LES BASES D'AVIATION BIGOUDENES

Le théâtre des combats


Penmarc'h voyait chaque jour passer "sous ses fenêtres", deux convois maritimes : Un venant du sud à fin de ravitaillement(s) de la France en guerre et un autre, celui du retour, venant du nord. Ces deux convois se croisaient au large de Penmarc'h dans des eaux profondes, libres de récifs et de banc de sable. Cette sécurité de navigation rassurait aussi les commandants lors des déplacements de leurs meutes de sous-marins chasseurs, en embuscade.

Le large foisonnait donc de navires entres lesquels les sous-marins circulaient quasi librement : Ils étaient comme au stand de tir au pigeon du Pardon de la Joie.

Le blocus effectué par les sous-marins de la Kriegsmarine était nouveau et efficace : Il fallait donc être inventif et trouver une parade à l'efficacité des U-Boote. Leur opposer l'aviation devint
une évidence...

Le poste de L'Ile Tudy


La Marine Française décida d'implanter un poste d'attente et d'alerte sur  la côte Bigoudène, lieu ô combien favorable aux attaques sous-marines. L'Ile Tudy fut choisie par le Centre d'Aviation Maritime de Lorient pour son plan d'eau protégé et ses facilités logistiques. Le poste, d'abord équipé de quatre hydravions Français d'observation (Donnet-Denhaut),  fut opérationnel en Juin 1917.  Les officiers étaient logés à l'Hôtel Jehanno et les soldats dans l'usine Béziers désaffectée en 1911, idéale car située au bord de l'eau, pourvue de nombreux locaux et équipée du téléphone et de l'électricité. Le 26 Septembre 1917 c'est la mise en service du slip-way (cale de mise à l'eau) pour les entrées-sorties des hydravions.

Hôtel Jehanno © Villard ?
Les hangars de la base
Usine Béziers © ed. Guillerie

Les habitants de Penmarc'h et du Pays Bigouden ne tardèrent pas à s'habituer à ce nouveau genre d'oiseaux dans leur ciel... 

Le 20 Octobre 1917, le poste est cédé à la Marine Américaine qui la transforme en base "US Naval Air Station". Les hydravions sont armés pour le combat et leur nombre va croissant. Il faut également construire deux hangars pour le garage et la maintenance des hydravions. Ainsi, les Américains alignent 12 hydravions Donnet-Denhaut en Juillet 1918 puis 21 Donnet-Denhaut et Curtiss (Fabrication US) à la veille de l'Armistice. 363 marins et pas moins d'une vingtaine d'officiers sont alors affectés à cette base.

De par sa localisation, cette base fut la base Américaine ayant eu le plus d'actions anti-sous marines en Europe, soit 15 bombardements au cours de 1238 missions de surveillance ou de convoyage. Ces bombardements représentent 40% des 35 bombardements officiellement attribués aux bases US en Europe. De plus, l' "U.S. Naval Air Station" de l'Ile Tudy fut créditée de la seule victoire homologuée sur la côte Atlantique durant la première guerre mondiale. Cette victoire d'un hydravion sur un U-Boot a eu pour cadre le large de Penmarc'h. 

Les missions confiées aux hydravions


Des hydravions furent donc utilisés pour les patrouilles de surveillance de l'activité sous-marinière et l'escorte des convois maritimes.

Lors des Patrouilles de surveillance, les hydravions  sillonnaient la zone côtière, divisée en carrés de 25 miles de côté, eux mêmes sub-divisés en carrés de 5 miles de côté. Ce cadrillage permettait aux observateurs en patrouille d'indiquer assez  précisément  au PC, toutes les demi-heures, par radio ou par pigeon voyageur, ou directement au convoi par bouée flottante, la zone où un sous-marin était en embuscade où la route qu'il suivait. Le PC se chargeait d'avertir les convois sur la position estimée des ennemis.

Hydravion Donnet-Denhaut
C'est justement lors d'une patrouille de surveillance d'un hydravion de cette "U.S. Naval Air Station" de l'Ile Tudy, que fut homologuée la première attaque US sur un U-Boot. Même si elle ne fut pas couronnée de succès, cette attaque montra la pertinence de la lutte engagée par l'aéronavale contre les sous-marins.

