LA CATASTROPHE DU 13 MAI 1925 SELON LES ANNALES DU SAUVETAGE

La catastrophe du 23 Mai 1925 a été provoquée par un phénomène localisé où naufragés et sauveteurs payèrent un très lourd tribut à la mer, laissant un souvenir encore vivace dans la mémoire collective...

Je vais essayer d'aborder la relation des faits selon trois points de vue, parfois contradictoires : Celui de la Société Centrale de Sauvetage en Mer et de la presse conservatrice qui exaltent le sacrifice des hardis marins sauveteurs et celui de la presse moins consensuelle qui plaint et défend ces mêmes malheureux travailleurs de la mer. 

ANNALES DU SAUVETAGE EN MER - 1er SEMESTRE 1925

Cliquez pour agrandir l'image
Le Sinistre du 23 Mai 1925 à Penmarc'h

Le temps était beau dans la matinée du 23 mai 1925, et de nombreux bateaux étaient sortis pour la pêche. Vers midi une tempête s'éleva, soufflant du Sud, aussi brusque que violente. Toutes les barques prirent aussi promptement que possible le chemin du retour.

De terre, plusieurs personnes, notamment le guetteur du sémaphore, qui observaient des yeux ou à la jumelle la rentrée des bateaux, virent l'un de ceux-ci chavirer à proximité de la tourelle de la Jument (La tourelle delà Jument se trouve à 2.200 mètres au S.-S.-O. du Port de Kérity.). Il était exactement 13 heures ; le bateau était le Saint-Louis, patron DUPOUY, cinq hommes d'équipage. La mer montait depuis environ deux heures et le courant de flot portait au N.-N.-E., c'est-à-dire vers la terre.

L'alarme fut immédiatement donnée aux canots de sauvetage ; le sémaphore hissa le pavillon noir et tira deux coups de canon.

Les canots Comte-et-Comtesse-Foucher de Kérity et Léon-Dufour de Saint-Pierre-Penmarc'h furent armés aussitôt. Comme un certain nombre de canotiers titulaires étaient en mer, des volontaires s'offrirent pour les remplacer, de sorte que l'équipage du canot de Kérity comprenait quatre volontaires sur douze hommes et celui de Saint-Pierre sept sur douze. La mer n'avait pas encore assez monté pour que les canots pussent flotter dans ces petits ports ; néanmoins, les femmes elles-mêmes des marins se mettant à l'eau jusqu'à la ceinture pour pousser les chariots vers la mer, le lancement se fit rapidement, et à 13 heures 20 les deux équipages faisaient force de rames et se dirigeaient vers le lieu du naufrage du Saint-Louis.

Au même moment (13 heures 20), une autre barque de pêche, le Berceau-de-Saint-Pierre, montée par sept hommes, patron Jean LARNICOL, faisait naufrage au même endroit que le Saint-Louis.


Le lieu du naufrage avec repères













Carte version satellite avec dérive des canots de sauvetage...
N.B. : A l'époque, point de brise-lames ni de digue.

Kerity-St Pierre Google Earth2.jpg
Cliquez pour agrandir l'imageCanot « Comte-et-Comtesse-Foucher » de Kérity (du type à redressement automatique).

Ce canot mit d'abord le cap sur la tourelle Runiec (distance 1.500 mètres au Sud) où le patron JEGOU croyait apercevoir un naufragé. En approchant il ne le vit plus, mais il rencontra la barque de pêche Arche-d'Alliance qui revenait du large et qui lui dit d'avancer dans la direction du S.-O., où les naufrages s'étaient produits.
Le canot Comte-et-Comtesse-Foucher qui, jusqu'ici, avait, grâce à la protection des récifs, navigué dans une mer relativement maniable, trouva, en s'engageant dans la passe entre le récif de Men-Laou au Nord et la tourelle de la Jument au Sud, une mer absolument déchaînée, telle que les sauveteurs déclarent n'en avoir jamais vu de pareille.
Faisant route à peu près au S.-O., avec le vent de bâbord, une mer hachée venant de plusieurs directions mais principalement de tribord, le courant de flot portant au N.-N.-E., le canot arrive presque sur l'alignement Men-Laou-Jument, et aperçoit des épaves. A ce moment vient sur lui une grosse lame brisante qu'il surmonte parfaitement ; presque aussitôt après, une seconde lame encore plus forte, prenant le canot légèrement par tribord devant, le couche sur bâbord et précipite à la mer la moitié environ de l'équipage, dont le patron JEGOU. Les hommes restés à bord aident leurs camarades à remonter, mais tandis que chacun est occupé à regagner son poste, une nouvelle lame énorme assaille par le flanc tribord le canot qui, cette fois, fait un tour complet sur lui-même, rejetant au dehors tous les canotiers, à l'exception d'un seul qui s'est cramponné à son banc, et qui, d'ailleurs, est, lui aussi, rejeté par la lame suivante (point K du croquis). Il était 13 heures 50 quand ce nouveau sinistre se produisit. Le canot entièrement vidé de son équipage, et ayant encore fait un ou deux tours complets sur lui-même, est poussé rapidement vers la terre par le vent et le courant ; il vient s'échouer sur la basse Men-Talec (à 400 mètres du rivage) où des volontaires partis dans des youyous le prennent et le ramènent au port.
Le patron François LARNICOL qui, avec son bateau L'Arche d'Alliance, était resté à croiser à proximité du lieu du sinistre, se porta aussitôt au secours des naufragés. Cinq de ceux-ci. dont un mort, furent recueillis par lui, après vingt-cinq à trente minutes de séjour dans l'eau, dans la région délimitée par la courbe LL du croquis.
Notons ici l'héroïsme particulier du sous-patron COIC qui, après avoir soutenu le canotier KERISIT appelant à l'aidé, refusa à deux reprises de se laisser ramasser en disant à LARNICOL de sauver d'abord les naufragés qui étaient plus au large. Finalement COIC fut recueilli par d'autres sauveteurs comme nous le verrons plus loin.

Canot « Léon-Dufour », de Saint-Pierre-Penmarc'h (du type non redressable, à grande stabilité).

