LE DESASTRE DU  SEPTEMBRE 1912

SORTIE DU CANOT MAMAN POYDENOT DE LA STATION DE SAINT GUÉNOLÉ



( les Annales du Sauvetage - 1912)
Le 30 septembre, par une furieuse tempête d'Ouest, apercevant non loin de la côte des bateaux désemparés cherchant à se réfugier à Pors-Carn, nous lançâmes au plus vite, vers 2 h. 30, le canot « Maman Poydenot ».

Après avoir franchi la passe, avec bien des difficultés, nous vîmes, à une distance d'environ 1 kilomètre, un bateau toutes ses voiles déchirées, pavillon à mi-mât, demandant du secours.
Nous lui fîmes des signes d'encouragement et nous nous dirigeâmes sur lui au plus vite.
Nous l'accostâmes non sans difficulté, car la mer était démontée. Après avoir pris l'équipage composé de sept hommes comme nous ne pouvions regagner le port de Saint-Guénolé, nous nous dirigeâmes sur celui de Pors-Carn et nous débarquâmes les naufragés sains et saufs.

Dans l'anse sablonneuse de Pors-Carn étaient venus se réfugier plusieurs bateaux qui, la plupart, leurs voiles arrachées, ne pouvaient plus lutter contre la tempête, les équipages demandaient au plus vite d'être mis à terre. C'est ainsi que nous débarquions sept équipages, chacun de six et sept hommes. Une heure après environ leurs bateaux coulaient.

Un huitième bateau, plus éloigné que les autres, nous dit une première fois d'attendre, espérant pouvoir se rapprocher de terre ; mais devant l'impossibilité d'exécuter cette manoeuvre, il ne tarda pas, un grain furieux survenant, à nous faire signe de venir à son secours.
Nous y allâmes immédiatement et, après avoir pris les six hommes qui le montaient, nous les mîmes à terre sains et saufs comme leurs camarades.
Une demi-heure après, ce bateau coulait et était jeté à la côte, brisé.

Il était environ 7 heures, la nuit commençait à tomber, on nous dit qu'il restait encore en mer trois autres bateaux.
Nous retournâmes immédiatement avec courage à la mer tout trempés, exténués.
Après avoir passé une heure environ à explorer en vain la baie, nous jugeâmes que ceux qui s'étaient réfugiés dans ces parages devaient être à la côte, aucun bateau de pêche ne pouvant plus résister.

La mer descendait et nous échouâmes le canot vers 9 heures du soir. Puis, laissant deux gardiens, nous allâmes nous changer, nous revenions bientôt avec le matériel nécessaire pour tirer le canot en dehors de la pleine mer et en sécurité.
Ces précautions prises, l'équipage allait se reposer à minuit.

Le Secrétaire du Comité de Sauvetage, Le Calvez, Syndic des Gens de Mer.

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Lieu du sinistre

SAUVETAGES DE JOSEPH JÉGOU SUR SON CHARLES ROUX

(selon les Annales du Sauvetage - 1912)

J'ai l'honneur de vous signaler la magnifique conduite de notre brave patron Jégou (Joseph), dans la triste tempête du 30 septembre qui anéantit presque complètement la flottille de pêche de Kérity.

(Extrait du rapport de mer du patron Jégou (Joseph), à propos de la perte de sa chaloupe « Charles Roux »)

... A peine avions-nous rétabli nos voiles que la vergue du dundee cassa. La tempête augmentait toujours. Tout l'équipage se mit à la manoeuvre pour remplacer la vergue quand le mousse me cria : « Patron, des hommes sous le vent font des signaux de détresse ! »

La mer était furieuse, la pluie nous aveuglait ; il me fallut prendre des précautions en accostant le bateau naufragé, désemparé de sa voilure, rempli d'eau, la pompe ne fonctionnant pas et balayé par chaque lame. Il nous fallut au moins une heure et demi d'efforts pour tirer ces malheureux de leur triste position et arracher à une mort certaine les sept hommes du bateau « Eole », patron Normand.

