LE PHARE D'ECKMUHL (Suite) - L'INAUGURATION

Voici le programme de la journée d'inauguration tel qu'il était établi pour les officiels :

  • Départ le 16 Octobre à 20:35 depuis la Gare Montparnasse de Paris.


  • Arrivée le 17 Octobre à 9:45 en Gare de Quimper.

Les Ingénieurs du Service des Phares y recevront les Invités et les conduiront à l'Hôtel où des chambres leur seront réservées.

  • Déjeuner à l'Hôtel de l'Epée à 12:00.


  • Départ à 13:40 de la Gare de Quimper pour Pont l'Abbé : Pour l'occasion, le train était décoré de faisceaux, drapeaux, fleurs cocardes et guirlandes.
  • Arrivée à 14:35 à Pont l'Abbé. Transport en voitures jusqu'au Phare d'Eckmühl ; arrivée vers 15:45.

Arrivée des officiels

Visite de la lanterne


  • Visite du Phare et de ses engins.
  • Vin d'Honneur servi dans la Salle des Machines.
  • Allumage du feux éclair électrique, mise en fonctionnement du signal sonore et de tous les appareils.
  • Départ du Phare pour Pont l'Abbé vers 18:30 en transport automobile, puis en chemin de fer jusqu'à Quimper.
  • Arrivée à Quimper vers 20:00.
  • Dîner à l'Hôtel de l'Epée à 20:30.

L'Administration des Phares avait décidé de consacrer 5000 fr à l'organisation de l'évènement.


Vous trouverez ci-dessous le programme de la journée d'inauguration tel qu'il était établi pour les Penmarchais, la Mairie ayant consacré 600 fr à l'organisation des festivités.

Outre l'établissement d'une fête foraine (qui perdura deux semaines)...

  • Le 17 Octobre à 7:00 à la Mairie du Bourg de Penmarc'h : Aubade.
  • 9:00 Course de vélocipèdes. 1er prix, 10 fr, puis 5, 3 et 2fr, le cinquième se voyant attribuer un paquet de cigarettes !
  • 12:00 Déjeuner populaire. 3 fr le repas.
  • Après déjeuner, régates de chaloupes.
  • 15:30 / 15:45, arrivée des officiels et début de la cérémonie.

La journée relatée ici par Louis Beaufrère du journal L'Union Agricole et Maritime du Mercredi 20 Octobre 1897.

Après avoir fait espérer aux populations de Pont-l'Abbé et de Quimper qu'elles allaient avoir l'honneur de voir deux ministres présider à l'inauguration du superbe monument dû à la générosité de la marquise de Blocqueville et qui a une portée humanitaire suffisamment grande pour justifier la présence d'un membre du gouvernement, ça été un désenchantement général lorsqu'on a su que, définitivement, M. Turrel, ministre des travaux publics, ni l'amiral Bernard, ministre de la marine, n'assisteraient à la cérémonie d'inauguration.
On a fait contre fortune bon coeur, mais tout le monde se disait que s'il y avait eu un ministre, la cérémonie aurait eu. une toute autre ampleur.

Ces regrets - exprimant le sentiment général - une fois formulés, disons cependant que tous ceux qui ont assisté à l'inauguration du phare dEckmühl en garderont une impression durable.