Le Léon-Dufour, parti de Saint-Pierre également à 13 heures 20, prit une route convergente avec celle du Comte-et-Comtesse-Foucher et vint se ranger dans ses eaux. Il se trouvait à 120 mètres environ en arrière, c'est-à-dire dans le Nord-Est de celui-ci (point P du croquis) lorsqu'il fut abordé par la même lame qui, quelques secondes auparavant, avait causé le sinistre des canotiers de Kérity. Sous l'effort de cette lame, on le vit se dresser, l'avant en l'air, presque verticalement. L'équipage tout entier fut précipité à la mer par l'effet d'une telle inclinaison. Puis le canot retomba sur sa quille ; vidé de ses hommes, il dériva vers la terre comme l'autre, et vint faire côte à 300 mètres dans l'Est de la petite jetée de Kérity.
Des douze canotiers, quatre seulement furent sauvés, grâce à la petite annexe du bateau du patron de pêche LE GALL qui recueillit également les corps inanimés du patron BERROU et du sous-patron TANNIOU, et qui recueillit aussi le sous-patron de Kérity, COIC.
On trouvera plus loin le détail des courageuses manoeuvres effectuées par LARNICOL et par LE GALL; ces deux braves sauveteurs ont été justement récompensés par la Croix de la Légion d'Honneur.

État des deux canots.

Nous avons demandé immédiatement à M. NORMAND, constructeur de nos canots au Havre, d'envoyer deux spécialistes sur les lieux, pour procéder à une visite complète des deux canots. Voici les résultats de l'examen auquel il a été procédé :
Le canot de Kérity est aisément réparable sur place. Il n'a que des avaries superficielles et légères 1, et aucune dans les ouvres vives. Les dômes de redressement sont aussi intacts que si le canot n'était pas sorti de son abri.
Le canot de Saint-Pierre a une rupture d'étambot et quelques autres avaries moins importantes ; cela nécessite son passage dans les chantiers de construction, où il est expédié d'urgence. Ce canot, qui est du type à grande stabilité, n'a pas chaviré, mais en dérivant jusqu'à terre il a dû passer sur des récifs où il aura fortement talonné.

(1) Seules deux virures sont abîmées...

Cliquez pour agrandir l'imageLe sinistre dont nous venons, d'exposer le déroulement est le plus terrible qu'ait eu à enregistrer, depuis sa création, la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés. Quinze marins de Penmarc'h ont péri dans les deux canots de sauvetage; En même temps les équipages, composés ensemble de douze hommes, des deux barques de pêche chavirées, disparaissaient en totalité.
Est-il nécessaire pour expliquer la catastrophe, d'invoquer, comme l'opinion publique a tendance à le faire, une de ces lames, sourdes surgissant brusquement du fond de la mer comme ferait la secousse d'un tremblement de terre ? Nous ne le pensons pas.
Dans la passe MenLaou - Jument, où fut creusé en moins d'une heure le tombeau de quatre équipages, les hautes lames déferlantes, à cette heure de la marée, et avec ces directions divergentes du vent et de la houle, déchargeaient formidablement. Les mêmes circonstances reproduiraient les mêmes effets, et l'hypothèse d'un phénomène exceptionnel et anormal n'a pas à intervenir pour les expliquer.
La vérité est plus simple. Dans les conditions que nous venons de dire, la passe Men Laou - Jument, très dangereuse à franchir en venant du large, avec le vent et le courant pour soi, comme le prouva le naufrage des deux barques armées par les marins les plus habiles de nos côtes, était probablement invincible en sens inverse. Les équipages des deux canots de sauvetage étaient parfaitement capables de mesurer la grandeur du danger ; mais ils voulaient sauver leurs camarades, et, incapables d'abandonner la partie, ils ne craignirent pas d'en courir le risque et ils bravèrent témérairement la mort.

Note sur les Sauvetages accomplis par les bateaux de pêche Arche-d''Alliance, Patron François Larnicol et Gérald-Samuel, Patron Le Gall

Le 23 mai 1925, les bateaux de pêche des ports de Kérity et de Saint-Pierre-Penmarc'h, fuyant devant le temps qui se levait, rentraient vers 13 heures par les chenaux à l'Est et à l'Ouest de là Jument de Penmarc'h. L'Arche-d'Alliance rentrait comme les autres et franchit heureusement les brisants dangereux entre la Jument et Men-Laou, quand vers 13 heures 20 le patron LARNICOL aperçut un bateau qui chavirait auprès de la Jument. Les vents étaient du Sud au Sud 1/4 S.-O., force 7, la mer très grosse du S.-O.
Le patron LARNICOL, qui était alors auprès de la tourelle Runiec, vint aussitôt dans le vent et voulut établir son taillevent de cape. Il voulait gagner dans le vent et se porter à toucher les brisants pour secourir les naufragés du bateau chaviré, il ignorait que ce dernier était le bateau de son frère VINCENT, le Berceau-de-Saint-Pierre, et ne savait pas qu'un autre bateau, le Saint-Louis, avait chaviré à 13 heures.
Mais son taillevent de cape se déchire quand il se trouve entre le Runiec et le Spéis, il a alors grand peine à gagner contre vent et courant (ce dernier portait au N.-E.).
Les canots de sauvetage de Kérity et de Saint-Pierre, sortis à peu près à la même heure, 13 heures 20, avaient fait route, et s'étant rencontrés aux environs de Runiec, un peu dans l'Est, se tenaient là sur les avirons (pendant cinq minutes, disent les guetteurs du sémaphore). Le patron LARNICOL qui croisait entre Runiec et le Spéis leur fit signe que les bateaux naufragés devaient être au vent à lui dans la direction de la Jument, et les canots de sauvetage repartirent de l'avant, passèrent au vent de Larnicol qui les vit naufrager dans les brisants alors très violents, ou plutôt qui s'aperçut tout à coup que les canots avaient perdu leur équipage. LARNICOL chercha alors à s'approcher de l'un d'eux pour le réarmer avec son équipage qui était de six hommes et un mousse, lui compris : mais, apercevant des hommes des canots de sauvetage dans l'eau et qui faisaient des signes, il abandonna sa première idée et fit route vers eux qui dérivaient au N.-E. du lieu du sinistre.
Le premier homme approché par LARNICOL fut le sous-patron COIC qui lui dit : « Moi, je tiens, va prendre les hommes qui sont sous le vent et qui demandent du secours. » LARNICOL entra alors dans ces parages où la mer était encore assez dure et la manœuvre délicate au milieu des roches, et recueillit successivement STEPHAN Nonna, KERISIT Joseph, tous deux canotiers du canot de sauvetage de Kérity, puis JEGOU Joseph, patron du même canot, environ 150 mètres plus au Nord-Ouest, et enfin GOURLAOUEN un peu plus à terre en face la pointe de Villen. Puis il se remit à croiser, aperçut COUPA Laurent sous l'eau, mais au moins un bras passé dans un gilet de sauvetage ; en essayant de le prendre à la gaffe, la bretelle céda et COUPA disparut. JEGOU lui ayant dit. : « Il n'y a personne au vent », il continua à croiser sous le vent et près de Men-Dru recueillit à la main TANNIOU Pierre, flottant inanimé. Lui voyant encore un peu de vie, et n'apercevant plus personne, LARNICOL rentra rapidement pour faire donner à Pierre TANNIOU les soins nécessaires, malheureusement inutiles.
Le bateau de pêche Gérald-Samuel, patron Eugène LE GALL, était au mouillage dans le N.-O. de Locarec, quand ayant vu le vent fraîchir LE GALL se décida à partir de terre avec son annexe pour aller le changer de mouillage vers midi 30. Au moment où l'annexe arrivait près du Gérald-Samuel, un annexe voisin lui cria : « Un bateau vient de chavirer près de la Jument ». LE GALL une fois à bord prit aussitôt les dispositions d'appareillage, vit un deuxième bateau chavirer au moment où il appareillait, et fit aussitôt route en louvoyant pour s'approcher du lieu des sinistres ; obligé de virer de bord plusieurs fois, dont une près des Firbichons, il arrive près de Runiec, et à ce moment, voit le bateau de Kérity dans les brisants, n'ayant plus d'équipage, puis il voit le canot de Saint-Pierre à pic sur une lame, sans équipage non plus. Il continue à s'élever au vent, et se rendant compte que les naufragés dérivent au N.-E., voyant LARNICOL aller les chercher, il fait embarquer quatre de ses hommes : LE GARS Joseph, LE GALL Louis, RIOU Pierre et GUEGADEN Louis, dans son annexe, parce que le Gérald-Samuel était un trop grand bateau pour aller dans les roches vers lesquelles dérivaient les naufragés. LE GALL tint alors à croiser aussi près que possible de son annexe, manoeuvrant son grand cotre avec le seul mousse LE PAPE Baptiste. Sous les ordres de LE GARS l'annexe fit le tour de Runiec par l'Est et le Nord pour venir se mettre debout aux lames qui se gonflaient et même brisaient sur les petits fonds, et recueillit alors trois canotiers du canot de Saint-Pierre qui se tenaient sur un des mâts du Léon-Dufour, savoir TANNEAU Pierre, STEPHAN Thomas et BOUGUEON Michel. Ensuite il recueille DREZEN Corentin qui flottait avec son gilet de sauvetage, puis TANNIOU Vincent, sous-patron, et BERROU Jean, patron du canot de sauvetage de Saint-Pierre, qui tous deux flottaient inanimés, et enfin COIC, sous-patron du canot de sauvetage de Kérity. Voyant BERROU et TANNIOU inanimés, et ce dernier ayant encore de l'écume à la bouche, l'annexe déjà assez chargée fit route vers la terre où BERROU et TANNIOU ne purent être rappelés à la vie. Le patron LE GALL, en croisant au milieu des bas-fonds rocheux avec son seul mousse, toucha, perdit son gouvernail, et dut alors, fuir vent arrière pour ramener son bateau.