Il était 4 h. 30, je pensais toujours arriver au port de Saint-Guénolé ; mais la tempête faisait tellement rage que rien de mon matériel ne put résister. La vergue que je venais d'installer cassa de nouveau, après ce fut celle de la misaine, puis le mât de misaine ; il m'a fallu installer un mât de fortune avec ma grande vergue de misaine. A 5 h. 30, je mouillai dans l'anse de Pors-Carn. Avec son canot annexe, je pus débarquer mon équipage et les sept naufragés.
.../...
Je revins à ma chaloupe et nous installâmes nos chaînes, grelins, amarres et grappins de façon à mouiller solidement le « Charles Roux ».

Je restai dans ma chaloupe jusqu'à 8 h. 30, ne voulant l'abandonner qu'à la dernière extrémité. Le vent sauta à l'Ouest, la mer devint épouvantable. Jugeant notre situation dangereuse, j'appelai mes hommes et nous embarquâmes une seconde fois dans notre petit canot armé de quatre avirons ; la mer descendait, il nous fallut un quart d'heure de lutte pour gagner la terre.

De la flottille de bateaux mouillés à Pors-Carn, il restait encore en mer l'équipage du « Juif Errant ».

Cet équipage regagnait la terre dans la baleinière « Marguerite » qui, à l'aide d'un va-et-vient, avait aidé toute la soirée à mettre les équipages à terre, lorsque la filière qui formait le va-et-vient cassa. La baleinière n'était armée que par deux avirons ; poussée par le vent et entraînée par le courant elle dériva au large avec les huit hommes qui la montaient.

Des cris de détresse retentirent de toutes les poitrines car le bateau de sauvetage de Saint-Guénolé était échoué et il était impossible de le remettre à flot. La mer alors était déchaînée.

Vu ce danger, rien ne m'aurait retenu ; je fis remettre mon canot une troisième fois à l'eau et avec trois volontaires de Saint-Guénolé, Bariou (Pierre-Jean), Audra (Pierre-Jean) et Nédélec(Thomas), nous partîmes avec le bout du va-et-vient et, au moyen de nos quatre avirons, nous pûmes ramener sains et saufs, sur la plage, les huit hommes de la « Marguerite ».
.../...
A une heure, je trouvais mon « Charles Roux » ensablé, cassé en deux, inutilisable

Le Secrétaire du Comité de Sauvetage, Coquelin, Instituteur.

Après le désastre © G. Cornou

SAUVETAGES D'ALAIN CLOAREC ET DE FRANCOIS SALAÜN

(selon les Annales du Sauvetage - 1912)

Je dois aussi vous signaler la belle conduite du canotier Cloarec (Alain), patron du « La-Biche » qui a dû, au plus fort de la tempête, larguer son canot annexe pour sauver les huit hommes du « Notre Dame de Penhars » dont l'embarcation était désemparée, à demi coulée, voguant à la dérive.

Le même jour, le patron Salaün (François), de la « Kérityenne », a lâché son canot pour sauver les sept hommes de l'équipage « Petit Noël », qui allait se jeter sur le « Men Hir » par suite d'une avarie de gouvernail.


LE DESASTRE RELATE PAR LE JOURNAL OUEST-ÉCLAIR


Cinq bateaux sont perdus Quatre manquent à l'appel (Article du Ouest-Éclair du Mardi 1er Octobre 1912)

Penmarc'h. 30 septembre, 9 heures soir. Une violente tempête du sud a soufflé hier sur nos côtes. Au moment où je vous télégraphie, cinq bateaux sont signalés perdus. Les équipages sont heureusement sauvés.
Il manque encore quatre bateaux dont on est pour le moment sans nouvelles.

