CATASTROPHE DU 23 MAI 1925 : INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES

LA CÉRÉMONIE DU 15  AOÛT 1925


(Article du journal «La Dépêche de Brest» du 16 août 1925)

Émouvante cérémonie à Saint Guénolé-Penmarc'h

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M. Daniélou, sous-secrétaire d’État à la Marine marchande,
remet aux héroïques sauveteurs du 23 mai,
les décorations qu'ils ont si vaillamment méritées



Penmarc'h, 15 août. (De notre envoyé spécial)

Le 15 août est le jour du pardon de Notre-Dame de la Joie, un des plus vieux et des plus populaires pardons de la côte bretonne ; mais jamais cette fête n'avait amené une telle affluence de paysans, de pêcheurs, de touristes que cette année.

Arrivée de la procession © Agence Rol

Les ex-votos de la procession © Agence Rol

La procession arrive à la chapelle de la Joi © Agence Rol

 La foule © Agence Rol

C'est que, par une délicate attention M. Daniélou, sous-secrétaire d’État à la marine marchande, a voulu profiler de cette réunion annuelle pour décorer les braves marins qui, le 23 mai dernier, ont risqué cent fois leur vie pour sauver leurs camarades.


Je ne vous rappellerai pas la catastrophe qui a jeté le deuil dans tout ce pays trop souvent éprouvé, le discours de M. Daniélou, qu'on lira plus loin, les citations qui accompagnent les noms des héros sont plus éloquents que tout ce que je pourrais écrire.

Dès 10 h. 30 une foule, maintenue avec peine par un service d'ordre fort bien dirigé, envahit le terre-plein qui se trouve auprès de la petite chapelle de N.-D. de la Joie, où l'on célèbre en ce moment un office religieux.

Le mur est pris d'assaut ; 3.000 personnes sont massées sur les talus et sur la route, on voit là des costumes de tous les pays de la région : les coiffes, les robes brodées de nos paysannes se mêlent aux robes claires des touristes.

Les récipiendaires sont alignés au milieu de l'espace qui leur est réservé. Non loin d'eux, sont les pauvres femmes en deuil qui pleurent toujours leurs chers disparus.


ARRIVÉE DES AUTORITÉS

A midi précis, pendant que sonne l' « Angélus », la musique de, Guilvinec sous l'habile direction de son chef, M. Glehen, attaque la « Marseillaise ».

Le cortège officiel fait son entrée. Voici M. Daniélou, sous-secrétaire d’État, suivi de M. le contre-amiral major général Cazenave, représentant M. le préfet maritime de Brest ; MM. Berteil, secrétaire général de la préfecture, représentant le préfet du Finistère ; Fenoux, sénateur ; Bouilloux-Lafont, vice-président de la Chambre des députés ; Le Bail et Jadé, députés ; Larnicol, maire de Penmarc'h ; le commandant Le Blouch, commandant d'arme du 118° régiment d'infanterie ; Bronkhorst, directeur de l'inscription maritime ; Marchis et Bronkhorst fils ; Pillel, administrateur de la marine à Guilvinec ; Kerloch, ancien patron des canots de sauvetage ; Ninot, syndic ; les représentante de la presse, etc.


DISCOURS DE M. DANIÉLOU


M. Daniélou monte sur une estrade de fortune et prononce le discours suivant !

Monsieur le maire, Mes chers compatriotes, Messieurs,

il y a trois mois — au lendemain de la terrible catastrophe qui jeta la désolation sur cette cote — j'accompagnais jusqu'au petit cimetière de Kérity la dépouille de l'un des plus jeunes naufragés du grand drame ; et là, sous un ciel assombri par une pluie torrentielle qui endeuillait la nature elle-même, j'adressais, au nom du gouvernement, avec mes condoléances émues aux familles des victimes, l'hommage de notre admiration, aux courageux sauveteurs qui s'étaient jetés au-devant du péril pour arracher à la mort quelques-uns de leurs camarades.

Dès ce jour-là, j'apportais à deux des plus valeureux d'entre eux la croix des braves que M. le président de la République avait tenu à mettre spontanément à ma disposition. Depuis — comme il convenait de le faire — parce-que tous les hardis marins qui prirent part à cette journée tragique ont accompli leur devoir avec une égale audace et un égal désintéressement, d'autres récompenses ont été attribuées par moi.

