1901 - Naufrage du Frisia (suite 1)
                               Le « sauvetage »

Annales du sauvetage maritime, fascicule du 1er trimestre 1902 

SAINT-GUÉNOLÉ (Finistère).

16 décembre 1901. MONSIEUR LE PRÉSIDENT,

J'ai l'honneur de vous confirmer mon télégramme d'hier soir, vous informant de la sortie du canot. Il s'agissait de secourir un trois-mâts qui se voyait vaguement près de la pointe de Penmarc'h, malgré une pluie cinglante. À peine le second coup de canon tiré, le canot était à l'eau et partait sous la conduite du brave TANNEAU, sous-patron, à défaut d'Aufret, malade et alité : Le navire, lors de l'arrivée de nos braves, n’était plus qu'à une encablure de l'îlot de Nonna, sur lequel rempli d'eau d'ailleurs, jusqu'aux bastingages et visiblement abandonné de son équipage, il ne tardait pas à s'échouer. Notre canot est rentré vers six heures quinze et il a été aussitôt réintégré à son abri.

Armement du canot de sauvetage « Maman-Poydenot » : TANNEAU (Guillaume), sous-patron ;. DRÊZEN (Guillaume), LE FLOCH (Alain), GUÉGUEN (Pierre), CORNEC (Pierre), GUÉGUEN (Alain) ; LE PAPE(Pierre- Alain) ; LE PAPE (Guillaume) ; CALVEZ (Ambroise) ; VOLANT (Pierre) ; BESCOND (Yves) ; LUCAS (Michel), matelots du Canot de sauvetage.

Le Président du Comité local, DUPOUY.

Perdu dans la tempête © Le Monde Illustré

SAINT-PIERRE PENMARC'H (Finistère).

21 décembre 1901. MONSIEUR LE PRÉSIDENT,

J'ai l'honneur de porter à votre connaissance que lundi 16 courant, à deux heures du soir, par tempête du sud-ouest, mer furieuse, j'ai aperçu dans le sud-sud-ouest, à 4 milles environ du poste, un trois mâts carré n'ayant pour toute voilure que son petit foc établi, et ses huniers sur des cargues. Par la pluie et la tempête, je l'ai perdu de vue ; jusqu'à trois heures du soir, puis j'ai pu le distinguer à 3 milles au sud-ouest du poste dérivant droit sur la pointe.

Voyant le danger j'ai fait aussitôt les signaux d'usage, fait prévenir Saint-Guénolé et Kérity et fait mettre le canot de Saint-Pierre à la mer.

Le canot « Papa-Poydenot », monté parle brave patron Kerloch et ses courageux canotiers, a été mis à la mer à trois heures trente, du soir et malgré la tempête et le vent debout, mer en furie, il a réussi à rejoindre le bord à quatre heures vingts-deux.

Après s'être assuré qu'il n'y avait personne à bord, il est revenu à la station où tous sont arrivés à cinq heures dix-huit, tout trempés et, grelottant de froid ; le canot a été aussitôt remisé dans sa maison-abri. Il n'y a pas eu d'avaries ; le canot s'est très bien comporté. On est toujours sans nouvelles de l'équipage du bâtiment naufragé.

Le Chef Guetteur, Secrétaire-trésorier du Comité local, SALOU.

Armement du canot « Papa-Poydenot » : KERLOCH (Yves-Joseph), patron ; TANIOU (Vincent), sous-patron ; CALVEZ (Jacques), GARREC (Guillaume), DRÉO (René), STÉPHAN (Nonna), COSSEC (Pierre), LELGOUARCH (Vincent), LE LAY (Isidore), LE LAY (Pierre), LARNICOL (Jean), CALVEZ (Charles), matelots. 

Canot de sauvetage en action © P.B.

KÉRITY (Finistère).

27 décembre 1901. MONSIEUR LE PRÉSIDENT,

Le 16 décembre, à quatre heures dix du soir, après avoir entendu les coups de canon du sémaphore de Saint-Pierre, nous avons fait mettre le canot de sauvetage à l'eau ; l'opération n'a demandé que cinq minutes et aussitôt le patron JÉGOU fit route avec son équipage vers le navire que l'on apercevait à peine tant le temps était mauvais : pluie, vent, grosse mer, forte tempête du sud-ouest. Nos intrépides canotiers ramèrent contre le vent de toutes leurs forces ce qui leur permit d'arriver les premiers le long du trois-mâts qui était complètement désemparé, les voiles en lambeaux. Seul, restait en place et en état un petit foc, avec lequel ce grand trois-mâts de 3000 tonneaux fuyait devant la tempête.

Le patron JÉGOU qui se trouvait à une petite distance de cette grosse masse et sous le vent, héla plusieurs fois sans pouvoir obtenir de réponse, le navire paraissant abandonné. A l'intérieur on n'apercevait que de l'eau de l'avant à l'arrière. Toutefois on fit deux fois le tour sans entendre de réponse aux cris poussés par les canotiers. C'était le « Prisia » de Bremen.

Les canotiers revinrent à Kérity mouillés par la pluie et les coups de mer, les mains pleines d'ampoules.

A peine une heure après que le canot de sauvetage de notre station avait quitté le « Prisia », celui-ci se jetait sur les rochers de l'île Nonna, et dix minutes plus tard, les mâts étaient tombés et le grand navire partagé en deux.

La nuit continua à être mauvaise, et dans la crainte qu'un ou plusieurs naufragés soient restés sur l'épave, je fis conduire le canot de nouveau à une heure du matin devant l'Île Nonna où il était échoué. Mais on ne trouva que des débris et une quantité de barils d'essence de térébenthine et de résine jetés à la côte. Malheureusement les 22 hommes d'équipage du navire l'avaient abandonné, sans quoi nous les aurions sauvés. Veuillez agréer, etc.

Le Président du Comité local, COLLIN.

Armement du canot de sauvetage « Comte et Comtesse Foucher de Saint-Faron » : JÉGOU (Joseph), patron ; LOUSSOUARN (Jean), sous-patron ; KERLOCH (Henri), CANEVET (René), FONTAINE (Paul), CLOAREC (Allain), STÉPHAN (Noël), TANNIOU (Guillaume), STÉPHAN (Joseph), GOURLAOUEN (Louis), GOURLAOUEN (François), GARREC (Adolphe), matelots du canot de sauvetage.


—► Ile Nonna © Nozais

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