Les bateaux pêcheurs de Penmarc'h surpris au large (Article du Ouest-Éclair du Mercredi 1er Octobre 1912)

Lundi dans l'après-midi, alors que tous les bateaux pécheurs se trouvaient sur les lieux de pêche, une véritable tempête du Sud s'est déchaînée sur la région.
Il n'y a que quelques bateaux qui ont pu regagner le port. Cinq se sont rendus à l'étang de La Joie, où ils sont en sûreté. Une trentaine se sont vus dans l'obligation d'aller mouiller à la grève de Pors-Carn, où ce matin on ne voit que des bateaux coulés et les autres presque entièrement démolis.
Cinq chaloupes et presque toutes les annexes des trois ports ont été abandonnées au large. Les équipages de celles-ci sont sauvés. Malheureusement on est encore ce matin sans nouvelles de deux chaloupes avec leur équipage au complet.
Le bateau de sauvetage de la station de Saint Guénolé a été conduit par mer à Pors-Carn pour protéger le débarquement des navires qui s'y étaient rendus. En cours de route, il a pu recueillir l'équipage du bateau Boër de Saint Pierre, qui avait mis son pavillon en berne.

Le naufrage du Petit Désiré : Six marins y ont trouvé la mort (Article du Ouest-Éclair du Jeudi 3 Octobre 1912)

Ainsi que l'Ouest-Eclair l'annonçait hier matin, au cours de la tempête des jours derniers, le canot « Petit-Désiré » n° 2760, du port de Saint-Guénolé, a sombre à 600 mètres au large de la grève de Sainte-They, commune de Plouhinec. Seul le patron Pierre Raphalen1 et 2 a réussi à se sauver au moyen d'un mat. Il a de graves blessures aux jambes.
Les matelots qui ont péri sont : Louis Sénéchal âgé de 35 ans, laisse 2 enfants ; Ambroise Calvez1, 36 ans, 2 enfants ; Corentin Le Coz, 38 ans, 5 enfants ; Jean-Marie Kervarec, 49 ans, 5 enfants ; Louis Hélias, 42 ans, 10 enfants, et le fils de ce dernier, 15 ans.
Trois des cadavres ont été retrouves mardi. Nous prenons une vive part à la douleur des malheureuses familles et les prions d'agréer l'expression de nos sincères sentiments de condoléances.

Après le désastre © G. Cornou

Cadavres retrouvés (Article du Ouest-Éclair du Vendredi 4 Octobre 1912) 
L'Ouest-Eclair a relaté dans tous ses détails, le naufrage au cours de la tempête de mardi dernier, de la chaloupe « Petit-Désiré », patron Ambroise Calvez1 du quartier de Quimper, et qui a sombre corps et biens près de Saint They, en la commune de Plouhinec.
Plusieurs cadavres de l'équipage ont été retrouvés. Ce sont ceux des nommés Corentin Le Coz, Louis Le Sénéchal, Jean-Marie Kervarec et Louis Hélias. Tous ces marins étaient mariés et pères de famille.
D'autre part, le patron Ambroise Calvez2 a été découvert grièvement blessé sur la plage au Guilvinec.
M. Hammond, secrétaire général de préfecture s'est rendu sur les lieux, en l'absence le M. le Préfet, et a réparti entre les familles éprouvées les premier secours. Le ministre de la marine, informé de ce désastre, a immédiatement adressé à la préfecture du Finistère un premier secours de 500 francs pour être distribué entre ces mères de familles.

1 L'Ouest-Éclair hésite entre patron Raphalen (le 3 octobre) et patron Calvez (le 4 octobre).
2 L'Ouest-Éclair hésite entre survivance de Raphalen (le 3 octobre) ou de Calvez (le 4 octobre).


Naufrage du Petit-Désiré (Article du Ouest-Éclair du Samedi 5 Octobre 1912)
Ouest Eclair a annoncé que sur six hommes qui avaient péri sur le « Petit-Désiré », trois avaient été retrouvés. Or mercredi, un quatrième cadavre fut recueilli puis enfin, les deux derniers furent découverts sur la grève de Corneveille, en la commune de Plouhinec, à environ trois kilomètres du lieu du naufrage.


