Le Pennity selon le Recteur Le Coz


Note importante : Les Chroniques du Recteur François-Marie Le Coz ont été écrites pendant la période de son sacerdoce en la paroisse de Penmarc'h, soit entre 1887 et 1911. Ces chroniques ont été réalisées à la plume sergent major sur cahier d'écolier ; les textes suivants sont donc une retranscription des écrits du Recteur, sa mise en page ayant été respectée au plus près.




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Pénity

C'est le nom de l'ancien presbytère de Penmarc'h et de la petite Chapelle y attenant. C'était autrefois une des maisons fortifiées de Penmarc'h : Quelques restes de murs crénelés, des meurtrières, etc, en sont la preuve. Il est fort possible que l'entrée fut à Port-Lambert qui en est séparé aujourd'hui par par des jardins ou courtils. A Port-Lambert, on remarque une entrée fortifiée et une petite tour qui servait d'observatoire et de beffroi.

Pénity signifie Penijenn-ti, maison de pénitence ou Beniget-ti, maison bénite ; dans tous les cas, ce nom comporte le sens de la maison de prière, oratoire.

Il existe dans les archives de la commune de Penmarc'h, une pièce qui constate que la propriété du vieux presbytère appartient à l'Église.

Cette pièce, datée du 27 février 1790 est ainsi conçue :

"Déclaration et états détaillés de tous les biens immobiliers dépendant du bénéficecure de Tréoultré - Penmarc'h, évêché de Quimper, en Basse Bretagne, ainsi que les revenus et charges dont les-dits biens sont grevés du
 

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vénérable et discret messire Jean Pochet, titulaire dudit bénéfice-cure, fait par devant nous soussignés officiers municipaux de la susdite paroisse de Tréoultré-Penmarc'h, en exécution du décret de l'assemblée nationale du 13 novembre 1789, sanctionné par le roi le 18 du même mois, comme ensuite :


Article 1er : Immobiliers :

La maison presbytérale à double étage, une écurie au dessus de laquelle a été pratiquée une chambre à feu... (Suit le détail des étables, granges, greniers)


Article II : Revenus et dixmes affermées par actes notariés du 1er juillet 1784 :


Revenus en froment       : 1350 ₶ (1)                
Revenus en orge            : 611 ₶ 3s (2)
Revenus en blé noir        : 10 ₶ 
Revenus en seigle           : 6 ₶
Revenus en paille d'orge : 30 ₶                    




Revenus du
Recteur de Penmarc'h
en 1790

Total des revenus du-dit bénéfice-cure de Tréoultré - Penmarc'h : 2019 livres 5 sous.

Article III : Charges dudit bénéfice-cure :


Réparations (18 ₶) ; cueillette des dîmes (16 ₶) ; acquit de fondations (252 ₶) ; portion congrue d'un vicaire (230 ₶) ; contribution aux dons gratuits accordés au roi (165 ₶) ; vente et transport des grains (234 ₶) ; total des charges = 935 ₶.

Note KBCP :
(1) "₶" est le symbole de la Livre Tournois. Originaire de Tours (d'où son nom), elle a eu cours depuis le Moyen Âge jusqu'en 1795 où elle fut remplacée par le Franc Français. En 1790, 1 ₶ correspond à 0,290g d'or, soit au cours de l'or de 2019 env. 37 à 38€.
En 1790 toujours, la Livre Tournois est remplacée par la "livre papier" ou Assignat.
(2) "s" = sou. 1 ₶ = 20 sous


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Cette pièce revêtue d'un cachet en cire rouge et certifié conforme à l'original est signée par Mr Pochet, supérieur des Retraites, recteur-curé de la paroisse de Tréoultré - Penmarc'h ; Kersaux-Danyel, maire ; Kaudren, procureur de la commune ; Berthelot, greffier requis.

Pénity ou le vieux presbytère a été habité par tous temps par les recteurs de Penmarc'h jusqu'en 1877, 29 août, jour où Mr Guillou, recteur, et Mr Henry, vicaire, allèrent habiter le nouveau presbytère construit à Leac'h-ar-Sakr, au bourg. Ce même jour 29 août 1877, les sœurs de la Sagesse quittèrent Kérity pour venir habiter le vieux presbytère.

Les Filles de la Sagesse ont été appelées à Penmarc'h par Mr Lazou, recteur, pour l'instruction des petites filles et le soin des malades.

La Fabrique et la Commune se sont entendues pour leur procurer un logement dans une maison à Mr Charpentier, rue Longès, à Kérity. Les sœurs y sont arrivées le 16 octobre 1871. Les pauvres religieuses ont eu bien des privations à endurer à Kérity, pendant 6 ans ; mauvais logement, nourriture insuffisante, voisinage incommode...


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Une seule chose les consolait ; c'était de posséder chez elle une petite Chapelle domestique où elles pouvaient adorer Notre Seigneur dans l'auguste sacrement de l'autel. Il y eut un moment où le départ de ces bonnes religieuses fut décidé, faute de ressources.

