2Pénitence, mercredi soir, 3h
Église, samedi soir, 3h
Mr Yvenat, Recteur de PlomeurEffets de la Commn, jeudi, 3h
Mr Guillou, Rect. de PlobannalecConfirmation, Jeudi matin, 8h
Mr de Coataudon, Rect. de GuilvinecRédemption, samedi mat. 8h
Mr Le Jacq, Rect. de TréffiagatIncarnation, vend. soir, 3h
Mr Péron, Rect. De St Jean-TrolimonT. Ste Trinité, vend. mat. 8h
Les 3 prêtres de Penmarc'h
Total = 9 prêtres

Note KBCP :
(1) Le Triduum pascal est une période de trois jours qui s'étend de la messe vespérale du Jeudi saint aux vêpres du dimanche de Pâques. On y célèbre la Passion, la Mort et la Résurrection de Jésus.
(2) Lire Pont l'Abbé-Lambourg

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(Situation Religieuse, suite)

Il fallait trois prêtres étrangers de plus...Nous avons été surchargé de besogne.

Nous avons Confessé environ 500 enfants de 7 à 10 ans, 10 ans 1/2 ; environ 2.500 grandes personnes dont plusieurs ont Communié deux fois. Il y a près de 3.000 Communions.

On est émerveillé du résultat de la mission de juin 1894 et du triduum de Janvier 1896.

Bénédiction de l'église restaurée de Penmarc'h, par Mgr Valleau, évêque de Quimper et de Léon, le 19 janvier 1896. Quoiqu'il y ait eu trois basses messes, l'église n'est pas assez vaste pour contenir tout le peuple à la grand' messe et aux vêpres. On remarque au Chœur ; MM. Fléiter, Vicaire général ; Toulemont, Chanoine titul. ; Coat, Chan. + Curé de la Cathédrale ; Troussel, Chan. hon. Curé doyen de St Sauveur de Brest ; Belbéoc'h, Ch. hon. supérieur du petit sémin. de Pont-Croix ; Durand, Chan. hon. professeur à Pont-Croix ; Rossi, Ch. tit. Quimper ; Bargilliat, Chan. hon. profes. au grand Séminaire ; Madec, Ch. hon. Curé doyen de Pont l'Abbé ; Pouliquen, Chan. hon. Recteur de Plomelin ; Quéinnec, secrétaire de l'Évêque, Chan. honoraire. 

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(Situation Religieuse, suite)

M. Kérébel, curé doyen de Riec.

MM. Guillou, rect de Plobannalec ; B. de Coataudon, recteur de Guilvinec ; Cécilien Péron, recteur de St Jean-Trolimon ; Orvoën, recteur de Loctudy ; Le Guern, professeur au petit Séminaire de Pont-Croix ; Drogou, professeur au petit Séminaire de Pont-Croix ; Cavellat, vicaire à Plonéour-Lanvern ; Le Jacq, recteur de Tréffiagat ; Houel, vicaire à Combrit ; Pengam, aumônier des Augustines, Pont-l'Abbé ; Laurent, vicaire à St Sauveur de Brest ; Henry, vicaire à Landivisiau ; Duigou, vicaire à Plomeur ; Péran, 1er vicaire à Penmarc'h ; David, 2ème vicaire à Penmarc'h, Le Coz, Recteur de Penmarc'h.

autre prêtre étranger :
Mr Larreur, maître principal de 1ère classe en retraite, Recouvrance.

Les conseillers de la Fabrique, etc, etc.

La grand' messe a été chantée par Mr Madec, Chan. hon. Curé-doyen de Pont-L'Abbé-Lambourg, en présence de monseigneur Valleau, assité par Mr Fleiter, vicaire général et par le Recteur de Penmarc'h. Monseigneur a pontifié pour les vêpres.

Les offices ont été splendides. On ne verra plus de longtemps, pareille fête à Penmarc'h.mmédiatement avant la grand' messe, Monseigneur l'Évêque a solennellement bénit une une très belle statue du Sacré-Coeur. Monseigneur a donné au prône1 une touchante allocution en Français et a chaudement félicité le Recteur, le Clergé et les paroissiens de Penmarc'h.

Note KBCP :
(1) Sermon du dimanche.


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(Situation Religieuse, suite)

Temps Pascal ; du dimanche de la Passion au dimanche du Bon Pasteur inclusivement. Pendant les Fêtes de Pâques, on n'a Confessé que des hommes. 3.225 Communions ont été faites pendant le temps pascal ; il y a eu environ 2.750 Communions pascales, y comprises celles des enfants. Confirmation de 420 personnes.

Le 20 avril 1896. Mgr Valleau a été très satisfait. Grande fatigue mais aussi grande Consolation. Le 14 avril perte de 5 pères de famille noyés dans la port même de St Guénolé : Noël Le Lay, de Kérouill, 33 ans ; Thomas Garrec, 24 ans ; Yves Cossec, 57 ans ; Corentin Stéphan, 37 ans ; Jean Coïc, 45 ans ; Jean Hélias, 18 ans. Immense douleur.

— Le 21 avril. Mgr Valleau administre le sacrement de la Confirmation à 420 personnes. Mgr l'Évêque est très content.

— Juillet, août, 7bre . Les marins sortent moins le Dimanche pour la pêche de la sardine. Amélioration.

— 9bre 1896. Jubilé du 14ème centenaire du Baptême de Clovis, dit Jubilé de Clovis du 1er au 21 novembre. Malgré l'athéisme officiel, sur 4.400 habitants, il n'y a eu que 180 à 200 abstentions. Pendant les trois semaines, environ 2.750 personnes différentes ont Communié. Il y a eu en tout 3.885 Communions du 1er au 21 9bre.

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L’œuvre de l'Appostolat de la Prière marche toujours très bien. Autant de Communions que d'habitude au vendredi 1er janvier de 1897, comme à Noël.

25 Xbre 1897. Église remplie de 5 h du matin à midi.

5 février 97. 180 Communions pour le 1er vendredi, quoique l'Adoration commence le 12 février.

12-16 février. Liberté de se Confesser et de Communier, vu qu'il y a eu 2 ou 3 grands exercices dans l'année, mais chaque paroissien adulte devra faire une heure d'Adoration.

Adoration muette. MM. Caër et Henry, anciens vicaires, aidés de Mr Duigou, vicaire à Plomeur, Confessent matin et soir. Les prêtres ont fait en surplis, l' heure d'Adoration de 10h à midi, à tour de rôle. Toujours 24 lumières, 18 cierges. Résultat : 1.500 Communions, env. La moitié des Communiants (1.350) s'est approchée des Sacrements.

Les anciens vicaires trouvent qu'il y a un progrès sérieux sous le rapport religieux et aussi sous le rapport de la munificence du culte. 

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