LE DESASTRE RELATE PAR LE JOURNAL LE MATIN


L'ouragan. Un véritable désastre sème les deuils et la misère sur nos côtes (Article du Matin du Jeudi 3 Octobre 1912)

[ résumé des dépêches des correspondants particuliers du « Matin » et des agences]
.../...
A Quirnper, la tempête a causé d'importants dégâts, surtout sur les côtes. La chaloupe de pêche « Petîte-Désirée », inscrite au quartier maritime de Quimper sous le numéro 2760, a sombré le 30 septembre, vers cinq heures et demie, à six cents mètres de Saint-They-en-Plouhinec. Six hommes ont péri. Le patron Ambroise Calvez1, de Saint-Guénolé, commune de Penmarc'h, a été trouvé grièvement blessé à six kilomètres environ de Guilvinec.

On a découvert aussi, dans la baie d'Audierne, quatre cadavres de l'équipage de la « Petîte-Désirée ». Ce sont ceux de Corentin Le Coz, Louis Le Sénéchal, Jean-Marie Kervarrec et P. Helias ; tous étaient mariés et pères de famille.

Par l'intermédiaire de la préfecture, des secours ont été distribués d'urgence aux familles des victimes.

Le ministre de la marine a adressé également un premier secours de 500 francs. Les bateaux pêcheurs, surtout ceux de Penmarc'h, ont particulièrement souffert. Vers huit heures du soir, la mer, en se retirant, est devenue plus furieuse. A Pors Carn, des embarcations ont été brisées. A Kérity et Saint-Pierre, vingt-cinq barques environ ont été coulées. A Saint-Pierre, plusieurs chaloupes ont été brisées et jetées à la côte.

MM. Plouzané, député et Hamond, secrétaire général de la préfecture, sont sur les lieux.
.../...
A Penmarch, le mat de la T. S. F. a été brisé.
Au champ de tir de la marine, un aéroplane est gravement endommagé.
.../...
Dans les campagnes, les dégâts ne sont pas moindres. Des toitures ont été emportées, les champs sont inondés, les routes impraticables et plusieurs villages sont sous les eaux.
On craint la famine

Quimper, 2 octobre. Dépêche particulière du « Matin ». Dès que nous avons eu connaissance du véritable désastre dont sont victimes les populations côtières de Penmarc'h, nous nous sommes rendu sur les lieux où gisent encore, déchiquetées par la mer, de nombreuses barques de pêcheurs jetées à la côte par la tourmente.

L'impression est navrante. De Saint-Pierre à Saint-Guénolé, une foule de femmes et d'enfants échevelés, mi-nus, sous la pluie battante, ont passé la nuit pour guetter la rentrée, hélas problématique, des barques parties en mer. Si la plupart des marins purent être sauvés, grâce aux efforts des sauveteurs qui, à plusieurs reprises, se rendirent au large, tous ou presque tous les bateaux sont perdus, et la famine menace cruellement nombre de familles de pêcheurs, auxquelles les fournisseurs refusent tout crédit. A la misère si grande causée par la pénurie de la sardine s'ajoute une nouvelle catastrophe.

M. Hammond, secrétaire général de la préfecture, s'est rendu, aux premières nouvelles, à Penmarc'h. Il s'occupe activement, avec le concours de la municipalité et de l'autorité maritime, à faire face aux premières nécessités qu'impose la situation. La mairie est assiégée par les parents des marins dont on n'a pas encore de nouvelles. M. Hammond reste sur les lieux.


Les quelques canots récupérables sont tirés au sec © G. Cornou

Le malheur s'abat à nouveau sur les côtes de Bretagne (Article du Matin du Vendredi 4 Octobre 1912)

Un de nos lecteurs qui habile Saint-Guénolé (Finistère) et fut témoin des désastres ,causés le long de la côte par la tempête, nous adresse à ce propos les émouvants détails que voici :

Saint-Guénolé, 2 octobre. Un désastre, qui par ses conséquences, prend les proportions d'un véritable cataclysme, s'est abattu, lundi et mardi derniers, sur Saint-Guénolé, Penmarc'h, Kérity, Saint-Pierre et tout le littoral.

