LE NAUFRAGE DE L'ANTOINETTE

CARACTÉRISTIQUES DE L'ANTOINETTE


L'Antoinette est un voilier de type trois mâts goélette en acier jaugeant 700 tonneaux.
Un trois-mâts goélette comporte un mât situé à l'avant (le mât de misaine) gréé en voiles carrées, tandis que les deux autres mâts (grand mât et mât d'artimon) ont des mâts de flèche et portent des voiles à cornes et des voiles de flèche (gréement aurique). Des voiles d'étai sont hissées entre les mâts.
1902 : Construit et lancé le 28 novembre par la "Compagnie Française de Navigation et Constructions Navales & Anciens établissements Sâtre Réunis" (ouf !) pour l'armement l'Océan.
1906 : Racheté en novembre par l'armement Nantais (Charles) Simon & Duteil (Lucien) pour 125.000 Fr.

Longueur : 59,79 mètres
Poids en charge : 1200T.
Jauge brute : 793 tonneaux.
Tirant d'eau : 4,35 m environ (suivant sa charge).
Voilure : 1300 m²  confection Lefèvre-Rigot de Paimpol.
Un treuil à vapeur

CONTEXTE DU NAUFRAGE

Afin de faire des économies structurelles (déjà...), les grands voiliers de commerce trans-océaniques voyageaient en personnel réduit afin de réduire la masse salariale. Bref, pas de problème pour "tirer droit" dans un océan sans obstacles. Il en allait tout autrement  lors des manoeuvres de port où de chenaux, où ce manque d'effectifs était préjudiciable aux bonnes manoeuvres et à l'intégrité du navire. Ces grands voiliers étaient donc assistés par des remorqueurs.

L'armement Simon & Duteil avait été mandaté pour effectuer un transport d'engrais depuis Ipswich (Angleterre) vers la Martinique. C'est pour ce contrat que l'Antoinette est tiré depuis St Nazaire pour rejoindre Ipswich par le remorqueur Anglais Warrior de la compagnie The Elliott Tug Co Ltd.

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Le naufrage sera abordé ici sous deux angles différents  mais complémentaires : Vu du côté mer et vu du côté terre.

CÔTÉ MER : RAPPORT D'ENQUÊTE ET DU CAPITAINE BOUTIN

L'Antoinette quitte St-Nazaire le 4 janvier 1912 pour Ipswich. A la barre, le capitaine Louis Boutin.

A 14 heures il sort du bassin aidé à la manœuvre par le Saint-Félix, remorqueur de port. Passé les écluses, le remorqueur de haute mer anglais Warrior le prend en remorque. Son capitaine, mister Cowes est assisté d'un pilote fluvial.

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Port et écluses de St Nazaire © Delaveau
Remorqueurs du port de St Nazaire © Levy

A 16 heures, le pilote est débarqué aux "Charpentiers". La mer est grosse et le vent souffle grand frais d'Ouest-Nord-Ouest. Vers 20 heures, les deux navires passent par le travers du "Four". Toute la journée du 5 janvier, le temps est brumeux avec des grains. Le soir, à 19 heures, l'Antoinette et le Warrior passent par le travers des Iles Glénans, leur route est alors Nord-Ouest.
Dans la nuit, le vent hale à l'Ouest-Sud-Ouest et fraîchit en coup de vent. Il pleut et la mer grosse.

Le 6 janvier, au matin, le temps est bouché avec des vents violents. La vitesse du convoi, proche de la côte ne dépasse pas les 1,5 nœuds.

A 8 heure 10, le Warrior demande à l'Antoinette d'établir ses focs 1 et voiles d'étai 2. Cette manœuvre a peine effectuée, la remorque casse... à moins que le Capitaine Cowes, sentant son remorqueur en danger, n'ait décidé de larguer l'amarre (manœuvre courante à l'époque et spécifiée dans le contrat de la compagnie The Elliott Tug Co Ltd).