Arrivée à Quimper

Pour commencer, le train des personnages officiels est arrivé en gare de Quimper avec une demi-heure de retard. Les réceptions ont eu lieu dans les salles d'attente transformées, par les soins de la compagnie d'Orléans, en un salon fort bien décoré. Citons parmi les personnages officiels et les invités qui ont été reçus dans ce salon par le préfet du Finistère, le maire de Quimper et M.. Considère, ingénieur en chef du département, M. Quinette de Rochemont, conseiller d'État, directeur des routes et navigations au ministère des travaux publics, chargé par M. Turrel de le représenter et de présider la cérémonie ; le capitaine de vaisseau Lefèvre, chef du Cabinet militaire du ministre de la marine, représentant l'amiral Besnard ; le capitaine de vaisseau Goëz, représentant l'amiral Fournier, préfet maritime de Brest ; MM. Jouslain, chef du secrétariat particulier du ministre des travaux publics, Eyriaud des Vergues, inspecteur général des ponts et chaussées ; de Joly, ingénieur du service des phares ; Bourdelles, directeur des phares ; Vaire, entrepreneur, Marbeau, architecte ; le Myre de Vilers, exécuteur testamentaire; Davout d'Auerstaèdt, élève à l'école militaire de Saint,-Cyr, fils du grand chancelier de la Légion d'honneur, représentant son père ; le comte Vigier ; Houët du Tailly, ancien gouverneur de la Nouvelle Calédonnie. M.M. de Kerjégu, député, président du Conseil général, Delobeau, de Chamaillard, Halléguan, sénateurs ; Pichon, Le Borgne, Hémon, députés, etc.

Une foule énorme stationnait dans la cour de la gare et au dehors, tandis que, une à une, les voitures défilaient, emportant les personnages que nous venons d'énumérer.

La délégation de Concarneau

A onze heures, M. Quinette de Rochemont a reçu, à l'Hôtel de l'Epée, une délégation des marins-pêcheurs de Concarneau, composée de : MM. Poullou, conseiller municipal. président du syndicat des pêcheurs de Concarneau ; Niger, conseiller municipal ; Le Roze et Sanban René, pilotes, qui lui a été présentée par M. Hémon, député, et par M. Billette de Villeroche, président du Tribunal de commerce, adjoint au maire de Concarneau.

Cette délégation a prié M. Quinette de Rochemont de demander au ministre que le feu de l'Ile aux Moutons soit modifié, Les pécheurs de Concarneau voudraient, en effet, que le secteur blanc, qui protège la grande ligne, fut diminué. On pourrait partager ce secteur en deux, laisser la partie supérieure en blanc pour la grande navigation, qui ne serait nullement gênée par cette modification, et faire de la partie inférieure un secteur vert, visible pour les bateaux de pêche à cinq ou six milles et couvrant les dangers trop nombreux dans ces parages.

Puisqu'aujourd'hui, expliquait la délégation, on inaugure un monument destiné à rendre tes plus grands services à la grande navigation, ne pourrait-on faire quelque chose pour nos populations côtières qui méritent bien, elles aussi, un peu de protection. Tous les jours il passe devant le feu de l'île aux Moutons plus de 600 bateaux de pêche à l'équipage de six hommes, alors que la grande navigation, aux abords de Concarneau, se fait de plus en plus rare. Ce secteur vert que réclament les pêcheurs est donc d'une très grande utilité et ne nuira en rien à la grande ligne qui sera toujours couverte par le secteur blanc un peu diminué seulement. Cette modification légère rendrait les plus grands services aux pécheurs de la baie de Concarneau. D'ailleurs ce secteur vert que réclame la petite navigation existait autrefois, et a été retiré il y a une dizaine d'années ; et c'est peut-être à cause de cela qu'un certain nombre de naufrages ont été occasionnés à cet endroit.

M. Quinette de Rochemont a écouté avec la plus grande bienveillance les délégués des pêcheurs de Concarneau, et a promis de s'occuper sérieusement de la question et d'en entretenir le ministre, dès son retour à Paris. Il leur a dit cependant que l'on ne pouvait rien promettre avant que la chose ait passé devant la direction des phares. M. Bourdelles, directeur des phares, qui assistait à l'entrevue, a également promis aux délégués, de prendre en main leur cause et de faire font son possible pour qu'il leur soit donné satisfaction.

Sur ces bonnes paroles la délégation s'est retirée. Disons - avant de revenir au compte-rendu de la fête d'inauguration - qu'une chose serait encore utile, dans la baie de Concarneau, aussi bien à la grande qu'à la petite navigation. Tous les marins demandent en effet qu'il soit placée une bouée lumineuse sur la roche de la Jument. Cet endroit est des plus dangereux et l'on n'est plus à compter les navires qui se sont brisés la nuit contre cet écueil.

