LE NAUFRAGE DE L'ANTOINETTE (SUITE)

CÔTÉ TERRE : RAPPORT DE LA SCSN

Texte tiré du rapport du 1er trimestre 1912 de la SCSN.
Le rapport sur le sauvetage des 14 hommes du trois-mâts "Antoinette".


(Extrait des rapports de M. le Directeur des Douanes de Brest et de ceux des comités locaux de Saint-Guénolé, Kérity-Penmarc'h et Saint-Pierre-Penmarc'h.)

Le 6 janvier dernier, dans l'après-midi, le trois-mâts goélette nantais "Antoinette", capitaine BOUTIN, abandonné par le remorqueur (anglais "Warrior" commandé par le cpt Cowes) qui l'avait conduit, se trouvait en perdition dans la baie de la Torche. Les canots de sauvetage de Kérity, de Saint-Pierre et de Saint-Guénolé avaient été retirés de leurs abris en vue de porter, si possible, secours au navire en détresse qui, ballotté par d'énormes lames et chassé par le vent, dérivait vers la pointe de la Torche. Les équipages des embarcations de sauvetage, faisant traîner leurs canots par des chevaux, s'efforçaient en vain de parvenir en face du navire "Antoinette" ; mais celui-ci, sous l'effort irrésistible de la tempête, fuyait le long de la côte.

L'épave © Charronin-Méhu

Le sous-brigadier LE BEC, de Kérity, mis au courant de l'événement, s'empressait de faire appel au concours des préposés KERMORVAN et CARIOU, seuls agents disponibles à ce moment, et préparait le canon porte-amarre avec le chariot et tous les engins nécessaires. Ayant obtenu l'aide de quelques marins pêcheurs, nos agents partaient à leur tour au pas de course à la poursuite du navire en péril. Cette petite troupe arrivait à 4 h 30 du soir à la pointe de la Torche et y rejoignait les canots de sauvetage que l'état de la mer ne permettait pas de mettre à l'eau. D'ailleurs, le trois-mâts avait disparu, toujours chassé par la tempête. Le syndic de la marine, qui accompagnait les canots, déclara au sous-brigadier que ceux-ci ne pouvaient pousser plus loin, ajoutant que, d'après ses prévisions, l'"Antoinette" devait échouer entre Plovézet et Audierne.

LE BEC ne se découragea point et, persistant dans son entreprise, stimula le zèle de ses compagnons qui, traînant le canon et le matériel, reprirent leur course le long de la côte, tantôt dans les dunes, tantôt par de mauvais chemins. Après avoir parcouru une distance de 12 kilomètres en deux heures d'une marche exténuante, les sauveteurs arrivaient enfin à 5 h. 30 en vue du navire alors naufragé. Le trois-mâts "Antoinette", drossé par le vent contre la côte, talonnait avec violence et son équipage réuni sur le pont attendait avec anxiété qu'un secours lui vînt du rivage. Malgré la distance relativement courte de la terre au navire, l'état de la mer était tel qu'il était impossible de mettre à flot aucune des embarcations de l'"Antoinette". Cependant, les vagues balayaient le pont, l'eau montait dans la cale, et, seule, l'impossibilité d'exécution arrêtait le capitaine dans la décision qu'il avait prise d'évacuer son navire. Une bouée de sauvetage lancée du bord, était parvenue à terre grâce au vent et au courant. Mais bien que cet engin, relié à l'"Antoinette" par une mince corde, eût pu être saisi par les canotiers de Saint-Guénolé, l'absence de matériel s'opposait à toute manœuvre de sauvetage.

La petite troupe de LE BEC arrivait à ce moment, et son chef, sans perdre un instant, prenait aussitôt les dispositions nécessaires. La présence de la bouée évita la nécessité de recourir au canon pour établir la liaison entre le navire et la terre. En halant à bord la ligne qu'il avait lancée, l'équipage de l'"Antoinette" ramena un cordage plus fort fixé par LE BEC. De nouvelles manœuvres permirent d'établir un va-et-vient complet et, grâce à l'emploi de la bouée-culotte, l'équipage en danger put enfin quitter sa pénible position et parvenir à terre. Ce sauvetage nécessita trois heures de lutte et d'efforts, pendant lesquelles les agents des douanes, les patrons des canots de sauvetage et quelques canotiers, arrivés en état de transpiration sur les lieux, restèrent plongés dans l'eau jusqu'à la ceinture, subissant le choc des lames, et parfois obligés de se retenir aux cordages de secours, pour n'être pas enlevés.

La foule des curieux © Chever

L'obscurité complète augmentait les difficultés d'une manœuvre exécutée au moment où la mer était dans son plein et où la tempête atteignait son maximum de violence.

Quatorze hommes furent ainsi sauvés sans accident ; seul, le mousse, indisposé, fut recueilli par un riverain ; le reste de l'équipage accompagna nos agents à Kérity, où ils parvinrent à 10 h.30 du soir.

Les naufragés trouvèrent dans cette localité tous les soins et les réconfortants nécessaires, et des lits furent mis à leur disposition, notamment chez M. Coquelin, maître d'école. Ils devaient leur salut au courage et à la ténacité de LE BEC et de ses auxiliaires.


L'épave après la tempête © ELD


Dès le lendemain, le 7 janvier à 8h30, un télégramme arrive sur le bureau des armateurs à Nantes : "Navire échoué baie d'Audierne, équipage sauvé, après abandon par remorqueur - Boutin."
Les sémaphoristes de St Pierre les renseignent sur l'état du navire : "Navire échoué sur sable, debout à terre, paraît pas souffrir mâture toute haute, possibilité renflouer premier beau temps." C'est sans compter sur le mauvais temps. Sous l'effet de la marée, des vagues et du vent, elle pivote et s'oriente parallèlement à la côte, offrant son flanc tribord aux assauts de la mer.