Quelques questions à propos du Sinistre de Penmarc'h : Les gilets de sauvetage.

La plupart des canotiers du Comte-et-Comtesse-Foucher étaient, au moment de l'accident, démunis de leur gilet de sauvetage. Un gilet de sauvetage, même le gilet de kapok qui, depuis plusieurs années, a remplacé le gilet de liège beaucoup plus encombrant, engendre nécessairement une certaine gêne et entraîne une petite diminution de l'effet utile de chaque coup d'aviron. Ce fut l'impatience d'arriver auprès des naufragés qui poussa les canotiers à commettre cette imprudence, expressément interdite par nos règlements. Mais qui de nous, les jugeant de son fauteuil, pourra leur faire grief d'un acte de téméraire par lequel ils sacrifièrent une garantie pour eux-mêmes à l'ardent désir de voir leur effort couronné par le succès ?
Il est peu probable, d'ailleurs, que cet acte ait eu l'importance que d'aucuns ont été tentés de lui attribuer. Au moment où les hommes embarquèrent dans les canots, ils achevaient à peine leur principal repas de la journée. Le naufrage les surprit à l'heure la plus dangereuse de la digestion, et une congestion a pu être la cause la plus efficiente de leur mort rapide.
Les canotiers du Léon-Dufour avaient tous leur gilet de sauvetage, et pourtant quatre seulement d'entre eux furent sauvés. Les gilets du Léon-Dufour avaient été, trois semaines auparavant, visités un par un, et leur flottabilité vérifiée, par le patron, sous le contrôle du Secrétaire du Comité ; ils étaient donc en excellent état, et nous avons pu nous en assurer nous-mêmes par l'examen des gilets non utilisés (chaque station possède quatorze gilets pour douze hommes).

Le lieu de la catastrophe indiqué par une flèche

Les canotiers doivent-ils s'attacher dans les canots ?

Dans la période de début des canots de sauvetage, il était de règle que les canotiers fussent, sinon attachés à leurs bancs comme on le croit trop souvent, du moins en liaison solidaire avec l'embarcation par le moyen d'un anneau dans lequel ils passaient un bras, cet anneau étant placé au bout d'une corde dont l'autre extrémité était fixe.
Le canot à redressement comportant le risque de chavirer parfois et de faire le tour, la précaution s'expliquait d'elle-même. Cependant les canotiers de sauvetage, principalement les meilleurs, ne s'y soumettaient le plus souvent qu'avec répugnance ; ils estimaient que la garantie représentée par ce lien ne compensait pas l'entrave apportée à la liberté de leurs mouvements, et même les exposait à avoir le bras cassé dans certains cas.
Aussi, depuis fort longtemps, l'attachement a cessé dans tous les pays d'être imposé par les règlements des Sociétés de Sauvetage, et c'est avec raison qu'il n'est presque plus pratiqué.
Lorsqu'un canot à redressement chavire et fait le tour, les hommes s'accrochent à leurs bancs, et il est rare que plus de deux ou trois tombent à la mer ; ceux qui sont restés dans le canot manoeuvrent pour se rapprocher de leurs camarades tombés, et les repêchent.
Dans les canots non redressables il est clair que tout attachement est encore moins à recommander, il doit même être proscrit.
Enfin n'oublions pas que les canots de sauvetage utilisent tantôt, l'aviron et tantôt la voile ; on ne voit pas la manoeuvre de la voilure exécutée par des hommes qui seraient attachés à leur banc.

Convient-il de doter la côte de Penmarc'h d'un canot de sauvetage à moteur ?