Combien de bateaux de pêche et de grands navires, dont on n'a jam ais plus entendu parler, ont sombré là, venant, dans l'obscurité, butter contre cette roche sinistre, à pic et droite comme un menhir colossal ! Quel entassement effrayant de carcasses de navires à jamais disparus l'on trouverait à ses pieds; que de vies ont été brisées là, qui auraient été conservées si une lueur quelconque avait signalé le danger ! Une bouée lumineuse placée sur cette roche rendrait des services considérables à la navigation et diminuerait d'une façon appréciable les naufrages déjà bien trop fréquents sur cette côte.

De Quimper à Penmarc'h

A midi, un déjeuner d'une quarantaine de couverts réunissait à l'Hôtel de l'Epée les personnages officiels et les invités que nous avons signalé plus haut. Puis le cortège s'est formé et l'on s'est dirigé vers la gare où une foule immense assiégeait le train de Pont l'Abbé. Un peu avant trois heures, nous arrivons dans cette ville. Dans la cour de la gare les voitures du cortège ont peine à se frayer un passage au travers de la multitude des curieux. Enfin, on se case dans les voitures suivant l'ordre indiqué et en route pour Penmarc'h. Rien de curieux comme cette longue série de voitures se suivant à la queue-leu-leu, précédée de quatre braves gendarmes qui font escorte à la voiture des représentants du ministre. Sur la toute, les rapides chars-à-bancs des bigoudens filent rondement, semblant narguer notre allure officielle et par conséquent assez modérée. Mais voilà le bourg de Plomeur, dont les cloches saluent joyeusement notre passage. Sur leurs seuils les habitants et les prêtres saluent toutes les voitures ; des enfants et des jeunes filles rient à chaque voiture et l'on file toujours ; voici le bourg de Penmarc'h où nous recevons toujours les même saluts bien accueillants. Un vieux retraité fièrement appuyé sur sa canne, a un geste noble et majestueux en ôtant sa casquette à chaque voiture. Mais déjà dans le lointain se dégagent nettement deux formas allongées qui se précisent de plus en plus. C'est le nouveau phare d'Eckmülh et l'ancien phare de Penmarc'h. Nous voici arrivés. La foule est immense et laisse à peine le passage nécessaire aux voitures.

Les Bigoudènes, dans leurs bizarres et multicolores costumes, sont des plus gaies et lancent des confettis et des rires joyeux à droite et à gauche; deux paires de binious nous saluent de la Marseillaise et les invités entrent enfin dans la cour du phare.

Au Phare

L'impression produite par ce monument, d'allure superbe, et, de proportions grandioses, est tout d'abord une impression de respect et d'admiration. Dès l'entrée dans le vestibule, on croit pénétrer dans un temple et les inscriptions qui frappent aussitôt votre vue vous prédisposent à cette impression.

Dans ce vestibule, dont le plafond est piqué d'étoiles d'or, nous remarquons aux murs de chaque côté, sur deux plaques de marbre encadrées de lourdes guirlandes de chêne et d'olivier en bronze fauve, des inscriptions en lettres d'or. A droite nous lisons les paroles suivantes :
« Ce phare a été élevé à la mémoire du maréchal prince d'Eckmülhl par la piété filiale de Napoléon - Louis Davout, duc d'Auerstaedt, prince d'Eckmühl, son fils unique, mort sans enfants, et par sa fille Adélaïde-Louise d'Eckmühl, marquise de Blocqueville, également morte sans enfants. »