Cent vingt bateaux, sortis dans la matinée de lundi, par temps calme, pour pêcheur la sardine et le maquereau dans la baie d'Audierne, furent, surpris dans l'après-midi par une violente tempête du sud-ouest, accompagnée d'une pluie diluvienne. Seules, quelques embarcations, en dépit de la mer démontée, réussirent à rallier le port de Saint-Guénolé. Les autres, en perdition, furent rejetées par l'ouragan deux kilomètres plus loin, dans l'anse de Pors-Carn.

En toute hâte, les bateaux de sauvetage de Saint-Guénolé (patron Riou) et de Kérity (patron Jégou)2 prennent la mer pour porter secours aux naufragés.

Le premier, au prix d'héroïques efforts arrache à la mort deux équipages entraînés en plein océan par les vagues en furie. Cinq bateaux disparaissent à la dérive. Trente sont complètement désemparés, hors d'état de reprendre la mer. Quarante-quatre ont subi de graves avaries : quille défoncée, gouvernail arraché, voiles lacérées, filets anéantis, etc. Les dégâts matériels peuvent être évalués à plus de 100.000 francs, sans compter la valeur du poisson qui aurait pu être livré aux usines. Des bateaux sardiniers de 27 pieds de quille, valant de 3.000 à 4.000 francs, gisent éventrés là où se dressent, en été, les cabines de bains, face à la presqu'île de la Torche.

Tel est le bilan du nouveau désastre qui a décimé la flottille de Penmarc'h, où sur 120 barques, 40 ou 50 seulement pourront, poursuivre la campagne de pêche, au moment où la vente du poisson est le plus rémunératrice.

Si l'on n'avait à déplorer que des dégâts matériels. Mais la tempête a fait, cette fois encore, de nombreuses victimes. Quatre hommes ont été blessés grièvement par suite de brusques manœuvres. L'équipage de la Petite-Désirée, composé de sept hommes et d'un mousse, a fait naufrage à 500 mètres de la côte de Plouhinec. Seul, le patron Raphalen1 a pu se sauver. Deux cadavres ont été rejetés à la côte, au sud d'Audierne. Les corps des cinq autres naufragés, dont deux laissent quinze enfants sans ressources, n'ont pu être retrouvés. A Saint-Guénolé, à Penmarc'h, la détresse est poignante, des veuves, des orphelins. M. Plouzané, député, qui, dès la première heure est venu prodiguer consolations et secours a sollicité d'urgence des ministres de la marine et de l'intérieur une allocation exceptionnelle en faveur des parents des victimes.

Douloureux surcroît de détresse pour les pécheurs si durement éprouvés déjà par la crise sardinière. Jusqu'à présent, la pêche à la sardine a été nulle sur la côte de Penmarc'h. Les matelots sardiniers ont à peine touché de 30 à 40 francs pour leur campagne de 1912. Comment, avec ce gain dérisoire, pourront-ils subsister, cet hiver, eux et leur famille ? Un seul remède pourrait atténuer le désastre et combattre la famine menaçante, une décision du ministre de la marine autorisant les pêcheurs à se servir de filets tournants, uniques engins capables, à l'heure actuelle, de leur procurer une pêche rémunératrice et qui les dédommage un peu de leurs cruelles épreuves.

1 Le Matin hésite lui aussi entre patron Calvez (le 3 octobre) et patron Raphalen (le 4 octobre).
2 Le canot Comte-et-Comtesse-Foucher-de-Saint-Faron de kérity, Patron Joseph Jégou n'est pas sorti.

TERRIBLE BILAN

Trente canots irrécupérables. Quarante-quatre embarcations très endommagées. Que (!) cent naufragés sauvés par leurs camarades et par le canot de Sauvetage "Maman-Poydenot" de St Guénolé, d'autres canots en perdition  telle l' "Alexandrie", patron Jean Durand, ayant regagné la côte par leurs propres moyens. On déplore, hélas six noyés, tous sur la "Petite-Edmée".
Un bilan miraculeux qui aurait pu être, humainement parlant, beaucoup plus lourd.
Reste un bilan matériel et économique catastrophique. Beaucoup de canots ne sont pas assurés et leurs patrons sont ruinés : leurs canot et leurs gréements - mâts, voiles et avirons - sont détruits ou endommagés, leurs filets et autres engins de pêche sont fichus.