Discours de M. Daniélou © Agence Rol


Je viens aujourd'hui remettre officiellement ces récompenses à ceux qui les ont si bien méritées.


Vous avez pensé, mes chers compatriotes, que cette cérémonie devait coïncider avec l'une des fêtes locales les plus aimées de votre région, avec un de nos vieux pardons bretons, celui de Notre-Dame de la Joie. Vous pourrez lui ajouter désormais un autre titre : celui de Notre-Dame de l'Honneur.

Messieurs, avant de lire le glorieux palmarès qui suffirait à rappeler les circonstances qui transformèrent en quelques instants les plus tranquilles de nos marins en véritables titans dressés contre la vague mauvaise, je veux saluer une fois encore, et dans un même salut d'admiration, et de respect, tous les survivants qui se retrouvent aujourd'hui, réunis à coté des veuves et des orphelins dont les yeux sont encore remplis de l'inoubliable et infernal spectacle.

Et vous tous, qui êtes étrangers à cette rive, Français de l'intérieur que la belle saison attire parmi nous, découvrez vos têtes, inclinez vos fronts devant cette rude population de Penmarch, devant ces hommes, devant ces femmes et devant ces enfants qui portent dans leur poitrine tant de vertus d'héroïsme dans le deuil et dans la douleur.

Pour moi, je n'oublierai jamais l'annonce de l'affreuse nouvelle, un premier télégramme qui disait :

« Bateaux de sauvetage Kérity et Saint-Pierre-Penmarch ont chaviré, en portant secours à deux bateaux de pêche qui ont également chaviré. On suppose vingt-six victimes. Renseignements suivront. »

Je me souviens de notre émotion à tous — de celle du chef du gouvernement en particulier — à la nature si généreuse et si sensible aux malheurs, en quelque circonstance que ce soit, qui peuvent atteindre ses compatriotes ou l'humanité elle-même, notre espérance que des nouvelles plus rassurantes viendraient.

Malheureusement, les renseignements annoncés ne vinrent que pour confirmer la première et laconique dépêche. Ils disaient :

« La mer, le matin, était calme. A midi et demi ce fut une saute de vent. Les bateaux rentraient, fuyant la tempête. Les vagues se faisaient, très fortes. Et soudain, une lame de fond fit chavirer deux barques. C'est alors que les deux canots de sauvetage se portèrent à leur secours avec un entrain admirable, le nombre des volontaires étant de beaucoup supérieur à celui des places disponibles.

« A peine avaient-ils fait quelques centaines de mètres, que, presque en même temps, ils furent retournés, tournoyant sur eux-mêmes plusieurs fois et piquant droit vers le ciel.

« Ils furent vidés de leur équipage et la plupart des sauveteurs durent être assommés sur le coup.

« Malgré cela, de la côte, deux autres sauveteurs s'embarquèrent sur de frêles remorques et leur héroïsme insensé eut cependant pour superbe résultat, de sauver quatre hommes et de ramener trois corps.

« Jamais les plus vieux marins n'avaient constaté — surtout à celte époque, de l'année — une telle violence de la vague et une semblable brusquerie. »

Messieurs, voilà tout le drame de Penmarch. A cette dépêche que m'adressait M. le préfet du Finistère, il est difficile d'ajouter. Les victimes, rejetées une à une pendant de longs jours sur la rive, ont été pieusement ensevelies dans la bonne terre bretonne. Les survivants, les héros, les voici...

Et voici à côté d'eux, les veuves — impuissantes spectatrice, nos stoïques Bretonnes — échevelées dans la tempête, et dont les cris sinistres répercutés sur les flots étaient moins de désespérance que d'encouragement aux malheureux qui se débattaient dans la mer.

Et voici les petits, les orphelins d'aujourd'hui, qui, déjà comme des hommes, connaissent tous les tressaillements de l'indomptable vague.

