1906-1914 Le Filet de St Guénolé (suite)

Contexte de la pêche à la sardine en ce début de XXème siècle

Après la disparition de la sardine du littoral Breton entre 1860 et 1863 puis entre 1879 et 1887, c'est dès le début du siècle suivant que la sardine disparaît de nouveau. Après cotoyé la ruine en 1887, les campagnes 1901 à 1903 sont de nouveau désastreuses, cette période étant qualifiée de Misère en Bretagne :

En 1901, la sardine est arrivée dans les baies en fin juillet au lieu de début juin.

En 1902, la sardine s'est encore plus fait attendre : la sardine est arrivée début août. Les chaloupes passaient la nuit en mer pour être plus rapidement en pêche sur la gleure (lieu de pêche). Le mauvais sort, la bodj, pense-t-on, s'acharne sur la communauté sardinière : 21.000 pêcheurs, 15.000 ouvrières de friteries, 3.000 ouvriers d'usines sont sans travail. Prières et pardons n'y font rien. Même Mgr Dubillard, évêque de Quimper, se rendit à Douarnenez, Audierne et Concarneau : Les prières de Monseigneur n'y firent rien, la sardine ne vint pas, si ce n'est que de rares fois où elle put être pêchée quelques heures seulement, par quelques rares bateaux... Preuve en est que la sardine, bien qu'étant là, celle-ci ne "travaillait" pas.

En 1903, la saison est la répétition de la campagne 1902. La sardine revient en septembre :
Saint-Guenolé, 17 septembre. Bateaux sortis, 70 ; moyenne de poissons par bateau : quelques centaines. Prix du mille, 30 fr. la grosse sardline, 16 fr. la petite. Quelques bateaux ont 2.000 ; un bateau a pris 6.000 petites.
Bref, la campagne 1903 est presque aussi désastreuse que les précédentes, même si les cours sont très bons du fait de la rareté de la sardine.

En 1904, la saison est correcte. Le tonnage de sardines pêchées est pourtant inférieur de 50% à la moyenne du tonnage pêché dans la période 1896 - 1900, mais les cours sont très bons, car les usiniers veulent refaire leurs stocks.

Et ils ont bien raison, car après cette année d'espoir, les campagnes 1905 à 1907 sont de nouveau désatreuses.


Disparition et retour de la sardine

Deux théories s'affrontent.

La première, est essentiellement portée par les pêcheurs : « La sardine arrive par le sud, elle longe les côtes bretonnes et s'en retourne « on ne sait où » après avoir terminé son tour en Baie de Douarnenez. Elle migre, voilà tout. »
Les plus fervents de tous sont les Douarnenistes, qui craignent que des engins trop pêchants réduiraient tant la ressource qu'il n'en resterait plus rien au moment d'arriver en Baie de Douarnenez... Chez-eux.
« Et puis, c'est comme ça, des années on loge, d'autre non. C'est la volonté de Dieu. Les Penn bras (grosses têtes, ici les professeurs) de Paris ne connaissent pas la mer ni la pêche. Tous des rigolos. »

La seconde est défendue par certains pêcheurs qui commencent à douter de la théorie de la « migration des sardines » et par les scientifiques qui penchent plutôt pour d'autres phénomènes. Tel Mr. Portier, de la Faculté des Sciences, dans sa conférence à la Sorbonne du 4 février 1904, qui affirmait déjà : « La sardine n’émigre pas vers les pays chauds, mais elle reste sous la même latitude, gagnant seulement, soit la haute mer, soit les profondeurs, d’où elle revient ensuite au fur et à mesure que la température s’élève sur nos côtes.

« Tout au moins semble-t-il que les variations atmosphériques, qui n’ont aucun effet sur la sardine méditerranéenne, laquelle se pêche hiver comme été, exercent une action sensible sur la sardine vendéenne et bretonne : si la température marine tombe au-dessous de 12° C., cette sardine s’engourdit et ne « travaille » pas. Il semble bien aussi que les vents de terre prolongés chassent le poisson, tandis que les vents de mer le ramènent ; qu’un certain calme des eaux lui est nécessaire ; qu’il se dirige de préférence vers les baies où le plancton abonde. »
 Mais ce ne sont point là des certitudes, M. Portier le reconnaît, et la thèse de l’émigration périodique des sardines conserve de nombreux partisans.

Au début de la saison 1905, la sardine est encore absente dans les filets des marins. Beaucoup pensent que la sardine n'a pas migré... Pourtant, beaucoup de pêcheurs, en rentrant bredouille au port, disent n'avoir jamais vu autant de sardines : La sardine est là, elle travaille, mais refuse de se faire prendre. Ces observations confortent les convictions des tenants d'une sardine qui travaille en fonction de la température de la mer et de la direction des vents, ces deux variables favorisant abondance ou raréfaction du plancton et des micro-organismes dont se nourrissent les sardines. De plus, certains pêcheurs ont remarqué la présence de vase entre les écailles des rares premières sardines pêchées en mai, confortant l'hypothèse d'un refuge dans les profondeurs de l'océan, pendant la basse saison de pêche...

Loin de ces considérations « scientifiques », les marins et leurs familles n'ont pas le moral, et, fatalistes placent leurs espoirs en la sainte Providence. Rien n'y fait, même les bénédictions et les messes. Heureusement, les gains de la saison 1904 ont été épargnés et leur permettent à peine de survivre à cette nouvelle saison « sans ».


Rebellion Penmarchaise

La saison 1906 , n'est pas meilleure. Les marins perdent le peu de moral qu'il leur restait et sont désespérés. Les prières sont inefficaces. Les employés des friteries, sans sardines à travailler, ne l'ont pas plus. Nombre de familles ont le père en mer et la mère à l'usine. Parfois leurs enfants, le « grand » et la « grande » travaillent avec leurs parents pour nourrir la famille : Les foyers en même temps que la disparition de la sardine, perdent leurs seuls revenus. 40.000 pêcheurs et ouvriers (ères) de l'industrie de la sardine sont au chômage. Le souvenir des affres de la famine (seulement deux ans auparavant !), se rappelle cruellement à la mémoire des marins et de leurs familles. Les esprits commencent à s'échauffer. 

Les marins de Kérity, de Saint-Pierre et de Saint-Guénolé, durement éprouvés par ces épreuves répétitives, s'insurgent : « Pas question de laisser « de retour » mourrir de faim nos familles et de retourner dans la misère. Le poisson est là, il faut trouver un moyen de le prendre ! »

Et oui, car comme en 1905, la sardine est là, elle travaille, mais refuse de se faire prendre. Mais les marins de Penmarc'h connaisse bien une solution : Le filet tournant. 

En 1881, trois marins ingénieux avaient imaginé d'assembler quatre filets droits pour en faire un filet tournant. Et ça avait formidablement marché.

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