L'escorte de convoi maritime était effectuée par deux hydravions. Ceux-ci décollaient quand les hydravions de la base de Camaret pour les convois venant du nord ou de Lorient pour les convois ravitailleurs venant du sud, sortaient de leurs zone de surveillance respectives et demandaient à ceux de l'Ile Tudy  de prendre le convoi en charge pour leur zone. L'autonomie d'un couple d'hydravions ne pouvait suffire à couvrir la totalité de la zone traversée par un convoi. Ainsi, il était nécessaire de sortir  8 hydravions par jour pour les escortes des deux convois !

La prise en charge d'un convoi s'effectuait toujours de la même façon : Les deux aéroplanes effectuaient des cercles au-dessus du convoi. Puis un d'entre eux
Curtiss HS-1 © U.S. Navy

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partait surveiller 10 à 15 miles en avant du convoi, zigzaguant en longs bords, afin de repérer tout sous-marin en maraude, en bout de course, il faisait le chemin inverse et rejoignait l'autre hydravion en survolant  de nouveau en cercle le convoi. Alors lui ou son coéquipier recommençait le même manège, encore et encore jusqu'à la sortie du convoi de la zone de surveillance où les aviateurs d'une autre base prenait le relais.

Première et seule victoire au large de Penmarc'h


Le 23 Avril 1918 à 10h33, les hydravions Donnet-Denhaut n°22 piloté par l'Enseigne Kenneth. R. Smith, Observateur G. E. Williams et n°25 piloté par le Quartier Maître  R. H. Harrell, Observateur H. W. Studer décollent de l' "U.S. Naval Air Station" de l'Ile Tudy.

Leur mission consiste à rechercher le Donnet-Denhaut n°26 et d'escorter dans la brume un convoi de 20 navires venant du sud, à six miles au nord-ouest de Penmarc'h.
   
Donnet-Denhaut sur le slip-way
© cniletudy.free.fr.
A 10h58, ils trouvent le Donnet-Denhaut n°26 flottant à 3 miles à l'Ouest de Penmarc'h, accosté aux bouées d'un filet de pêche. Ils retournent au sud afin d'informer la vedette de dépannage et secours. Ils larguent un message flottant pour leur indiquer la position du n°26.

Puis les pilotes rejoignent le convoi dans la brume à 11h30. Ils décident d'aller jeter un oeil en arrière du convoi pour voir s'il reste des trainards. A 11h43 ils observent un sillage suspect probablement du à un sous-marin se déplaçant à grande vitesse. Smith arma deux bombes. La première fut larguée à 11h50 en avant du sillage et l'autre deux minutes plus tard à 3 mètre plus en avant. Les deux explosions provoquèrent de grosses gerbes d'eau suivies d'une telle multitude de bulles d'air que Harrell ne jugea pas nécessaire de larguer ses propres bombes, tant la victoire semblait certaine. Il se contenta de larguer un marqueur flottant au phosphore et d'effectuer des cercles au dessus de l'impact. De son côté, Smith filait vers le destroyer du convoi, l "USS Stewart" auquel il larga un message flottant l'avertissant du bombardement. L' "USS Stewart" fila
vers l'arrière du convoi, bientôt rejoint par la canonnière  française "Ardente". Trois grenades sous-marines furent larguées. Les aviateurs observèrent une bonne quantité de petits débris flottant à la surface, et de gros remous accompagnés de l'apparition d'une énorme tache d'huile (si importante qu'on l'observa jusqu'au 6 mai !)1.

Les deux aviateurs quittent les lieux à 12h30. A 12h35, ils croisent le convoi journalier du nord comportant 16 navires. Ils décident de rentrer quand Harrell rencontre des problèmes moteur.

Ils arrivent à l'Ile Tudy à 12h48 après 2h15 de vol.

Croix de Guerre

L'Enseigne K. R. Smith et son observateur, le Chef G. E. Williams, ont été officiellement crédités par les autorités navales Française d'une victoire sur sous-marin.

Ils furent cités à l'Ordre du Jour, et décorés de la Croix de Guerre avec Palmes.

L'US Navy décora, quand à elle, Kenneth R. Smith de la Navy Cross.



Navy Cross

(1) L'identification de l'U-Boot n'a pu être formellement établie. Il est probable que ce soit le U 93, U-Boot de type UB III, commandant Elmut Gerlach. Des plongées sur site, prévues en été 2014 confirmeront peut-être cette hypothèse...


Guerre 14-18
U93
Hydravions


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