A l'annonce de la catastrophe, rendue plus impressionnante par le fait de la disparition des deux canots de sauvetage, ce fut dans toute la France un admirable élan de solidarité. Je remercie tout particulièrement les deux grands journaux de Paris, le Petit Journal et l'Œuvre, et leurs deux confrères bretons, la Dépêche de Brest et l’Ouest-Éclair qui, spontanément, ouvrirent leurs colonnes pour des souscriptions en faveur des victimes. Je remercie les milliers de donateurs qui directement ou par la voie de ces journaux ont généreusement manifesté leur admiration pour le courage de vos marins et, leur pitié pour leur malheur. Grâce à leurs dons, — qui s'ajouteront, aux pensions de l’État, — à la douleur sera du moins épargnée la misère. Mais nous avons de plus mis à l'élude toute une série de travaux destinés à apporter le maximum de moyens de protection à cette cote exposée aux débordements de la mer.

Oui, sans doute, nous ferons l'impossible pour vous protéger, mes chers compatriotes, pour établir les feux qui vous permettront de vous orienter dans la brume et les balises indicatrices des grands rocs sous-marins ; nous envisagerons des accès plus faciles par des dérochements qui s'imposent, des digues pour abriter vos barques, et des canots de sauvetage toujours prêts à prendre la mer au secours des navires en détresse.

Mais nous savons bien que le flot demeurera toujours le plus fort, quand le cyclone le fera tourbillonner ou quand, de mystérieux phénomènes sismiques soulevant les fonds océaniques le précipiteront sur nos bords en houle qu'aucune œuvre humaine ne saurait arrêter.

Quand des fonds sous-marins se bombent — si nous en croyons les récits — dans un tressaillement de la croûte terrestre, jusqu'à effleurer la surface des eaux, ce qui stupéfie ce n'est pas qu'une vague éperdue vienne se briser sur la première côte qu'elle rencontre, entraînant la perte de quelques bateaux, c'est qu'un phénomène aussi monstrueux puisse se produire aussi près de nous sans provoquer des cataclysmes plus formidables encore.

À quelle catastrophe n'assisterions-nous pas si de pareilles ondulations se produisaient sur le sol ferme, dans un écroulement, de villes comme le Japon lui-même n'en a jamais connu.

Mais cela, n'explique-t-il pas aussi, et assez, que les vieux marins de Penmarch aient pu dire qu'ils n'avaient jamais constaté une telle violence, de la vague et. une semblable brusquerie, et cela ne rehausse-t-il pas plus encore cet « héroïsme insensé » des Larnicol et des Le Gall qui, ayant vu sombrer dans la vague inconnue et monstrueuse tout à la fois, les naufragés et les sauveteurs, s'élancèrent malgré tout à l'assaut du flot déchaîné pour lui arracher quelques-uns des braves qui ne pouvaient plus espérer ?

Au nom du gouvernement de la République, une fois encore je vous salue, marins de Penmarch qui, par votre audace, votre sang-froid et votre esprit de Sacrifice — dans ce jour sinistre du 23 mai dernier — avez confirmé pour le monde, dans toute sa splendeur, le haut renom, le renom séculaire du matelot breton.

Ce discours est vivement applaudi par la foule, profondément émue.

Ensuite a lieu la remise des décorations suivantes ;


Le palmarès

Croix de chevalier de la Légion d'honneur

M. Eugène-Marie Le Gall, patron du cotre de pèche Gérald-Samuel :
Au cours de la violente tempête du 23 mai 1925, étant déjà rentré au port, a fait rallier son équipage et a repris la mer avec son cotre de pêche et son annexe. A lutté contre les éléments avec un rare courage, son bateau étant désemparé, après avoir talonné sur une roche, a réussi avec son annexe à porter assistance au plus fort de la tourmente aux équipages des bateaux de sauvetage de Kérity et de Saint-Pierre-Penmarch, qu'une lame énorme avait chavirés alors. A réussi, malgré une mer démontée, à sauver plusieurs vies humaines. Bel exemple de devoir et de dévouement.

M. François-Joseph-Marie Larnicol, patron du canot de pèche Arche d'Alliance :
En rentrant de pêche, le 23 mal 1925, par le chenal de la Jument, a aperçu derrière lui un canot qui venait de sombrer dans les brisants. Malgré la tempête qui faisait rage, a viré de bord immédiatement pour se porter au secours des naufragés. Par deux fois, une partie de sa voilure est déchirée par le vent. Il la rétablit et s'acharne à rejoindre les lieux du sinistre. 

