Louise Adélaïde Davout Marquise de Blocqueville 

Filiation

Le général de brigade Louis Nicolas d'Avout (dit Davout) se marie en 1801 avec Louise Aimée Julie Leclerc, fille du général Leclerc, belle-sœur de Pauline Bonaparte,elle-même sœur du 1er Consul Napoléon Bonaparte.

De cette union naissent 

— Paul (o 1802 † 1803) ;
— Joséphine (o 1804 † 1805) ;
— Antoinette Joséphine (o 1805 † 1821) ;
— Adèle Napoléone (o 1807 † 1885) ;
— Napoléon (o 1809 † 1810) ;
— Napoléon-Louis (o 1811 † 1853) ;
— Jules (o 1812 † 1813) ;
— Adélaïde-Louise (o 1815)

Années marquantes de sa vie

1815 - Dernière née du couple, Adélaïde-Louise Davout est née Princesse d'Eckmühl à Paris, le 8 juillet 1815, après que son père fut nommé Maréchal d'Empire (1804) puis prince d'Eckmühl (1809).

1823 - Son père meurt alors qu'elle n'a que 8 ans.
Elle commence à souffrir de la goutte qui lui rend pénible la station debout

1835 - À 20 ans, Adélaïde-Louise épouse le Maréchal de Camp Edmond François de Coulibœuf, marquis de Blocqueville, 26 ans plus âgé. 

1859 - Elle publie son premier roman, « Perdita ».

1861 - Décès de son mari, le marquis de Blocqueville.

1868 - Décès de sa mère, Aimée Davout, princesse d'Eckmühl.


La Marquise salonière

La marquise de Blocqueville, fille et épouse de Maréchaux est invitée à la cour de Louis Philippe 1er. 

Elle y est très appréciée pour sa délicatesse, son érudition et ses talents littéraires. 

Elle ne tarde pas à devenir une très proche amie de la reine Marie-Amélie de Bourbon-Siciles.

À la mort de son mari, le Marquis de Blocqueville, elle se sent libérée de ses obligations mondaines. La maladie qui la fait souffrir, ne lui permet plus de courir les mondanités parisiennes qu'elle n'apprécie pas vraiment : C'est bien là le seul avantage de son handicap. 

Puisque qu'elle ne peut plus rencontrer de gens intéressants, elle fera venir ces gens à elle en tenant salon dans son hôtel particulier de Paris, l'Hôtel Tallard, au 9 quai Malaquais.

Louise Davout peinte par Louis-Gustave Ricard

Son salon ne tarde pas à être très couru par nombre de personnalités de l'aristocratie, de la politique et de la diplomatie, des arts et des lettres, tous attirés par les nombreuses qualités d'Adélaïde.

Pour s'en convaincre, voici quelques extraits d'un article écrit par Louise Alquié de Rieupeyroux dite Louise d'Alq (femme de lettres, journaliste et moraliste ) dans son « Anthologie féminine, Anthologie des femmes écrivains, poètes et prosateurs depuis l’origine de la langue française jusqu’à nos jours » (1893)

« Elle était bonne et bienveillante plus qu’on ne pourrait l’imaginer, mais sans banalité aucune. D’une inépuisable charité que l’on ne sollicitait jamais en vain, ne jouissant que d’une fortune très limitée pour ses obligations de grande dame, elle savait, par ses habitudes d’ordre, décupler les moyens dont elle disposait. Généreuse et d’une délicatesse exquise, elle obligeait avec adresse et sans jamais froisser.
Que d’anecdotes curieuses je pourrais citer ! que de paroles spirituelles, de mots exquis, de fines appréciations j’ai notées lorsque je revenais de chez elle ! [...] Douée d’autant de modestie que de juste fierté, possédant une urbanité et une grâce exquises dans sa personne comme dans son esprit, elle conserva le sourire sur les lèvres, même dans les plus grandes souffrances, car elle souffrait depuis son enfance d’une goutte sereine et elle devait combattre vaillamment tous les jours pour se tenir debout.»


Hôtel Particulier Tallard, 9 quai Malaquais
© Paris Musées

Dans son salon, on débat et discute philosophie, art et littérature et probablement un peu de politique.