La côte de Penmarc'h est basse et parsemée de récifs innombrables. A chaque marée, même de morte eau, les petits ports de Saint-Guénolé, de Saint-Pierre et de Kérity sont à sec. L'opération de mise à l'eau des canots de sauvetage y est donc souvent laborieuse ; néanmoins elle est toujours réalisée en un temps relativement très court, grâce au courage et à l'ardeur de la population des deux sexes, tous se mettant à l'œuvre pour pousser le chariot le long d'un itinéraire souvent tortueux jusqu'à l'endroit où le canot pourra flotter.
Un canot à moteur, plus lourd et d'un plus fort déplacement que les canots à rames, ne peut être soumis à une pareille manoeuvre ; il lui faut une voie ferrée, nécessairement rectiligne, et dont il est en quelque sorte le prisonnier : Pour qu'un tel canot entre en action à toute heure de marée, comme le font les canots actuels, il lui faudrait une voie ferrée excessivement longue.
D'autre part, nos canots de cette région sont, de toute la France, ceux qui sont appelés le plus souvent à sortir. Mais en fait, nos statistiques sont là pour l'établir, les accidents qui nécessitent leur concours se passent toujours à une distance peu considérable, qui ne dépasse guère la limite des récifs. Dans un rayon aussi restreint, le gain de temps réalisé par un moteur est faible, et bien souvent il ne compensera même pas la perte de ce même temps causée par l'insuffisance de hauteur de l'eau, puisque le tirant d'eau du canot à moteur est presque double. Plusieurs journaux ont fait état de l'interview d'un de nos canotiers de Saint-Guénolé, qui aurait dit que, si le canot de Saint-Guénolé avait eu un moteur, on n'aurait eu aucune mort à déplorer le 23 mai. La réponse de ce brave marin montre qu'il était mal instruit des circonstances exactes du drame, et en outre que la complexité de la question posée lui échappait totalement, ce dont on ne saurait s'étonner. Le naufrage du Saint-Louis et du Berceau-de-Saint-Pierre s'est produit en un point qui, surtout par le vent alors régnant, est en dehors du rayon d'action du canot de Saint-Guénolé ; celui-ci, en tout état de cause, n'avait pas de rôle utile à y jouer, puisque deux autres, canots de sauvetage, mieux placés que lui, s'y trouvaient déjà, et que ces deux canots eussent amplement suffi à recueillir tous les naufragés si ceux-ci avaient pu être sauvés.
La région de Penmarc'h est celle où nos canots sont le plus voisins les uns des autres. Sur une longueur de côte de moins de 15 kilomètres, nous en avons cinq, les uns à redressement automatique, les autres non redressables à grande stabilité. Le matériel de sauvetage est admirablement entretenu par des marins qui en sont fiers. Quel que soit le point où un sinistre se produit, il y a toujours au moins un de ces canots qui est en bonne situation pour intervenir.
Le 23 mai, aussitôt avertis, les deux canots de Kérity et de Saint-Pierre ont été très promptement armés, et en moins d'une demi-heure ils étaient sur les lieux de la catastrophe, où ils furent sinistrés à leur tour. Il est permis de douter qu'un canot à moteur y fût parvenu plus vite.
Par ailleurs aucun marin n'admettra qu'un canot à moteur soit plus capable de tenir dans les mauvais temps qu'un canot tel que nos canots à rames et à voiles;
En résumé, l'installation d'un canot à moteur à Penmarc'h présente de sérieuses difficultés techniques, et rien ne prouve que pratiquement elle réaliserait un progrès intéressant.
Dans cette discussion nous nous sommes abstenus de faire intervenir le point de vue financier, parce que, quelle qu'en soit l'importance, ce côté de la question ne nous arrêterait pas s'il nous était démontré que nos objections ne sont pas fondées, la région de Penmarc'h ayant toujours été au tout premier rang des préoccupations de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés.

* * *


A peine les premiers corps retrouvés des victimes de cette cruelle catastrophe étaient-ils rendus à la terre, que déjà de nombreux marins de Penmarc'h s'inscrivaient pour remplir dans les équipages de nos canots les places devenues vacantes.
On sait que l'armement de nos canots comporte deux équipages complets, soit vingt canotiers, plus un patron et un sous-patron : au total vingt-deux hommes.
Au nombre des huit morts de Saint-Pierre se trouvaient le patron, le sous-patron et trois canotiers titulaires ; il y avait ainsi cinq vacances à combler. Les deux canotiers volontaires survivants et le plus proche parent de chaque victime insistèrent très vivement pour être choisis ; nous eûmes ainsi pour cinq places sept candidats auxquels il était moralement impossible d'opposer une fin de non-recevoir. Notre Inspecteur et notre Comité local se décidèrent alors à faire une entorse à nos règlements, et à admettre ces sept candidats, en sorte que nos équipages de Saint-Pierre comportent aujourd'hui vingt-quatre titulaires au lieu de vingt-deux.
Les gens de Penmarc'h nous donnent là une belle marque de bravoure et de confiance en notre matériel. La Société Centrale de Sauvetage des Naufragés, dans son immense douleur que rien ne pourra consoler, en est fière, et elle les remercie.

RÉCOMPENSES POUR FAITS DE SAUVETAGE ACCOMPLIS DANS LES EAUX MARITIMES

Par décision du sous-secrétaire d'État des ports, de la Marine marchande et des Pêches en date du 5 juin 1925, les récompenses suivantes ont été attribuées (NDR : le 28 Mai) aux sauveteurs désignés ci-après pour reconnaître le magnifique exemple d'abnégation, de courage et de dévouement qu'ils ont donné, le 23 mai 1925, en se portant, par mer démontée et en pleine connaissance des dangers qu'ils couraient, au secours des bateaux de pêche Berceau-de-Saint-Pierre et Saint-Louis, qui avaient chaviré dans le chenal de la Jument, devant Kérity-en-Penmarc'h.

Équipages des canots de sauvetage.

Médaille de Vermeil.
COIC (Corentin), 52 ans, sous-patron (sauvetages antérieurs).

Médailles d'Argent, de 1ère classe.
GOURELAOUEN (François), 38 ans, canotier (sauvetage antérieur).
STEPHAN (Nonna-Marie), 25 ans, canotier.
KERISIT (Joseph), 23 ans, canotier.
STEPHAN (Thomas), 32 ans, canotier.
BOUGUÉON (Michel), 23 ans, canotier.
TANNEAU (Jean-Marie), 40 ans, canotier.
DREZEN (Jean-Marie), 44 ans, canotier (sauvetages antérieurs).

Le 28 Mai 1925 à l'Abri du canot de sauvetage de Kérity :
Le Député Danielou entouré des sauveteurs du sinistre du 23 mai 1925

Équipage du cotre Gérald-Samuel.