Remise des diplômes et médailles par l'Amiral Cazenave
© Agence Rol

Drossé par le courant, il lutte avec une rare énergie pour se porter vers les canots de sauvetage de Saint-Pierre et de Kérity, qu'une lame énorme avait chavirés alors qu'il se portaient au secours de deux bateaux de pèche en perdition. A réussi, malgré la tempête, à sauver plusieurs vies humaines. Bel exemple de devoir et de dévouement.

M. Corentin Coïc :
A fait preuve, en de nombreuses circonstances, d'abnégation et d'une très grande bravoure.


(de G à D) Corentin Coïc, François Larnicol, Eugène Le Gall © Agence Rol

Équipage du cotre « Gérald-Samuel »

Médailles de vermeil. — MM. Eugène-Marie Le Gall, 38 ans, patron ; Joseph-Marie Le Gars, 34 ans, matelot.

Médaille d'argent de 1ère classe. — MM. Louis-Marie Guégaden1, 35 ans, matelot ; Pierre-Jean-Marie Riou, 47 ans, matelot ; Jean-Louis-Alexandre Le Gall, 33 ans, matelot ; Baptiste Le Pape, 18 ans, matelot.


Note KBCP :
(1) Louis Guégaden était mon grand-oncle.

Equipage du cotre « Arche d'Alliance »

Médaille de vermeil. — M. François-Joseph-Marie Larniol, 38 ans, patron.

Médailles d'argent de 1ère classe. — MM. Guillaume-Marie Gourlaouen, 51 ans, matelot (sauvetage antérieur) ; Sébastien Le Corre, 41 ans, matelot ; Pierre Gourlaouen, 31 ans, matelot ; François-Marie Pochic, 20 ans, matelot ; Thomas-Yves Tanter, 20 ans, matelot.

Médaille d'argent de 2ème classe. — M. Yves-Marie Gourlaouen, mousse.


Équipages des canots de sauvetage

Médaille de vermeil. — M. Corentin Coïc, 52 ans, sous-patron.

Médailles d'argent de 1ère classe. — MM. François Gourlaouen, 38 ans, canotier ; Nonna-Marie Stéphan, 25 ans, canotier ; Joseph Kerisit, 23 ans, canotier ; Thomas Stéphan, 32 ans, canotier ; Michel Bouguéon, 23 ans, canotier ; Jean-Marie Tanneau, 40 ans, canotier; Jean-Marie Drézen, 44 ans, canotier (sauvetages antérieurs).


Décorations à titre posthume

La médaille de sauvetage en vermeil a été, en outre, attribuée, à titre posthume, aux huit membres de l'équipage du canot de sauvetage Léon Dufour, de Saint-Pierre, et aux sept membres de l'équipage du canot de sauvetage Comte et comtesse Foucher, de Kérity, pour reconnaître le magnifique exemple d'abnégation, de courage et de dévouement: qu'ils ont donné, le 23 mai 1923 en se portant, par mer démontée, et eu pleine connaissance des dangers qu'ils couraient, au secours des bateaux de Pèche Berceau-de -Saint-Pierre et Saint-Louis, qui avaient chaviré dans le chenal de la Jument, devant Kérity-en-Penmarch, sauvetage au cours duquel ces marins n'ont pu malgré leur énergie, approcher les bateaux naufragés, et leurs canots ayant chaviré, ont péri, victimes de leur dévouement.

Canot de sauvetage de Saint-Pierre en Penmarc'h

MM. Jean-Marte Berrou, 32 ans, patron ; Vincent-Marie Tanniou, 43 ans, sous-patron (sauvetage antérieur) ; Jean Larnicol, 69 ans, matelot (sauvetages antérieurs) ; Alain-Marie Calvez, 38 ans, matelot (sauvetages antérieurs) ; Jean L'Helgouarch, 29 ans, matelot ; Pierre Carval, 29 ans, matelot ; Guillaume Cossec, 33 ans, matelot ; Laurent Calvez, 27 ans.

Canot de sauvetage de Kérity

MM. François-Eugène Le Gars, 38 ans ; Thomas Cloarec, 27 ans, matelot ; Henri-Marie Jézégabel, 35 ans, matelot ; Laurent Coupa1, 25 ans, matelot ; Henri Kerloch, 40 ans, matelot ; Yves-Marie Stéphan, 30 ans, matelot ; Pierre-Marie Tanniou, 20 ans, matelot.