Puis vient la partie suivante du testament de la marquise de Blocqueville:
« Ma première et ma plus chère volonté est qu'il soit élevé un phare sur quelque point dangereux des côtes de France, non miné par la mer.
» Mon vieil ami, le baron de Baude, m'a souvent dit que bien des anses des côtes bretonnes restaient obscures et dangereuses. J'aimerais que le phare d'Eckmühl fut élevé là, mais sur quelque terrain solide, granitique, car je veux que ce noble nom demeure longtemps béni. Les larmes versées par la fatalité des guerres, que je redoute et déteste plus que,jamais, seront ainsi rachetées par les vies sauvées de la tempête. »

A gauche, nous lisons : « Louis-Nicolas Davout, duc d'Auerstaedt, prince d'Eckmühl, maréchal d'empire, Grand-Aigle de la Légion d'honneur, né à Annoux (Yonne) le 10 mai 1770, mort à Paris le 1er  juin 1823. » Et sur trois colonnes s'alignent les noms des batailles auxquelles le maréchal Davout a pris part : Luxembourg, Manheim, Les Pyramides, Aboukir, Vienne, Austerlitz, Varsovie, Eylau, Custrin, Auerstaëdt, Wagram, Eckmühl, Krasnoë, Moscou, etc.

Nous gravissons les 312 marches qui conduisent à la lanterne, rude ascension, par l'escalier à rampe de bronze, le long des murailles revêtues d'opaline blanche pareille à la porcelaine. Quelques-uns sont obligés de reprendre haleine dans les baies par où vient la clarté. Nous voici dans la salle d'honneur qu'orne, selon les voeux de la comtesse de Blocqueville, une réduction en bronze de la statue de Davout qui est érigée à Auxerre. Pendant que l'on grimpe par fournée de 12 dans la lanterne, nous nous risquons sur la plate-forme où souffle un vent effroyable. En bas nous apercevons l'ancien phare qui semble à peine sortir de terre. Un panorama d'une étendue considérable s'offre, à nos yeux; on distingue les terribles rochers sur lesquels la mer blanchit de rage et que le nouveau phare signalera aux navigateurs. Tout en bas, au pied du phare grouille une foule immense et joyeuse, qui voudrait crier, mais qui ne sait que crier, vu l'absence de ministres.

On nous dit que le matin a eu lieu un banquet populaire auquel assistaient presque tous les maires et adjoints ainsi que de nombreux conseillers municipaux du canton de Pont-l'Abbé. M. Cosmao-Dumenez, député de la circonscription, présidait, ayant à ses côtés M. Moysan, conseiller d'arrondissement, et le maire de Penmarch. M. Cosmao-Dumenez a prononcé quelques paroles très applaudies dans lesquelles il a fait l'historique du phare d'Eckmühl et glorifié la générosité de la marquise de Blocqueville. Il a terminé en portant un toast au Président de la République.

Au moment de monter dans la chambre de la lanterne, nous entendons un meuglement formidable : C'est la sirène qui pousse ses cris puissants et que l'on doit entendre de loin. Dans la lanterne, un ingénieur nous explique aimablement le système d'éclairage qu'il fait manoeuvrer devant nous.

Le vin d'honneur

Malheureusement dans cette visite officielle on ne peut voir et se rendre compte de tout comme on le voudrait. Nous sommes obligés de descendre précipitamment, car les discours vont commencer. Dans la salle des machines tous !es invités sont en effet groupés pour le vin d'honneur. M. Le Myre de Vilers, exécuteur testamentaire de la marquise de Blocqueville, prend le premier la parole. Il exprime des regrets de ne pas voir à ses côtés le ministre des travaux publics, puis il rappelle quelle volonté a fait jaillir du sol, en cet endroit, le beau travail qu'on inaugure. Il cite la partie du testament gravée sur le marbre du vestibule du phare et qu'on a lue plus haut, et trace de Mme de Blocqueville un charmant portrait. M. de Vilers termine en faisant remise du phare à l'Etat au nom de la Marquise de Blocqueville.



M. Quinette de Rochemont prend ensuite la parole .


M. Cosmao Dumenez, député, remercie M. de Vilers et M.. Quinette de Rochemont au nom des populations maritimes dont, il est le représentant.