Nomenclature (aide au texte) :

1- Petit Foc
2- Grand Voile d'Etai
3- Hunier fixe
4- Grand-Voile Goélette
5- Artimon
6- Misaine

A la faveur d'une brève percée du soleil, le capitaine Boutin reconnaît la pointe de Penmarc'h à 4 milles dans l'Ouest-Nord-Ouest. Quand il constate que le Warrior, à la cape, reste au large, il fait gréer hunier fixe et voiles goélettes afin de serrer le vent au plus près pour s'éloigner lui aussi de la côte.
 
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Photo-montage © JL Guégaden

La tempête redouble de violence, la mer est démontée et accompagnée de pluie.
Une rafale de vent plus forte que les autres déchire les grandes voiles goélette4 et d'artimon5.

Vers 9 heures le Warrior vient à ranger l'Antoinette pour tenter de reprendre la remorque. Mais celle-ci est engagée sous le navire et le Cpt Cowes demande au Cpt Boutin de virer vent arrière. Malgré que ce dernier sache que cette manœuvre va le rapprocher davantage de la côte, il s'exécute, dans l'espoir de se voir remorquer et de sortir de cette fâcheuse position. Ses matelots s'épuisent à la manœuvre du cabestan, tentant de ramener la remorque. L'Antoinette se dirige plein sud.

Le vent souffle en furie quand l'artimon5 et le petit foc1 se déchirent à leur tour.


Vers 13 heure, le Cpt Boutin voit dans son sud-sud-est, la tourelle du Men-Hir. La côte étant dangereusement proche, il vire de bord et fait établir la misaine.
La remorque, toujours engagée, empêche la dérive et ralentit la progression du trois mats.
Le vent, toujours en furie, vire à l'ouest. La probabilité de naufrage devient trop importante, le Cpt Cowes "jette l'éponge" : Malgré les demandes de secours, l'équipage de l'Antoinette voit le Warrior remettre cap au large et disparaître...
Livré à lui-même, le voilier se dirige vers la baie d'Audierne, un piège dont on sait la difficulté de sortir en ces conditions de mer.

A 15 heure, l'équipage aperçois les brisants à une centaine de mètres. La chaîne de bâbord étant maillée sur la remorque, il ne reste plus que l'ancre de tribord. Cependant, en concertation avec l'équipage, le capitaine décide de ne pas jeter l'ancre : Le navire risquerait de se mettre en travers à la lame et de ce fait serait encore plus en danger. La misaine 6 est alors brassée carré.
Seule photo connue du Warrior © Inconnu
Le Cpt Boutin demande à son équipage de revêtir leurs bouées de sauvetage et de préparer les embarcations, pendant que l'Antoinette aidée par la force des lames, file vent arrière pour s'échouer sur la plage...


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15 heure 20 : Les brisants sont franchis et  l'Antoinette s'échoue à 50 mètres de la plage de Tréguennec, face au village de St Vio. Perpendiculaire à la côte et poussé par la pleine mer, le trois mats talonne violemment, ce qui provoque d'importantes voies d'eau dans les fonds de coque. Les vagues balaient le pont et l'équipage se réfugie dans les haubans : La mer est trop démontée pour permettre l'utilisation des canots.
Il est urgent de quitter le navire.

Vers 17 heure 30, le capitaine fait filer vers la côte, une ligne de vie attachée à une bouée. Une bouée recueillie par des sauveteurs arrivés en nombre sur la plage.
Les sauveteurs y nouent une haussière bientôt amenée à bord du bateau et fixée afin d'établir un va et vient (voir pages suivantes).

Vers 18 heure, l'établissement du va et vient est terminé. L'équipage commence à être évacué dans une bouée culotte. Le capitaine est le dernier à quitter le navire.

Il est 20 heure 30 : Tout l'équipage est sauvé. Le capitaine Boutin quitte le bord le dernier, emportant avec lui les papiers et le livre de bord.


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Les naufragés et leurs sauveteurs (au second plan) © Chever


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