Note KBCP :
(1) Premier mari de Mathilde Gouléquer, grand-mère de mon épouse. Parti au port de Kérity voir si son canot était bien attaché à son corps-mort, il est arrivé au moment de la mise à l'eau du «Comte et Comtesse Foucher». Il a spontanément proposé de prendre la place d'un des canotiers âgés. Lors du naufrage, sachant nager, il s'est agrippé au canot de sauvetage. Un aviron, lors d'un retour de vague, l'a assommé. Accablé par la fatalité, il se noie (témoignage d'un rescapé). Il laisse une veuve, enceinte de 3 mois.


Des applaudissements saluent les sauveteurs lorsqu'ils reçoivent la juste récompense de leur bravoure, et bien des larmes brillent dans les yeux quand le ministre remet aux veuves et aux mères, accompagnées de jeunes enfants, les médailles décernées à titre posthume aux braves marins morts victimes de leur dévouement.


Remise de diplôme à une veuve (Au milieu, l'ex-patron Kerloch) 
© Agence Rol

Les veuves et les orphelins © Agence Rol

À 13 heures, le cortège se reforme et, précédé de la musique de Guilvinec, il se rend au banquet servi à l'hôtel Moguérou.

LE BANQUET

Le déjeuner fut admirablement servi par M. Moguérou.

A la fin du repas, la musique du Guilvinec joua quelques airs bretons, puis M. Daniélou donna la parole à M. Larnicol, maire de Penmarch :

LES DISC0URS


M. LARNICOL

Mesdames, messieurs.

Nous ne nous sommes réunis que pour envoyer un nouveau souvenir aux pauvres victimes de la catastrophe du 23 mai dernier et assurer à tous leurs parents nos plus vives condoléances.

S'il est un devoir bien doux à remplir, c'est celui qui nous appelle aujourd'hui à présenter nos hommages aux hommes de cœur et de courage qui n'hésitent jamais à affronter les dangers les plus graves pour voler au secours de leurs semblables.

Je suis heureux de me trouver à la tête de la municipalité de Penmarch, pour venir, en, son nom, dire notre gratitude à tous ces braves, pour qui le sacrifice est une habitude et dont il suffit de prononcer le nom pour honorer tout à la fois notre pays et l'Association des sauveteurs, dont ils sont membres.

Avec les récompenses si méritées qui vous ont été décernées, veuillez recevoir l'hommage de notre respect et de notre admiration.

Je tiens aussi à remercier de tout cœur M. Daniélou, sous-secrétaire d’État à la Marine marchande, président de celle belle cérémonie ; M. l'amiral. Cazenave, major général de la marine, à Brest ; M. Berteil, secrétaire général, délégué de M. le préfet du Finistère ; M. Bronkhorst, directeur de l'inscription maritime ; MM. les représentants élus du peuple breton ; les membres du Comité de répartition des secours aux naufragés, et mes dévoués collaborateurs.

L'AMIRAL CAZENAVE


On applaudit, puis M. le contre-amiral Cazenave, major général, s'exprime en ces termes :

Monsieur le ministre, messieurs.
Après le drame du 23 mai, l'amiral Grout, préfet maritime, est venu déposer sur la tombe des héroïques sauveteurs de Penmarch l'hommage douloureux de la marine de guerre. Retenu à Brest aujourd'hui, il m'a confié la précieuse mission de le représenter ici en ce jour de commémoration et de récompense.

Partout où nos marins, nos pêcheurs bretons agissent, là où ils peinent, là où ils déploient les nobles qualités de leur race, la marine de guerre veut être présente pour encourager et assister, pour s'enorgueillir et récompenser, hélas ! aussi pour pleurer et soulager !

Ces hommes, en effet, ceux que la mer brutale vous arrache, ceux qui vous restent, et sont présents ici, nous les connaissons tous fort bien.