Médailles de vermeil.
LE GALL (Eugène-Marie), 36 ans, patron.
LE GARS (Joseph-Marie), 34 ans, matelot.

Médaille d'Argent de 1ère classe.
GUEGADEN (Louis-Marie), 35 ans, matelot.
RIOU (Pierre-Jean-Marie), 47 ans, matelot.
LE GALL (Jean-Louis-Alexandre), 33 ans, matelot.
LE PAPE (Baptiste), 18 ans, matelot.

Équipage du cotre Arche-d'Alliance.

Médaille de vermeil.
LARNICOL (François-Joseph-Marie), 38 ans, patron.

Médaille d'Argent de 1ère classe.
GOURLAOUEN (Guillaume-Marie), 51 ans, matelot (sauvetage antérieur).
LE CORRE (Sébastien), 41 ans, matelot.
GOURLAOUEN (Pierre), 31 ans, matelot.
POCHIC (François-Marie), 20 ans, matelot.
TANTER (Thomas-Yves), 20 ans, matelot.

Médaille d'Argent de 2ème classe.
GOURLAOUEN (Yves-Marie), 25 ans, mousse.

Par décision du sous-secrétaire d'État des Ports, de la Marine marchande et des Pêches en date du 12 juin 1925, la médaille de sauvetage en vermeil a été attribuée, à titre posthume, aux huit membres de l'équipage du canot de sauvetage Léon-Dufour, de Saint-Pierre-en-Penmarc'h et aux sept membres de l'équipage du canot de sauvetage Comte-et-Comtesse-Foucher, de Kérity, désignés ci-après, pour reconnaître le magnifique exemple d'abnégation, de courage et de dévouement qu'ils ont donné, le 23 mai 1925, on se portant, par mer démontée et en pleine connaissance des dangers qu'ils couraient, au secours des bateaux de pêche Berceau-de-Saint-Pierre et Saint Louis, qui avaient chaviré dans le chenal de la Jument, devant Kérity-en-Penmarc'h, sauvetage au cours duquel ces marins n'ont pu, malgré leur énergie, approcher les bateaux naufragés et, leurs canots ayant chaviré, ont péri victimes de leur dévouement :

Canot de sauvetage de Saint-Pierre-en-Penmarc'h.

BERROU (Jean-Marie), 32 ans, patron.
TANNIOU (Vincent-Marie), 43 ans, sous-patron.
LARNICOL (Jean), 69 ans, matelot (sauvetages antérieurs).
CALVEZ (Alain-Marie), 38 ans, matelot (sauvetages antérieurs).
L'HELGOUACH (Jean), 29 ans, matelot.
CARVAL (Pierre), 29 ans, matelot.
COSSEC (Guillaume), 33 ans, matelot.
CALVEZ (Laurent), 27 ans, matelot.

Canot de sauvetage de Kérity.

LE GARS (François-Eugène), 39 ans.
CLOAREC (Thomas), 27 ans, matelot.
JÉZÉGABEL (Henri-Marie), 35 ans, matelot.
COUPA (Laurent), 25 ans, matelot.
KERLOCH (Henri), 40 ans, matelot.
STEPHAN (Yves-Marie), 30 ans, matelot.
TANNIOU (Pierre-Marie), 26 ans, matelot.

Cliquez pour agrandir l'image
Médaille d'Honneur
Pêche et Commerce
Vermeil (Avers)
Cliquez pour agrandir l'image
Médaille d'Honneur
Pêche et Commerce
Vermeil (Revers)
Cliquez pour agrandir l'image
Médaille d'Honneur
Pêche et Commerce
Argent 1° cl (Avers)
Cliquez pour agrandir l'image
Médaille d'Honneur
Pêche et Commerce
Argent 1° cl (Revers)
Médaille d'Honneur
Pêche et Commerce
Argent 2° cl (Avers)
Cliquez pour agrandir l'image
Médaille d'Honneur
Pêche et Commerce
Argent 2° cl (Revers)


ANNALES DU SAUVETAGE EN MER - 2ème SEMESTRE 1925


Après le Sinistre de Penmarc'h

Il ne sera pas inutile de revenir aujourd'hui, avec le recul du temps, sur ce douloureux drame de Penmarc'h, sur ses causes et sur les conséquences qu'on en doit tirer.
L'hypothèse d'un phénomène de caractère exceptionnel et imprévisible tel qu'un séisme sous-marin a été émise de nouveau à diverses reprises. Ce n'est là, à nos yeux, qu'une explication de cabinet, non basée sur l'observation directe. Les acteurs et les témoins sont peu enclins à y souscrire. Au surplus, il est difficile de la concilier avec l'intervalle de temps qui a séparé les trois actes du drame : 1° naufrage d'une première barque à 13 heures ; 2° naufrage de la deuxième barque à 13 h. 20 ; 3° sinistre des deux canots de sauvetage à 13 h. 50.
L'état de la mer fut la résultante de la direction et de la force du vent, de la direction du courant oblique à celle du vent, de la hauteur de la marée, enfin de la proximité des récifs et de la configuration du fond.
Affronter dans de telles circonstances les hautes lames déferlantes qui barraient la route était un acte d'héroïque témérité. Pour braver un si grand risque, il ne fallait rien de moins que la bravoure sans limite de nos marins, leur oubli d'eux-mêmes, leur mépris absolu de la mort quand il s'agit de voler au secours de leurs camarades.
Quant aux canots de sauvetage, ils se sont comportés d'une façon absolument normale, et aucune critique n'a été émise à cet égard par une compétence maritime, quelle qu'elle soit. Le canot de Saint-Pierre, du type à grande stabilité, n'a pas chaviré : maté debout, l'avant en l'air, au passage d'une lame, il est retombé sur sa quille. Le canot de Kérity, du type à redressement automatique, a fait un tour complet sur lui-même, et, aussitôt ce tour accompli, s'est retrouvé également sur sa quille. L'un et l'autre, poussés par le vent et le courant, ont dérivé en position normale vers la côte où ils se sont échoués.
On sait avec quel empressement les marins de Penmarc'h sont venus à nous, beaucoup plus nombreux que nous ne pouvions en enrôler, pour remplir les places que le sinistre avait rendues vacantes, et pour nous dire leur confiance inébranlée dans les canots remis par nous entre leurs mains.
La question d'un canot à moteur à Penmarc'h, posée au lendemain du sinistre, a été, comme de juste, agitée dans de nombreux articles de presse. Nous avons exposé dans le précédent fascicule des Annales du Sauvetage Maritime les raisons qui, dans le cas particulier de Penmarc'h, nous semblent ne pas plaider en faveur de cette solution. Certaines personnes ont cru voir dans notre exposé une opinion peu favorable aux canots à moteur en général ; aucune interprétation ne saurait être plus contraire à notre pensée.
La doctrine de la Société Centrale.de Sauvetage des Naufragés a été à cet égard maintes fois proclamée. On la trouvera notamment page 40 de nos Annales (1er semestre 1925) dans les lignes que nous reproduisons ici :
«Le canot à moteur est, de toute évidence, la véritable solution de la question du sauvetage maritime côtier. Il faut l'adopter partout où les conditions locales n'y font pas obstacle, et  son utilisation éventuelle semble en rapport avec la grosse dépense, qu'il entraîne. »
Depuis 1914 d'ailleurs, si nous exceptons les baleinières à fond plat, réservées aux petites stations, nous n'avons pas mis en construction un seul canot qui ne soit à moteur.
Après le sinistre du 23 mai, nous avons refait une étude minutieuse de tout le littoral compris entre Loctudy et la baie d'Audierne, et nous avons conclu à la possibilité de créer une station de canot à moteur à Guilvinec, quelque peu à l'Ouest de notre station actuelle. Le rayon d'action de cette station englobera tout naturellement la région de Penmarc'h.