Deux jours après le naufrage, télégramme arrive chez les arma­teurs Simon & Duteil : "Capitaine du Warrior actuellement Brest, demande quelles sont probabilités relever Antoinette, il se tient à votre disposition." De l'humour Anglais, peut-être...
Plusieurs sociétés de sauvetage sont contactées, tant en France qu'en Allemagne, au Danemark et en Suède. Trop tard ! Le 11 janvier la position du navire a encore changé : c'est le flanc bâbord qui est maintenant exposé aux vagues. La coque de l'Antoinette se brise en deux : Le navire est perdu...

Le 16 janvier, un accord est conclu entre les assureurs et Félix Clergeau, commerçant à Pont-l'Abbé qui se porte acquéreur du matériel sauvé et de l'épave de l'Antoinette pour la démolir. C'est Monsieur Cognac, mécanicien à Pont-l'Abbé, qui fut chargé des travaux, des travaux terminés en mars 1913.


LES RÉCOMPENSES

PARIS, 21 avril.
Un témoignage officiel de satisfaction du ministre de la marine a été accordé a chacune des personnes désignées ci-après qui, le 6 janvier précédent, ont contribué avec dévouement au sauvetage de l'équipage du Trois-mats goélette Antoinette, jeté à la côte par une forte tempête de sud-ouest, sur la grève de Tréguennec (quartier de Quimper).

Le Bec, sous-brigadier des douanes à Kerity-Penmarc'h ; Cariou, préposé des douanes à Kérity-Penmarc'h ; Kermorvan, préposé des douane à Kerity-Penmarc'h ; Coic, matelot inscrit à Quimper ; Gourlaouen, matelot inscrit à Quimper, Kerloch, matelot inscrit à Quimper; Garrec matelot inscrit a Quimper: Tanniou, matelot inscrit à Quimper ; Tanniou (Louis), matelot inscrit a Quimper ; Salaun, matelot inscrit à Quimper ; Hiou, matelot inscrit à Quimper; Souron, matelot, inscrit à Quimper ; Hélias, matelot inscrit à Quimper; Souron (Jean), matelot inscrit à Quimper; Auffret, matelot inscrit à Quimper ; Riou, matelot inscrit a Quimper ; Le Calvez, matelot inscrit à Quimper.

Auffret sans profession, domicilié à Saint Guénolé ; Marot, hôtelier, domicilié à Saint-Guénolé ; veuve Riou, née Le Brun, domiciliée à Saint-Guénolé ;

Jolivet, maire de Tréguennec, domicilié à Tréguennec ; Caoudal, tailleur, domicilié Tréguennec ; Uilien, garde particulier, domicilié à Tréguennec; Cossec, cultivateur, domicilié Tréguennec ; Le Rhue (Le Rhun?), cultivateur, domicilié à Tréguennec ; Le Pape, matelot inscrit à Quimper ; Cloarec, matelot inscrit à Quimper ; Gourlaouen, matelot inscrit a Quimper ; Fontaine, matelot inscrit à Quimper ; Le Gall, matelot inscrit à Quimper; Jégou, matelot, inscrit a Quimper, Jégou (Jacques), matelot inscrit à Quimper ; Stéphan, matelot inscrit à Quimper ; Briec, matelot inscrit à Quimper ; Canévet, matelot inscrit à Quimper; Tanniou (Vincent), matelot inscrit à Quimper, Floch, matelot inscrit à Quimper ; Carval matelot inscrit à Quimper ; Calvez, matelot inscrit à Quimper ; Le Floch (René), malelot inscrit à Quimper ; Le Dréan, matelot inscrit à Quimper ; Boennec, matelot inscrit à Quimper ; Kervarec, matelot inscrit à Quimper ; Biger, matelot inscrit à Quimper ; Drézen, matelot inscrit à Quimper ; Durand, matelot inscrit a Quimper ; Tanneau, matelot inscrit à Quimper ; Bariou, matelot inscrit a Quimper ; Guéguen, matelot inscrit à Quimper ; Trébern, matelot inscrit à Quimper ; Stéphan, matelot inscrit à Quimper ; Durand (Alain), matelot inscrit à Quimper ; Stéphan (Vincent), matelot inscrit à Quimper ; Coquelin, instituteur public à Kérity.



Récompenses honorifiques accordées par la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés pour courageuse conduite dans le sauvetage des quatorze hommes d'équipage de l'« Antoinette » le 6 janvier 1912 à PORS-CARN (Finistère).


Médaille d'argent de 2° classe.

Riou (Sébastien), patron du canot de sauvetage de Saint-Guénolé.

Médailles de bronze.

KERMORVANT (Louis) et CARIOU (Pierre-Marie), préposés des douanes.
KERLOCH (Yves-Joseph), patron du canot de sauvetage de Saint-Pierre-Penmarc'h.
COÏC (Corentin), sous-patron du canot de sauvetage de Kérity-Penmarc'h.
GUÉGUEN (Paul), matelot-pêcheur.

Diplômes d'honneur.

GOURLAOUEN (Louis), TANNIOU (Baptiste), LE MOIGNE (Paul),
BRIEC (Noël), matelots pêcheurs.

Les deux pages suivantes traitent des engins et dispositifs évoqués ci-dessus : Le lance-amarre et le va-et-vient.