Jules Claretie (romancier, dramaturge français, critique dramatique, historien et chroniqueur de la vie parisienne), écrit lui aussi :

« Son salon du quai Malaquais fut un des derniers salons parisiens où l'on pût causer non seulement des petits événements de la journée mais des hautes questions littéraires, sans l'ombre de pédantisme ou d'apprêt. […] La fille de Davout y occupait, au premier étage, un appartement meublé avec un goût exquis, le salon, tout peuplé des souvenirs de l'Empire, donnant sur un boudoir tendu de soieries chinoises précieusement brodées. […] Ce salon de Mme de Blocqueville avait sa physionomie particulière, avec la statue de bronze de Davout, qui, la main sur son bâton de maréchal, semblait présider aux réunions de la marquise. » 


Louise d'Alq écrit encore :

« Son salon a été le plus recherché et le mieux dirigé de la dernière moitié du siècle, fréquenté par les littérateurs les plus éminents, les hommes politiques les plus marquants. Toutes les hautes personnalités tenaient à honneur d’y être reçues ; les hauts personnages étrangers de passage à Paris briguaient une invitation ; et un artiste qui avait le bonheur de se faire entendre chez Mme la marquise de Blocqueville était lancé. 

[…] 

Son suprême bon ton ne laissa jamais introduire autour d’elle le moindre élément féminin parasite, et Dieu sait quelle énergie et quelle bravoure il faut pour cela à Paris quand on reçoit. Son salon était, je crois, unique sous ce rapport. Mme la marquise de Blocqueville était implacable. Et je pourrais citer plus d’une femme portant des noms connus, accueillies partout avec empressement, qu’elle a obstinément refusé, devant moi, de recevoir en dépit des supplications de ses meilleurs amis. […] D’ailleurs, elle repoussait avec la même fermeté les hommes qui avaient transigé, à sa connaissance, aux lois de l’honneur. La moindre tare, le plus petit scandale, vous faisait expulser nettement. Elle était aussi tenace dans ses inimitiés que fidèle dans ses amitiés. »

La Marquise photographiée par A. Ken

On peut rencontrer dans son salon :

Dominique Ingres, Adolphe Thiers, Henri Lacordaire, Octave Feuillet, Elme-Marie Caro, Charles Ernest Beulé, Victor Cousin, Jules Claretie, Villemain, le duc de Broglie, Camille Doucet, Jurien de La Gravière, le marquis de Rambuteau, Le Myre de Villers, Eugène Manuel, Nadaud, D. Jouaust, comte André Zamoïski, etc. Mme la vicomtesse de Janzé et Mme Beulé étaient des dernières intimes. Mmes les princesses Gortschakoff, Ourousoff, Galitzin, Mme d’Abadie ; ses nièces, Mmes la duchesse d’Albuféra et de Feltre, comtesses Viguier, de Maleyssie, de Montesquieu. Franz Liszt qui lui compose un portrait musical en 1868 (À écouter ici ).


La marquise écrivaine, romancière, poétesse

Louise d'Alq : 

« C’est uniquement comme femme de lettres que nous avons à nous occuper ici de cette aimable et impeccable grande dame, essentiellement française de naissance, de cœur, de beauté, d’esprit. Non seulement elle a écrit de nombreux ouvrages, mais elle les a écrits dans une langue épurée qui la rend l’égale, pour notre siècle, de Mme de La Fayette pour le XVIIe siècle, et la place très au-dessus de la masse de nos romancières et moralistes modernes. »
Tout est dit ! 


Les oeuvres de la Marquise de Blocqueville :


1848 - Perdita, roman, réédité en 1890 par Jouaust.

1861 - Chrétienne et Musulman, roman, réédité en 1892 par Jouaust, sous le titre de Stella et Mohamed.

1863 - Le Prisme de l’âme, Étude, édité par Hetzel.

1865 - Rome, édité par Hetzel.

1874 - Les Soirées de la Villa des Jasmins, 4 volumes édités par Perrin.

1879-1880 - Maréchal Davout, prince d’Eckmühl, raconté par les siens et par lui-même, 4 vol., édités par Didier.

1884 - Roses de Noël, pensées éditées par Ollendorff.

1885 - Pensées d’un Pape (Clément XIV), éditées par Jouaust.