* * *

Dès le matin du 25 mai, M. GRANJON DE LÉPINEY, Administrateur-délégué de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés, et M. COGNIET, Inspecteur pour la Bretagne, étaient à Penmarc'h et distribuaient aux familles des victimes, au nom du Conseil de la Société, 7.200 francs à titre de secours de première urgence ; ces secours furent les premiers que les familles reçurent, sauf toutefois un secours de 100 francs remis la veille à chaque veuve par le Préfet du Finistère.
Le Vice-Amiral TOUCHARD, Président de la Société, n'hésita pas à s'y rendre en personne, à assister aux obsèques qui eurent lieu le 27 mai par un temps épouvantable, et à porter ainsi à tous l'émouvant témoignage de la douleur ressentie dans son cœur de marin et de chef pour la perte de quelques-uns des meilleurs parmi les siens.
Notre Conseil d'administration, à la réunion qui suivit, décida de réviser le règlement institué en 1920, portant fixation des pensions et secours alloués par la Société Centrale en cas d'accidents survenus à son personnel et d'en augmenter les tarifs dans une importante proportion. Les pensions viagères ainsi concédées aux veuves de nos canotiers proviennent de la Société Centrale seule ; elles sont absolument indépendantes des pensions, secours, fondations diverses résultant des souscriptions publiques et dont le Comité institué par le Préfet du Finistère a fait lui-même la répartition. 
D'autres secours ont été distribués par la Fondation Carnégie.

Dans nos maisons-abris de Saint-Pierre et de Kérity, nous avons fait apposer, en commémoration du drame du 23 mai, deux plaques de marbre sur lesquelles sont gravées les inscriptions suivantes :
A la mémoire des canotiers de sauvetage de Saint-Pierre-Penmarc'h, morts victimes de leur héroïque dévouement le 23 mai 1925 :
BERROU Jean, patron. TANNIOU Vincent, sous-patron. CALVEZ Alain. CALVEZ Laurent. CARVAL Pierre. COSSEC Guillaume. LARNICOL Jean. L'HELGOUACH Jean.
A la mémoire des canotiers de sauvetage de Kérity-Penmarc'h, morts Victimes de leur héroïque dévouement le 23 mai 1925 :
CLOAREC Thomas. COUPA Laurent. JEZEGABEL Henri. KERLOCH Henri. LE GARS François. STEPHAN Yves. TANNIOU Pierre.

Le Comité de Répartition, de son côté, a fait établir deux autres plaques commémoratives qu'il nous a demandé la permission de fixer sur les murs extérieurs de nos deux maisons abris. En voici le texte :

Le 23 mai 1925, ont péri victimes de leur dévouement en se portant au secours des navires « Berceau de Saint-Pierre » et « Saint-Louis », engloutis par la mer entre le Runiec et la Jument :
Station de Sauvetage de Saint-Pierre-Penmarc'h. Canot Léon-Dufour.

BERROU Jean, patron 33 ans
TANNIOU Vincent, sous-patron 43 ans
LARNICOL Jean 69 ans
LE CALVEZ Alain 38 ans
COSSEC Guillaume 33 ans
CARVAL Pierre 30 ans
L'HELGOUARCH 29 ans
CALVEZ Laurent 27 ans
(Hommage de la générosité publique.)
Station de Sauvetage de Kérity. Canot Comte-et-Comtesse-Foucher.

KERLOCH Henri 40 ans
JEZEGABEL Henri 35 ans
STEPHAN Yves 30 ans
TANNIOU Pierre 26 ans
COUPA Laurent 25 ans
LE GARS François 39 ans
CLOAREC Thomas 28 ans
(Hommage de la générosité publique.)

Nos récompenses aux sauveteurs seront proclamées à la Sorbonne lors de notre prochaine Assemblée générale.
Celles décernées par le Sous-secrétaire d'Etat de la Marine marchande, consistant en trois Croix de la Légion d'Honneur aux sauveteurs Eugène LE GALL et François LARNICOL et au sous-patron Corentin COIC de notre canot de Kérity, et en Médailles aux sauveteurs et à nos canotiers, ont été officiellement remises au nom du Gouvernement, le 15 août, jour du Pardon de Notre-Dame de la Joie, par M. DANIÉLOU, dont nous sommes heureux de reproduire les éloquentes paroles :