Après ces discours, qui ont été salués par la Marseillaise, jouée par la bonne petite fanfare du Guilvinec, M. Quinette" de Rochemont a remis, au nom du gouvernement, les décorations suivantes :

  • Officier de l'instruction publique, M. Considère, ingénieur en chef ;
  • Officiers d'Académie M.M. Duperrier, ingénieur à Quimper ; Marbeau, architecte à Paris ; Després directeur des aciéries du Mans ; Blondel, ingénieur.
  • Une médaille d'honneur du ministère des travaux publics a été attribuée à M. Arhan, surveillant des travaux.

Enfin les récompenses ci-après ont été accordées au personnel du bateau `de sauvetage de Saint Guénolé qui a porté secours le 26 mars dernier, au trois-mats; Santa Maria venu s'échouer sur la plage de la baie d'Audierne.

  • Médaille d'or de 2ème classe à M. Auffret, patron ;
  • Médaille d'argent de 2ème classe au matelot Le Cloarec et témoignages officiels de satisfaction aux matelots Tanneau, Balltez, Jégou, Biger, Cornec, Briec, Kervarec, Tanneau, Ledonge et Hélias.

M. Clamecy J.-M., cocher, domicilié à Eynaud, commune de Gouesnach, a également reçu un témoignage de satisfaction, pour avoir opéré un sauvetage dans la rivière de Quimper.

Cette cérémonie terminée, tout le monde s'est approché du buffet fort bien servi et décoré par M. Pascal Nicolas, l'aimable propriétaire du café de la Liberté, à Pont l'Abbé.

Mais déjà l'heure passe et avant le départ, un Saint Cyrien en grande tenue, héritier de la famille la comtesse De Blocqueville prononce le Fiat Lux donnant le signal d'allumer le phare. Dans la clarté du jour non encore disparu le rayon lumineux ne produit pas encore tout son effet, mais plus l'obscurité commence à devenir dense, plus la lumière du phare prend d'intensité.

Le départ

Il est six heures, tout le monde regagne les voitures et le cortège reprend la route de Pont-l'Abbé, salué par la foule qui n'a cessé de danser et de s'amuser joyeusement.

Le retour se fait rapide et, dans la nuit maintenant venue, l'on commence à se rendre compte de la puissance éclairante du phare d'Eckmühl. Le rayon lumineux, dans son mouvement de rotation, semble protéger de son bras immense tout le pays qu'il éclaire au loin. Quand il frappe la vue au passage, on est presqu'ébloui par sa forte clarté.

Jusqu'à Pont-l'Abbé, nous voyons à temps régulier un éclair illuminer le ciel bas et sombre maintenant. Longtemps, tandis que le train nous emporte à Quimper, nous distinguons encore une clarté rapide dé­chirant l'obscurité, tandis que la pluie fouette les glaces du wagon.

Et nous arrivons à Quimper fortement impressionnés, par la contemplation de ce monument grandiose et peut-être encore plus par le récit que nous a fait en wagon, le médaillé d'aujourd'hui, M. Arhan, sur­veillant des travaux, qui nous a raconté les difficultés inouïes et vraiment insurmontables que lui, ses compagnons de travail et l'ingénieur M. Probesto ont rencontré dans la construction des phares d'Armen et de la Vieille.

Nous ne pouvons mieux terminer qu'en envoyant un salut d'admiration à ces hommes vaillants, modestes et dévoués, qui, au péril de leur vie, ont édifié ces monuments qui sont la sauvegarde de tant d'autres vies.

L'INAUGURATION DANS UNE AMBIANCE DE KERMESSE

Vous trouverez ci-après en complément, quelques précisions parfois contradictoires ou autres anecdotes relatées par Yves Tanneau, dans "Le Phare d'Eckmühl, (Merveilleuse association de l'art de de l'histoire)".