1887 - Correspondance inédite du Maréchal Davout (1790 à 1815), prince d’Eckmühl, éditées par Perrin

1888 - Chrysanthèmes éditées par Jouaust.

1891 - À travers l’invisible éditées par Jouaust.


1894 - Pensées et souvenirs, éditées post mortem par Firmin-Didot.

1859
1879-1880

1884

Rééd. 1892

La fille de son père

Orpheline de père dès ses 8 ans, Louise Adélaïde a été élevée dans le respect de la mémoire de ce grand homme.

L'admiration qu'elle lui voue, la porte à cerner et comprendre l'homme qui se cache derrière ce Maréchal d'Empire qu'elle a très peu connu.

Elle collecte et rassemble textes, faits et témoignages qu'elle publie de 1879 à 1880 sous le titre « Maréchal Davout, prince d’Eckmühl, raconté par les siens et par lui-même » (en 4 tomes) et en 1887 « Correspondance inédite du Maréchal Davout, prince d’Eckmühl ».

Par ces publications, elle tente inlassablement de faire vivre et même réhabiliter la mémoire de son père, considéré par certains comme complice des horreurs des guerres napoléoniennes.


Journal Le Journal, article du 8 Octobre 1892

La marquise de Blocqueville a succombé presque subitement, l'avant-dernière nuit1, à une affection cardiaque dont elle souffrait depuis longtemps.

Née en 1814, elle était la dernière fille du célèbre maréchal Davout dont elle a parlé si noblement dans son roman : Le Maréchal Davout et son exil. La marquise de Blocqueville, revenue samedi dernier de sa villa à Villers-sur-Mer, allait inaugurer ses réceptions hebdomadaires : des lundis, dont faisaient partie toutes les notabilités du monde de la science, des arts et des lettres.

Ses obsèques seront célébrées lundi prochain à Saint-Germain-des-Près. L'inhumation aura lieu dans le caveau de la famille Davout, au cimetière du Père-Lachaise.

La marquise de Blocqueville laissera dans les lettres un nom qui ne s'oubliera pas de longtemps. On a d'elle, en effet, les Chrysanthèmes, la Villa des Jasmins, Stella et Mohammed, A travers l'invisible, Rome, le Prisme de l'âme, etc. Elle laisse de nombreuses autres œuvres qui seront publiées prochainement.

Les plus proches parents de la marquise sont : le comte Vigier, son neveu, le vicomte Henri Vigier, son petit-neveu, les duchesses de Feltre et d'Albufera, ses petites nièces, et le général Davout, duc d'Auerstaedt, son cousin.


Note KBCP :
(1) Lire 7 octobre 1892

Caveau de la Famille Davout au Cimetière du Père-Lachaise (division 28) - Paris XX 

Dernières volontés

Sa bonté, sa bienveillance et son inépuisable charité, vantées par Louise d'Alq, trouveront leur accomplissement lors de la lecture de son testament.

« Je nomme M. Le Myre de Vilers, ancien Gouverneur de Cochinchine, mon exécuteur testamentaire en tout ce qui concerne le phare d'Eckmühl. Ma première et ma plus chère volonté est qu'il soit élevé un phare sur un point dangereux des côtes de France, non miné par la mer. Mon vieil ami, le Baron Baude, m'a souvent dit que bien des anses des côtes bretonnes restaient obscures et dangereuses. J'aimerais que le phare d'Eckmühl fût élevé là : mais sur quelque terrain solide, granitique, car je veux que ce noble nom demeure longtemps béni... Les larmes versées par la fatalité des guerres, que je redoute et déteste plus que jamais, seront ainsi rachetées par les vies sauvées de la tempête. [...] Je consacre à cette fondation une somme de 300 000 francs, voulant ce phare digne du nom qu'il portera. [...] »







Le phare d'Eckmühl sera inauguré le 20 octobre 1897 en présence du Général Léopold Davout, Duc d'Auerstaedt. Le général Léopold Davout représente la famille. Il est neveu de Louis Nicolas Davout, Prince d'Eckmühl, Duc  d'Auerstaedt et donc cousin d'Adélaïde Louise Davout, Marquise de Blocqueville, Princesse d'Eckmühl.  

Général Léopold Davout
photographié par Appert


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