MONSIEUR LE MAIRE, MES CHERS COMPATRIOTES, MESSIEURS,
Il y a trois mois, au lendemain de la terrible catastrophe qui jeta la désolation sur cette côte, j'accompagnais jusqu'au petit cimetière de Kérity la dépouille de l'un des plus jeunes naufragés du grand drame, et là, sous un ciel assombri par une pluie torrentielle qui endeuillait la nature elle-même, j'adressais, au nom du Gouvernement, avec mes condoléances émues, aux familles des victimes, l'hommage, de notre admiration aux courageux sauveteurs qui s'étaient jetés au devant du péril pour arracher à la mort quelques-uns de leurs camarades.
Dès ce jour-là j'apportais aux deux plus valeureux d'entre eux la Croix des Braves que M. le Président de la République avait tenu à mettre spontanément à notre disposition. Depuis, comme il convenait de le faire parce que tous les hardis marins qui prirent part à cette journée tragique ont accompli leur devoir avec une égale audace et un égal désintéressement, d'autres récompenses ont été attribuées par moi.
Je viens aujourd'hui remettre officiellement ces récompenses à ceux qui les ont si bien méritées.
Vous avez pensé, mes chers compatriotes, que cette cérémonie devait coïncider avec l'une des fêtes locales les plus aimées de votre région, avec un de vos vieux pardons bretons, celui de Notre-Dame-de-la-Joie. Vous pourrez désormais lui ajouter un autre titre : celui de Notre-Dame-de-l'Honneur. 
Messieurs, avant de lire le glorieux palmarès qui suffirait à rappeler les circonstances qui transformèrent en quelques instants les plus tranquilles de nos marins en véritables Titans dressés contre la vague mauvaise, je veux saluer une fois encore — et dans un même salut d'admiration et de respect, — tous les survivants qui se retrouvent aujourd'hui réunis à côté des veuves et des orphelins dont les yeux sont encore remplis de l'inoubliable et de l'infernal spectacle. Et vous tous, qui êtes étrangers à cette rive, Français de l'intérieur que la belle saison attire parmi nous, découvrez vos têtes, inclinez vos fronts devant cette rude population de Penmarc'h, devant ces marins, devant ces femmes et devant ces enfants qui portent dans leur poitrine tant de vertus d'héroïsme dans le deuil et dans la douleur.
Des pensions de l'Etat ont été annoncées par M. DANIÉLOU, au cours de cette cérémonie.

* * *

Un très grand nombre de témoignages de sympathie, en même temps que d'admiration pour les braves gens de Penmarc'h, nous sont venus après la catastrophe du 23 mai.
Notre rapport sur le sinistre a été lu dans toutes nos stations de canots, en présence de nos canotiers, des Membres de nos Comités, et souvent d'un nombreux public. Ces réunions ont donné lieu à des quêtes dont nous publions les résultats d'autre part, et à des adresses dont nous reproduisons ci-dessous un certain nombre, en nous excusant de ne pouvoir le faire pour toutes.

De Gravelines :
Le 28 juin 1925. sur la convocation de son Président, le Comité du canot de sauvetage de Gravelines s'est réuni dans une des salles de la Mairie de Grand-Fort-Philippe, mise à sa disposition gracieusement par M. MARCHAL, Maire de la commune, qui nous fit l'honneur d'assister à la séance, accompagné de MM. DUMOIS, ancien Maire, LEVÊQUE-DAUBERCOURT, BLOUDIN-MANIEZ,MISSCROLE-HENON, BRUNET-ENGRAND, MADOUX-TALLEUX, conseillers municipaux. Sont présents : MM. TORRIS, Président du Comité, Paul TERRIS, Secrétaire-Trésorier, François LEPRÊTRE, patron du canot, THOMAS, Chef du Service de la Marine, DECOIS, Ingénieur des Ponts et Chaussées.
Une centaine de marins et d'habitants remplissent la salle. La séance ouverte, M. le Maire de Grand-Fort-Philippe demande la parole, il s'exprime en ces termes :
« Réunis aujourd'hui sur la demande du Comité du canot de sauvetage, je suis heureux de saluer en votre nom à tous M. Adolphe TORRIS, Président, et de lui dire notre respectueuse affection. Sa présence parmi nous démontre une fois de plus l'intérêt qu'il porte depuis longtemps à l'équipage du canot de sauvetage et à tous nos marins, et nous vous en remercions, Monsieur TORRIS. Personnellement ma joie est grande de vous recevoir en cette salle de notre maison commune. Je salue MM. les Membres du Comité et vous dis à tous et au nom de tous « Soyez les bienvenus ». Nos marins méritent le bienveillant intérêt que vous leur portez ; le grand malheur qui a frappé leurs frères de Penmarc'h les a touchés au cœur, car, dans cette famille des travailleurs de la mer, tous savent que la gueuse frappe en aveugle, et qu'ici à Grand-Fort elle a causé bien des deuils ».
M. le Président remercie M. le Alaire de sa sympathie et fait lire le rapport envoyé par le Comité central de Paris.
L'émotion de l'Assemblée est considérable, elle charge le Président de transmettre au Comité Central de Sauvetage de Paris sa douloureuse sympathie pour la perte de quinze de ses braves canotiers, et de faire connaître aux survivants des équipages des canots Comte-et-Comtesse-Foucher et Léon-Dufour, ainsi qu'aux familles des disparus, ses sentiments de fraternelle douleur et de profonde condoléance.
Le Président, Ad. TORRIS.

De Calais :  
En présence du Comité et de plusieurs personnes, ainsi que des - canotiers, j'ai fait la lecture du rapport du sinistre du 23 mai 1925 à Penmarc'h, en faisant ressortir l'effort fait par ces hardis sauveteurs pour se porter au secours des bateaux de pêche naufragés auxquels nous avons rendu un hommage ému. J'ai principalement fait ressortir à nos braves canotiers de la station de Calais qu'en pareilles circonstances, il ne fallait pas d'hésitation et qu'on devait braver tout danger pour faire son devoir.
Tous m'ont assuré que la Société pouvait compter sur eux.
M. le Maire de Calais, présent à cette cérémonie, a ajouté quelques paroles dans le même sens à nos canotiers ; il avait, dans une séance du Conseil municipal, rendu hommage aux Victimes du Devoir du sinistre de Penmarc'h.
Le Président, DUPENDANT.

D'Audresselles :  
La réunion a eu lieu le 21 juin, à 9 h. 45, à la maison-abri du canot de sauvetage. Tous les hommes de l'armement sans exception étaient présents ; quelques membres de leurs familles et plusieurs marins d'Audresselles y ont pris part aussi. Nous leur avons donné lecture du rapport.
Après lecture faite, le patron et tout l'équipage ont déclaré prendre part à la mort cruelle dont ont été victimes leurs camarades en allant sauver leurs semblables, et tous se sont joints à moi pour adresser aux survivants et aux familles des victimes l'expression de leur admiration et de leur douleur.
Le Secrétaire, ZUNQUIN.
De Cayeux :
Le rapport du sinistre de Penmarc'h survenu le 23 mai dernier a été lu à l'équipage du canot de sauvetage de Cayeux réuni, et écouté avec émotion.
Unis dans le même sentiment de profonde sympathie, nous adressons aux vaillants marins victimes de leur dévouement, à leurs familles et aux survivants, l'expression de notre admiration et de notre douleur.
Le Président, TERNISIEN.