Mr Guillou, recteur de Penmarc'h, prévint le coup et réussit à garder ces sœurs qui font tant de bien à Penmarc'h sous tous les rapports. A la suite des démarches nécessitées par les circonstances, il fut convenu que la Commune aiderait la Fabrique à bâtir, au bourg, un nouveau presbytère. La commune donna environ onze mille francs ; la Fabrique fit le reste, et céda, en outre, le vieux presbytère pour en faire des classes communales à la condition expresse qu'elles seraient dirigées par les Filles de la Sagesse. La Fabrique dépensa plus de trois mille francs pour l'agrandissement et l'aménagement des classes. Les ruines de la Chapelle de St Fiacre fournirent une partie des matériaux. Ceci se passait à la fin de 1876 et au commencement de 1877. Depuis onze ans les sœurs sont installées à Pénity, y élèvent les petites filles et y donnent l'exemple du dévouement et de la piété.

Note en marge :
D'après la jurisprudence nouvellement reçue, le nouveau presbytère appartient à la Commune parce que celle-ci a contribué à le bâtir (1). La propriété de l'ancien presbytère reste à la Fabrique. Aucun acte public ne constate ni cession, ni translation de propriété. La Fabrique doit maintenir ses droits de propriétaire, faire acte de propriétaire de temps en temps.

Note de bas de page :
(1) Le nouveau presbytère a été bâti avant que cette singulière jurisprudence ait commencé à avoir cours.


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Puisse rage sacrilège des laïcisateurs épargner nos bonnes religieuses ! La maison et les bâtiments scolaires appartiennent à la Fabrique.

A la maison d'habitation est annexée une petite Chapelle dédiée au Sacré-Cœur. Elle était d'une grande commodité aux temps où les prêtres habitaient le vieux presbytère ; ils disaient la messe quand ils étaient indisposés ou que le temps était mauvais ; ils y conservaient le T. St Sacrement. Aujourd'hui encore, on y dit la messe tous les mercredis et les sœurs ont le bonheur de pouvoir y adorer le T. St Sacrement.

En 1888, le 15 septembre, placement de la statue du Bienheureux Grignon de Montfort, derrière le maître hôtel, restauration de la Chapelle, nouvelle balustrade.

Le Bienheureux Grignon de Montfort est le fondateur de l'ordre des Filles de la Sagesse dont la maison mère est à St Laurent-sur-Sèvres.
-- Triduum (1) solennel, à Pénity, en l'honneur du Bienheureux en octobre 1888. Bénédiction de la statue.

-- Sœur Médéric (du Morbihan) supérieure ; Sœur Basilius (de Plonevez-Lochrist) ; Sœur Othilde (d'Ouessant) ; Sœur Ste Anne (du Morbihan) ; Sœur Polyxène, converse (du Morbihan)

Note en Marge :
En 1889, le recteur prend cette mesure : si la Commune prétend qu'il y a eu cession de l'ancien presbytère en sa faveur, il est certain que le nouveau presbytère appartient à la Fabrique. La Fabrique peut revendiquer, à tous titres, les deux presbytères si les sœurs sont obligées de quitter Penmarc'h.


Note KBCP :
(1) Le mot " triduum " désigne trois jours d’une prière plus instante pour une action de grâces, une dévotion privée ou publique, en vue d’une intention particulière.

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La fondation portée au sommier ou rentier sous le n° 65, Fondation Alain Le Carval, montre que le vieux presbytère de Pénity appartenait sans conteste à la Fabrique en 1834.

-- Le Dimanche de la Quasimodo (1) 1843, le conseil de Fabrique sur la demande de Mr Le Maire, propose de vendre moyennant 1000 francs à la Commune pour y bâtir une maison d'école, la partie du jardin qui est au nord du presbytère (voir délib. de Quasimodo, 1843). Il faut noter que le demande de vente a été faite par la mairie.

-- Le 13 janvier 1878, érection d'un chemin de Croix chez les Sœurs, à Pénity.

Signatures : Jean Guillou, recteur, Soeur Marie de Chantal, Soeur St Jibat, Soeur Lucie, Soeur Marie, Jacquette Tanneau, de Kerradénec, et autres...

-- Septembre 1891. Le ministre de l'Instruction publique vient de transmettre aux préfets les avis suivants émis par le Conseil d'État, qu'il avait saisi de la question :

1° Lorsqu'une Commune n'est pas propriétaire du local où l'école obligatoire est installée, sans qu'il y ait un acte régulier en garantissant la jouissance pour une durée déterminée, l'administration doit mettre la Commune en demeure d'aviser à assurer la continuation du service scolaire au moyen d'une construction ou d'une location. En cas de refus, il y a lieu de l'y contraindre d'office.


Note KBCP :
(1) La fête de Quasimodo est le nom qui désigne le premier dimanche après Pâques

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2° Lorsqu'une commune a encore des instituteurs ou institutrices congréganistes , et que le local appartient à la Congrégation, l'administration peut, en prévision de la laïcisation et afin d'éviter toute interruption dans le service scolaire, exiger dès à présent que la commune se procure un local, soit par voie de construction, soit par voie de location.

3° Lorsqu'une commune ne peut fournir à ses instituteurs, à défaut de logement, qu'une indemnité représentative, s'il est établi que ses maîtres sont dans l'impossibilité de trouver dans la localité un logement convenable, il y a lieu de contraindre la Commune à fournir un logement en nature (semaine de Rennes)

L'établissement de Pénity a été crocheté, envahi, malgré la Fabrique, le 20 avril 1903, en pleine période de franc-maçonnique et révolutionnaire. Les sœurs ont dû se réfugier à l'Asile St Joseph.  


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