Les pécheurs récupèrent tout ce qui peut être sauvé © G. Cornou

MEDAILLES ET RECOMPENSES


Prix d'Honneur du Sauvetage - Prix Carié-Martin
au Canot de sauvetage « Maman Poydenot » de Saint-Guénolé (Finistère).

Médaille d'or Arthur Violette
à Riou (Sébastien), patron du canot de sauvetage.

Le 30 septembre, par furieuse tempête d'Ouest, apercevant non loin de la côte des bateaux de pêche qui cherchaient à se réfugier à Pors-Carn, le patron Riou du « Maman Poydenot », de Saint-Guénolé, lança son canot à leur aide. La passe franchie avec mille difficultés, il se dirigea vers une barque qui, les voiles arrachées et le pavillon en berne, avait besoin d'un prompt secours. La mer démontée rendait les opérations difficiles ; néanmoins, nos braves sauveteurs parvinrent à embarquer les sept hommes composant l'équipage de la barque en perdition. Ce sauvetage terminé, le « Maman Poydenot » gagna Pors-Carn où l'attendait une nouvelle besogne : dans cette anse sablonneuse s'étaient réfugiés de nombreux bateaux désemparés dont les équipages demandaient à grands cris à être mis à terre. Le patron Riou sauva immédiatement sept équipages de six à sept hommes chacun ; un huitième bateau luttait encore et refusait son assistance, lorsqu'un grain furieux survenant, il fit à son tour des signaux de détresse ; nos braves canotiers volèrent à son secours.

En résumé, dans cette triste journée, Riou et ses canotiers sauvèrent la vie à cinquante-six personnes.

 

Sébastien Riou
Prix Émile Robin
à Jégou (Joseph), patron de la chaloupe « Charles Roux », patron du canot de sauvetage de Kérity-Penmarc'h (Finistère).

Médaille d'or de Mme la comtesse Foucher de Saint Faron
à Jégou (Joseph), patron de la chaloupe « Charles Roux », patron du canot de sauvetage de Kérity-Penmarc'h (Finistère).

Riou ne fut pas cependant le seul héros de ce sombre drame : le patron Jégou, du canot de sauvetage de Kérity, était à la mer sur son bateau de pêche le Charles Roux. Surpris par la tempête et bien qu'à demi désemparé, naviguant avec une voilure de fortune, il se porte au secours de l'« Eole » et arrache à une mort certaine les sept hommes qui le montaient, puis il fait route pour Pors-Cârn et là; insensible à sa ruine, car son bateau a été brisé par la tempête, participe" au sauvetage de nombreux naufragés appartenant à dès bateaux de pêche en perdition.

Prix Échallé
à Cloarec (Alain), patron-pêcheur, matelot du canot de sauvetage de Kérity (Finistère).

Nous récompensons aussi aujourd'hui pour le courage qu'il a montré dans la même journée, le canotier Cloarec du canot de sauvetage de Kérity-Penmarc'h qui, suivant le noble exemple de son patron Jégou, n'a pas craint de compromettre sa vie, celle de ses hommes et son unique gagne-pain son bateau de pêche pour sauver les huit hommes de ce « Notre-Dame-de-Penhors » qui ne pouvait plus résister à la fureur des flots. 
Joseph Jégou
Prix Durand
MM. Riou (Sébastien), patron du canot de sauvetage de St Guénolé, 120 fr.
Biger (Jean-Corentin), 100 fr.
Tanneau (Guillaume), 110 fr.
Durand (Alain), 110 fr.
Stéphan (Vincent), 100 fr.
Le Corre (Jacques), 100 fr.
Guéguen (Pierre), 60 fr.
Kersalé (Yves), 60 fr.
Drézen (Denis), 60 fr.
Le Pape (Jean), 60 fr.
Dréau (Denis), 60 fr.
Riou (Joseph), 60 fr., matelots du canot de sauvetage de St Guénolé,

... pour le sauvetage, dans la baie d'Audierne, de plusieurs bateaux de pêche, le 30 septembre 1912.