Le 17 octobre 1897, jour faste dans les annales bigoudènes, se déroula l'inauguration du phare d'Eckmühl dans une ambiance de kermesse, en présence de nombreuses personnalités et des envoyés spéciaux du « Temps », des « Débats », « du Figaro », des représentants de « L'Ouest-Eclair » et de la « Dépêche de Brest ».

Tous les reporters assistèrent à la fête, coiffés du solennel gibus, accessoire obligatoire à toute cérémonie officielle de l'époque. L'envoyé du « Temps » maudit du reste cet encombrant couvre-chef, bousculé sans vergogne par le grand vent de Penmarch : « J'eus volontiers, écrit-il, troqué mon haut-de-forme contre un chapeau bigouden qui tient mieux sur la tête ».

On déplora l'absence de M. Turrel, Ministre des Travaux Publics, qui avait promis d'être présent. Les journalistes se chuchotaient à l'oreille les raisons de cette abstention : le Ministre ne pouvait décemment prononcer un discours politique où il glorifiait la République, en présente des héritiers de Mme de Blocqueville, qui passaient pour être monarchistes.

Pour éviter cette situation difficile, il s'était fait représenter par son chef de cabinet. La locomotive qui transportait, de Quimper à Pont-L'Abbé, les personnalités et nos confrères de la Presse, était décorée de faisceaux, de drapeaux, de feuillage et de fleurs, qui tranchaient sur les cuivres étincelants du « March Du », « le Cheval Noir », expression bretonne et imagée de « locomotive ».

La population, massée aux passages à niveau, criait de confiance :« Vive le Ministre ! Vive Turrel !», mais le ministre était loin !

A l'issue du banquet, servi dans un hôtel de Saint-Guénolé, le représentant du ministre traça l'historique du phare, puis la caravane officielle prit la route de Saint-Pierre. Quand elle franchit les grilles d'entrée, elle fut saluée par la « Marseillaise et l'Hymne russe »(!), joués par la fanfare du Guilvinec et des sonneurs de biniou.

Le banquet ayant été copieux et richement arrosé, l'ascension du phare fut pénible, quelques personnalités peu ingambes, à bout de souffle, les jambes coupées, durent capituler en cours d'escalier, et ne purent parvenir au salon d'honneur où se déroulait la cérémonie de l'inauguration.

Un vin d'honneur fut servi, au cours duquel de nouveaux discours furent prononcés. Tout à l'heure, Messieurs, quelqu'un prononcera le Fiat Lux, et à son commandement la lumière se fera !», s'écria M. Bourdelles, le directeur du service des Phares.

Comme le crépuscule tombait, un Saint-Cyrien en grande tenue, casoar et gants blancs, héritier de Mme de Blocqueville, pénétra dans la lanterne et donna, par téléphone, l'ordre de faire jaillir la lumière et le son. Aussitôt un faisceau éblouissant balaya la terre et la mer, pendant que retentissait le sinistre avertissement de la sirène.

Au loin, sur les flots, un steamer salua la lumière bienfaitrice, tandis que dans les champs, les chevaux s'ébrouaient et s'enfuyaient les bestiaux effrayés.

Puis les représentants de la marquises remirent officiellement le phare au Gouvernement de la République, et selon l'usage en pareille circonstances, le délégué du ministre procéda ,une ample remise de décorations.

Un bal, que les affiches qualifient de « champêtre et maritime »(!), se déroula ensuite au son du biniou.

Ce fut, dans les annales du phare d'Eckmühl, une grande et belle journée.


LA PRESSE

Voici l'inauguration du phare d'Eckmühl telle qu'elle a été relatée dans les hebdomadaires.

Pendant que les prestigieux officiels faisaient bombance à Quimper à l'hôtel de l'Epée, les festivités Penmarchaises se poursuivaient avec un

  • Bal maritime et populaire au biniou. (Un fest noz, quoi !)

Le lendemain, 17 octobre :

  • Courses de canotes à l'aviron et à la godille.
  • Courses de chevaux.