Pêche de la sardine au filet

Deux types de pêches

Au début du XXème siècle, deux types de pêches sardinières en haute mer s'opposaient : 
La pêche au filet droit et la pêche au filet tournant, ou à la senne (petite ou grande) ou à la bolinche comme on nomme la petite senne, chez nous, au Pays Bigouden.

Ces deux techniques de pêche au filet sont très anciennes et étaient déjà pratiquées dans l'Égypte ancienne. La pêche à la senne qui était traditionnellement pratiquée depuis le rivage, a été adaptée à la pêche en mer, depuis un bateau, au début du XIXème siécle.

En Bretagne, ces deux filets étaient utilisés pour la pêche aux poissons bleus, sardine, anchois et petit maquereau auquels on peut ajouter le chinchard pour les filets tournants.


La pêche au filet droit


La pêche au filet droit en pleine mer est une technique qui consiste à capturer les poissons en les capturant à la surface. 

Le filet est filé à l'arrière du bateau pendant que la rogue (appât composé et d'oeufs de poissons saumurés) est lancée afin que les poissons attirés par cette friandise se prennent par les ouïes dans les mailles de celui-ci. Après l'action de pêche, le filet était remonté à bord sans "débesquer"* et un autre filet était à son tour immédiatement filé.

Cette pêche demande une excellente connaissance du poisson et de bien appréhender sa taille, sans pour autant le voir : Un maillage trop important et le poisson passe au travers ; trop petit et le poisson bute sur le filet, sans s'y prendre. Ce filet mesurait généralement 50 mètres de long environ pour une profondeur de 10 mètres. 


Avantages Et Inconvénients

Cette pêche a pour avantage d'être très sélective quant à la taille du poisson et a pour inconvénient d'être très technique et de ne pas préserver la qualité du poisson qui perd ses écailles et peut être endommagé lors de la prise ou lors du débescage*, qui se faisait pendant le voyage de retour à terre ou à l'arrivée au port.


De plus, c'est une pêche très coûteuse en rogue et en matériel : Il fallait plusieurs filets pour chaque taille de sardine.

(*) Bretonisme, consistant à ôter le poisson pris par "la bouche" (bec en Breton) dans les mailles du filet.


Pour avoir une idée plus précise sur ce type de pêche à la sardine qui n'est plus pratiqué de nos jours :

1910 : Une journée en pêche


La pêche au filet tournant


Il existe deux types de sennes : La grande senne, pouvant dépasser 1000 mètres de long pour une profondeur de plus de 100 mètres, utilisée à notre époque moderne pour le pêche en haute mer, et la petite senne (ou bolinche) utilisée pour la pêche côtière. Sa taille, comme son nom l'indique est plus petite et mesurait généralement 50 mètres de long pour une profondeur de 25 mètres.

Ce filet beaucoup plus haut que le filet droit, est tenu par deux ralingues, l'une garnie de flotteurs et l'autre lestée de plomb.

La technique est la même pour les deux sennes. Elle consiste à capturer les poissons à la surface en les encerclant en tirant le filet à l'aide d'une annexe.  Puis le filet est tiré à bord du bateau. La gueule du filet rétrécit, et quand la densité du poisson est suffisante, le poisson est amené à bord à l'aide d'une forte épuisette nommée "salabarde".

Cette technique nécessitait une grande rapidité, handicapée par des manoeuvres réalisées un peu à la voile et surtout aux avirons : Si le poisson n'est pas maaintenu en surface par le nourrissace à la rogue, le poisson risque de sonder et de s'échapper par le fond, non fermé.

C'est alors que le XIXème siècle a vu l'apparition d'une amélioration, qui consista à rajouter un filin coulissant sur la ralingue lestée, afin de fermer le fond de la senne et empêcher le poisson de s'échapper en sondant.


Avantages Et Inconvénients

Cette pêche a pour avantage de préserver la qualité du poisson, d'être infiniment plus pêchante, plus rapide et de nécessiter moins de compétences pour sa mise en oeuvre ; elle a pour inconvénient  de nécessiter une grande rapidité dans la manoeuvre, d'être peu sélective en taille et de détruire la ressource, de par les volumes pêchés à chaque trait de filet, comparativement aux volumes pêchés par filets droits. 

A titre comparatif, au début du XXème siècle, une journée correcte pour un bateau pêchant au filet droit pouvait être de 1.000 à 1.500 sardines alors qu'une journée correcte au filet tournant pouvait rapporter 15 à 20.000 sardines. Au moins.

De plus, cette pêche est moins coûteuse que celle au filet droit, car même si les filets tournants sont plus chers, leur nombre est beaucoup moins important.

A notre époque, il ne reste que la pêche à la bolinche et le chalut pélagique pour pêcher les poissons bleus. 


Conclusion Rapide Et Facile :

Nul besoin d'être grand clerc pour comprendre pourquoi les jeunes patrons de Saint-Guénolé-Penmarc'h ainsi que les usiniers de la côte Finistérienne pébiscitaient la pêche au filet tournant : Meilleur rapport pour les marins leur permettant de rembourser plus facilement le "Crédit-Mar" et profusion de matière première donc prix plus bas induisant de gros bénéfices pour les usiniers.

On comprend bien, pour les mêmes raisons, que les tenants de la pêche au filet droit soient vent debout contre la bolinche.