Jégou (Joseph), patron du canot de sauvetage de Kérity, 230 fr.

... pour le sauvetage en mer de l'équipage de l'« Éole», le 30 septembre 1912.

Le Cloarec (Alain), matelot du canot de sauvetage de Kérity, 200 fr.

... pour le sauvetage en mer de l'équipage du bateau « Notre Dame de Penhors », le 30 septembre 1912.

Saint Guénolé
  • Médaille d'or de 2ème classe.
Riou (Sébastien), patron du canot de sauvetage.

  • Médaille d'argent de 1ère classe.
Tanneau (Guillaume), sous-patron du canot de sauvetage.
Le Corre (Jacques), matelot du canot de sauvetage.

  • Médaille d'argent de 2ème classe.
Stéphan (Vincent)
Biger (Jean), matelots du canot de sauvetage.

Médaille Or
2ème classe
  • Médaille de bronze.
Guéguen (Pierre)
Durand (Alain)
Le pape (Jean), matelots du canot de sauvetage. .

  • Diplômes d'honneur.
Kersalé (Yves)
Riou (Joseph)
Drézen (Denis)
Dréau (Denis), matelots du canot de sauvetage.
...pour le sauvetage de soixante-deux hommes de barques en perdition, le 30 sepembre 1912.

Médaille Argent
1ère classe
Kérity
  • Médaille d'or de 2° classe.
Jégou (Joseph), patron du canot de sauvetage.

  • Diplômes d'honneur.
Loussouarn (Jean)
Jégou (Jacques),
Le Cloarec (Jean-Louis),
Le Goff (Pierre),
Le Maout (Alain), matelots pêcheurs.
Buannic (Louis), mousse.
...pour le sauvetage périlleux des sept hommes de l'« Éole », le 30 septembre 1912.

Médaille Argent
2ème classe
  • Diplômes d'honneur.
Bariou (Pierre-Jean),
Andro (Pierre-Jean),
Nédélec (Thomas), matelots pécheurs.
...pour le sauvetage périlleux des huit hommes de la « Marguerite », le 30 septembre 1912.

  • Médaille d'argent de 1ère classe.
Cloarec (Jean),
Briec (Alain),
Peigné (Auguste),
Peigné (Louis), matelots pêcheurs.
Jolivet (Alain), novice.
Le Floch (Thomas), mousse.
... pour le sauvetage périlleux des huit hommes de « Notre-Dame de Penhors », le 30 septembre 1912.

Médaille de bronze
  • Médaille d'argent de 1ère classe.
Salaün (François), patron pêcheur.
Le Cléach (Pierre),
Drézen (Jean-Marie),
Loussouarn (Pierre),
Loussouarn (Jean-Marie), matelots pêcheurs.
Le Floch (Denis), mousse.
... pour le sauvetage périlleux des sept hommes du « Petit Noël », le 30 septembre 1912.

  • Médaille d'argent de 1ère classe.
Durand (Pierre), patron pêcheur.

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Diplôme d'Honneur de Yves Kersalé
  • Diplômes d'honneur.
Lucas (Pierre),
Scuiller (Alain),
Nédélec (Pierre), matelots pêcheurs.
Lucas (Jean-Louis), mousse
Le Pape (Jean-Marie), novice.
... pour le sauvetage périlleux des sept hommes du « Saint Corentin », le 30 septembre 1912.

  • Médaille de bronze.
Souron (Joseph), matelot pêcheur.

  • Diplômes d'honneur.
Le Brun (Louis),
Donnard (René),
Nicolas (François),
Hélias (Marc),
Lepape (Guillaume),
Tanniou (Jacques),
Andro (Joseph),
Loussouarn (Jean-Louis),
Le Reun (Corentin),
Kersalé (Jean-Louis), matelots pêcheurs.
...pour la coopération au sauvetage de quatorze équipages de bateaux en détresse, le 30 septembre 1912.

