Belugas et marsouins

Article du Ouest-Éclair du 30 Juin 1913

LES BELUGAS EN BAIE. — Le syndicat des marins-pêcheurs de Douarnenez a saisi le ministre de la Marine de la demande d'un torpilleur pour la campagne de pêche 1913*. La baie est infectée de bélugas et journellement les filets sont déchirés. Il y en a auxquels il ne reste que des cordes. Cependant la pèche offre de bonnes apparences ; le poisson est superbe, 63/64 mm et le prix est avantageux, 30 à 35 francs. M.Le Bail, député, mis au courant, a recommencé ses démarches au ministère de la Marine.

(*) Note KBCP : Le torpilleur et son équipage auraient pour mission d'exterminer les "bélougas" de la baie de Douranenez.


Le Bélouga

Le bélouga ou béluga (Delphinapterus leucas) est une espèce de cétacés de la famille des Monodontidae.

Le mot «bélouga» vient du russe белуха (belukha) signifiant «blanchette». Il désigne cette espèce de cétacés dont le mâle peut mesurer jusqu'à 5,5 m, et peser jusqu'à 1,5 t. Le mâle adulte est plus grand et plus lourd que la femelle.


Il possède une crête dorsale et est entièrement blanc : Contrairement au dauphin et au marsouin, il n'a pas d'aileron dorsal. Il a un bec très court et une bouche large.

Le béluga se déplace en groupes.

Ce mammifère marin nage relativement lentement et se nourrit majoritairement de poissons qu'il peut chasser jusqu'à 300 m de profondeur. Il plonge généralement de 3 à 5 minutes, mais il peut retenir sa respiration pendant 20 minutes.

Le béluga est aussi appelé baleine blanche, marsouin blanc ou dauphin blanc.


Quid de bélougas sur les côtes Bretonnes ?

L'habitat des belougas se situe dans eaux arctiques et subarctiques.
Des individus isolés ont cependant pu être observés en Bretagne. Ainsi, la probabilité de bancs de bélougas "infestant la baie de Douarnenez" (et celle d'Audierne) est fort peu probable.

Des études menées par le biologiste marin Nicolas Le Gall nous révèle qu'en Europe, le terme Béluga a aussi été utilisé, à tort, par les marins-pêcheurs pour désigner les marsouins ou autres petits cétacés. Dans le cas présent, les autres petits cétacés présents dans nos eaux sont les dauphins bien connus des marins, dont le rostre long permet de le différencier à coup sûr des bélougas et autres marsouins.

Il est donc plus probable qu'il s'agisse de marsouins, très commun dans nos eaux Bretonnes, plutôt que de bélougas.


Le Marsouin commun

Le marsouin commun (Phocoena phocoena) regroupe six espèces de cétacés marins à dents, peuplant la plupart des côtes tempérées et froides de l'Atlantique nord.

Le mot « marsouin » pourrait être une latinisation du danois Marsvin (Cochon de mer). Il désigne cette espèce de cétacés dont la femelle peut mesurer jusqu'à 1,90 m et peser jusqu'à 76 kg. Les femelles sont souvent plus grandes et plus lourdes que les mâles.

Les marsouins sont de petits cétacés dont le crâne est peu protubérant. Son rostre court est garni de petites dents recourbées. Le corps est trapu avec une nageoire dorsale plate et triangulaire. Le dos est noir ; la face ventrale, couleur blanche côté queue tire progressivement vers le gris depuis l'avant de la nageoire dorsale jusqu'à la tête.

Les marsouins vivent le plus souvent seuls ou en couple : ils ont la particularité de nager fréquemment dans le sillage des navires.

Les marsouins nagent plus rapidement que les bélougas et peuvent atteindre des vitesses de plusieurs dizaines de kilomètre par heure si nécessaire. Ils se nourrissent presque exclusivement de poisson (en particulier harengs, capelans, et sprats) mais aussi de vers polychètes, de gastéropodes, de crustacés et de seiches, qu'ils peuvent chasser jusqu'à 100 m de profondeur. Il plonge environ 6 minutes.

Le marsouin commun était autrefois appelé « cochons de mer » ( Mor moc'h ) ou bélouga par les marins pêcheurs.


Supplément Illustré du Petit Journal du 23 mars 1913


En fait de dauphins, ce sont des marsouins communs que le dessinateur a représenté détruisant un filet...