Ce sont les mêmes qui, quand souffle, au large, l'âpre sud-ouest ou le mistral traître, se jettent en grappes pressées après le camarade tombé à la mer ; ceux encore qui, par l'échelle lugubre, 

Contre Amiral Jean Félicité Maurice Cazenave
© Denis Cazenave

s'engouffrent dans la vapeur brûlante d'une chaufferie explosée pour répondre à l'appel déchirant de l'équipe en danger ; ceux enfin que, jadis, sous le ciel bleu des Salins d'Hyères, je vis moi-même pénétrer dans la fournaise des tourelles du Jules Michelet pour dégager des corps amis tout pantelants de brûlures terribles.


Leurs vertus sont hautes, elles sont nombreuses ; il en est une, toutefois qu'ils pratiquent avec une ferveur spéciale : la charité ou la solidarité humaines, selon qu'on adopte pour la désigner, le langage du sentiment ou celui de la raison.

Nous, leurs chefs de quelques année, leurs amis de toujours, nous sommes fiers d'eux et dans leurs actes de simple héroïsme, nous puisons des forces renouvelées pour mériter l'honneur de commander à de tels hommes.

Voilà ce que l'amiral Grout m'a chargé de dire ici.

En son nom, au nom de la marine de guerre, je m'incline devant les disparus et, avec votre autorisation, monsieur le ministre, je porte la santé des survivants.

Salve d'applaudissements.

M. COIGNET


D'autres discours furent prononcés, notamment par M. Coignet, inspecteur de la Société centrale de sauvetage, représentant l'amiral Touchard, qui, après avoir remercié les parlementaires présents, annonça que de sérieuses améliorations vont être apportées au matériel de sauvetage actuel.

Il assura nos marins que |a question d'un canot de sauvetage à moteur est à l'étude et que la côte en sera pourvue si la chose est possible.

Il salua la mémoire des disparus et leva son verre aux vaillants sauveteurs de demain, prêts à marcher sur les traces glorieuses de leurs aînés.

M. FENOUX.


M. Fenoux, sénateur, excuse M. Louppe récemment frappé par un deuil cruel, MM. Lancien et Le Hars, retenus également loin de la magnifique et émouvante cérémonie à laquelle il a assisté le matin.

Au nom de ses collègues et au sien, il salue la mémoire des disparus, comme le fit, il y a quelques mois, le président du Sénat, avec la plus vive douleur.

Il apporte à celle glorieuse phalange de sauveteurs qui a arraché tant de vies humaines à la mer déchaînée, l'hommage de son admiration et termine en s'inclinant très bas devant les héros qu'il a sous les yeux.

La nombreuse assistance applaudit.

M. LE BAIL


M. Le Bail, député, fut un des premiers à venir, aussitôt après la catastrophe du 23 mai, apporter aux héros et aux parents des victimes l'hommage de sa douleur et de son admiration.

Il les connaît, ces braves de cette terre d'héroïsme, qui vont au danger, à la mort avec le calme le plus absolu et l'abnégation la plus entière. Il gardera de cette journée, qui lui a permis d'assister sur cette terre de drame, à un pardon laïque, et un pardon religieux, un souvenir inoubliable

Et l'orateur, très applaudi, leva son verre en l'honneur de la municipalité de Penmarch, qui lui a permis d'assister à cette magnifique et grandiose cérémonie.

Georges Le Bail © Assemblée Nationale

M. DANIÉLOU


Enfin, M. Daniélou remercie tous ceux qui ont donné leur part de collaboration à cette belle fête. Il remercie en particulier M. le maire de Penmarch de son activité; ses collègues du Parlement, qui, sans distinction d'opinion, sont venus rehausser l'éclat de cette fête, et qui, au Sénat comme à la Chambre, s'occupent activement de tout ce qui peut intéresser les vaillants marins de nos côtes.

Il remercie encore M. le contre-amiral Cazenave, M. Bronkhorst, directeur de l'inscription maritime ; M. Berteil, secrétaire général de la préfecture, et tous les administrateurs de la marine de leur modeste, mais précieuse collaboration.

Puis il lève son verre à la commune de Penmarch.

De très vifs applaudissements ont souligné tous ces discours. La séance est levée.

Pendant, que certains vont se mêler à là foule des promeneurs, d'autres vont admirer la mer, si calme et si bleue aujourd'hui, si cruelle parfois, et se demandent, le cœur étreint, si bientôt elle ne va pas faire dans le rude pays des pêcheurs de nouvelles victimes et créer, en même temps, de nouveaux héros.

L. T.

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