Mémorial du "Matin"

Après avoir pesé à leur mérite tous ces exploits de nos sauveteurs, le comité a décidé à l'unanimité d'attribuer, cette année et pour la première fois, le mémorial offert par le Matin à la commune de Kérity-Saint Guénolé (Finistère) pour la victoire, illustre entre les plus célèbres faits de sauvetage, enregistrés dans les annales de la mer que les marins ci-dessus désignés ont remportée sur le naufrage, dans la tempête du 30 septembre 1912.

1° Par le canot de sauvetage de Saint-Guénolé, Maman-Poydenot, de la Société centrale de sauvetage des naufragés, patron Riou, qui sauva au large, l'équipage d'un bateau de pêche, puis travailla à mettre à terre 8 équipages de barques en perdition, en tout 52 hommes.
2° Par Joseph Jégou, patron du canot de sauvetage de Kérity, qui sauva au large les sept hommes de l'Eole, puis, dans la baie de Pors-Carns, mit à terre 21 hommes, formant les équipages de barques en perdition
3° Le sauvetage de 7 équipages en détresse, organisé avec une petite baleinière, la-Marguerite, par 12 marins, dont on a les noms.
En dehors de cette lutte vraiment épique, avec une tempête si furieuse que, de mémoire d'homme, on n'en avait point vu de semblable sur la côte de Penmarc'h.

En attendant que, dans une fête qui aura tout l'éclat que méritent des actions si glorieuses, le mémorial du Matin soit solennellement porté à Kérity-Saint-Guénolé pour être remis entre les mains des autorités municipales de cette commune, l'oeuvre de Falize sera exposée, dimanche prochain 25 mai, au palais de la Sorbonne, au cours de la cérémonie présidée par le vice-amiral Duperré, pour la remise des récompenses décernées par la Société centrale de sauvetage des naufragés aux lauréats qu'elle honore tous les ans.

Lecture sera officiellement donnée de la décision du comité qui, pour un an, attribue à la commune de Kérity-Saint-Guénolé la coupe d'honneur offerte par le Matin aux héros vainqueurs de la mer.
 
Mémorial des Sauveteurs

 

7 Août 1913 - Le trophée est remis aux stations de St Guénolé et Kérity.
puis est exhibé dans le "Maman-Poydenot"

ÉPILOGUE

(Article du Ouest-Éclair du 6 Novembre 1912)

Vingt de ces embarcations, condamnées définitivement par l'assurance - presque toutes du port de Kérity - ont été vendues par celles-ci dimanche 3 novembre, dans la baie de Porscarn.
Voici avec leur prix de vente le nom de ces embarcations : L'Aiglon, 22 fr. 50 ; le Républicain, 23 francs ; Vive-la-Classe, 19 fr. 50 ; le Juif-Errant, 19 francs ; L'Oyapock, 58 francs ; le François-Joseph, 36 francs ; le Mathias, 60 francs ; le Charles-Roux, 43 francs ; Le Philomène, 27 francs ; le Saint-François, 21 fr. 50 ; le Kergadec, 28 francs ; le Notre-Dame-de-Penhors, 67 francs ; le Deux-Frères, 28 francs ; Mon-Petit-Jacques, 21 francs ; le Saint-Guénolé, 36 francs ; le Saint-Tropaine, 32 fr. 50 ; l'Etoile-d'Amour, 25 fr. 50 ; Léon-Gambetta, 40 francs.

Ces bateaux vont être incessamment démolis sous la hache de leurs nouveaux propriétaires. 

RESTACHOÚ

29 Janvier 2005. Après la tempête, des vestiges du désastre du 30 septembre 1912 ont ressurgi des sables de Pors Carn.

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Emplacement de l'épave © CIM
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Vue vers la Pointe de la Torche, au nord © G.Bouguéon

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Vue vers la pointe de Pors-Carn, à l'ouest-sud-ouest © G.Bouguéon
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Vue vers Kervédal au sud-ouest © G.Bouguéon


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Désastre 1912


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