Du Tréport :  
Une réunion des Membres du Comité, des équipages du canot de sauvetage et de personnes s'intéressant à la Société, a eu lieu à l'Hôtel de Ville du Tréport, le dimanche 26 juillet, à 10 heures.
La lecture du rapport sur le sinistre de Penmarc'h du 23 mai a été faite par le Secrétaire dans un profond recueillement.
A l'issue de cette lecture, toutes les personnes présentes, unies dans un sentiment de profonde sympathie, m'ont chargé de vous faire parvenir pour les survivants et les familles des victimes, l'expression de leur admiration et de leur douleur.
Le Président, GlGNON.

D'Yport : 
Nous avons lu devant les canotiers réunis dans la maison-abri le rapport concernant le sinistre de Penmarc'h.
Les circonstances dans lesquelles leurs collègues bretons ont été perdus ont vivement ému nos canotiers qui savent apprécier comme il convient tous les actes de dévouement.
Nous avons appelé leur attention sur l'intérêt primordial de se munir du gilet de sauvetage et invité les patron et sous-patron à s'assurer que celle mesure réglementaire soit toujours appliquée.
Ils veilleront à ce qu'aucune infraction ne soit commise à cet égard.
Quant à l'attachement au canot par un anneau fixé par une corde et passée autour d'un bras, tous ont été unanimes à reconnaître que la mesure n'était pas pratique et était même dangereuse.
J'ajoute que le rapport que vous nous avez adressé sera lu aux enfants dans nos écoles par les Directeur et Directrice.
Le Président, MAILLARD.
De Grandcamp :
J'ai réuni hier dans la maison-abri du canot de sauvetage le Comité et les équipages de notre station. Après lecture du fascicule relatif au sinistre de Penmarc'h, l'ordre du jour ci-après a été acclamé :
« Le Comité de la station du canot de sauvetage de Grandcamp et les équipages du Commandant Garreau, réunis en séance publique dans l'abri du canot de sauvetage, adressent, aux héroïques victimes de la catastrophe de Penmarc'h le témoignage de leur admiration et leur souvenir ému.
« Ils présentent aux veuves et aux orphelins des infortunés marins victimes de leur dévouement l'expression de leurs bien vives condoléances, et les prient de vouloir bien accepter le produit d'une collecte faite au cours de la réunion d'aujourd'hui. »
Les équipages du canot sont partisans du gilet de kapok et de ne pas s'amarrer sur le canot afin d'avoir leurs mouvements libres.
Le Président, LE CAVE Y.

De Barfleur :  
J'ai réuni hier, à 17 heures, à la maison-abri, les Membres du Comité et l'équipage du canot de sauvetage, pour y entendre la lecture du rapport sur le sinistre du 23 mai dernier à Penmarc'h.
De nombreux marins n'appartenant pas à l'équipage de notre station et diverses personnes de la localité avaient été autorisés à assister à cette réunion. Tous se sont unis dans un sentiment de sympathie et adressent aux marins de Penmarc'h ainsi qu'à leurs familles l'expression de leur admiration respectueuse et émue.
Le Président, O'HEGERTY DE MAGNIÈRES.

De Goury : 
Le 21 juin 1925, à 9 heures, les Membres du Comité de Sauvetage et les canotiers de la station de Goury se sont réunis à la maison-abri. Le Président du Comité a donné lecture du rapport d'enquête sur le sinistre du 23 mai dernier à Penmarc'h. Ce rapport a été écouté avec une vive attention.
Commentant les considérations faites dans ce rapport sur les gilets de sauvetage et la question de savoir si les canotiers doivent s'attacher dans le canot, les canotiers de Goury se rangent sans réserve aux conclusions qui y sont exprimées.
Sur la proposition de M. le Président du Comité, l'ordre du jour suivant a été adopté à l'unanimité :
« Les Membres du Comité de sauvetage et les canotiers de la station de Goury, profondément émus des terribles péripéties du sinistre du 23 mai dernier à Penmarc'h et touchés d'admiration pour le dévouement sublime apporté dans de si terribles circonstances, unis dans un sentiment de profonde sympathie confraternelle, adressent aux survivants et aux familles des victimes l'expression de leur admiration et de leur douleur ».
Le Président, JEAN.

De Granville :  
Le Comité et les équipages du canot de sauvetage ont été convoqués le 27 juin au Bureau de l'Inscription Maritime à Granville pour entendre la lecture du rapport relatif à la catastrophe de Penmarc'h.
M. FARIAU était présent, ainsi que M. LEHUBY, SecrétaireTrésorier, et moi-même.
Le patron SAILLARD s'est rendu à la convocation accompagné de dix canotiers ; les autres membres de l'équipage qui se trouvaient à la mer n'ont pu rallier le port en temps voulu.
Lecture a été donnée par M. LEHUBY du rapport établi par la Société Centrale. J'ai cru devoir en remettre le texte entre les mains du patron SAILLARD, en vue d'être communiqué par lui aux canotiers absents.
Au nom du Comité et des équipages du canot de Granville, j'ai l'honneur de vous prier, Amiral, de vouloir bien faire transmettre aux survivants et aux familles des victimes l'expression de notre admiration et de nos condoléances attristées.
L'Administrateur de 1ère classe de l'Inscription Maritime, VALLÉE.

De Saint-Servan :  
Les canotiers de l'Emile-Perrin, de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés (station de Saint-Servan), en apprenant la catastrophe qui vient d'arriver aux stations de Kérity et de Saint-Pierre, adressent :
1° Aux familles éprouvées leurs sincères condoléances;
2° A leurs camarades rescapés leur admiration;
3° Au siège central de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés l'assurance de leur confiance toujours inébranlable et dévouée.
Le Secrétaire-Trésorier, PEOCH.

D'Erquy :  
J'ai réuni les canotiers et je leur ai donné lecture du rapport concernant le sinistre de Penmarc'h. Un certain nombre de personnes auxquelles s'étaient joints des baigneurs ont aussi entendu cette lecture avec un intérêt manifeste, et je suis l'interprète de tous en vous priant de vouloir bien exprimer aux survivants et aux familles des victimes notre sympathie et notre admiration
Le Président, BESNIER.

De Portrieux :  
Lecture du rapport sur le sinistre de Penmarc'h a été faite le 20 juin, dans la maison-abri, jour de la sortie du canot de sauvetage.
Une affiche avait été apposée à la maison-abri pour prévenir la population, qui, ainsi que les canotiers, a exprimé son admiration et sa vive sympathie aux survivants, aux victimes et à leurs familles.
Le Président, CROIZIER.

De Portz-Even :  
Le 5 juillet à Portz-Even, nous avons lu le rapport devant l'équipage du canot de sauvetage et les membres du Comité. Tous admirent le dévouement de ces braves canotiers de Penmarc'h. Nous avons fait une quête parmi nos canotiers et les gens présents qui a rapporté la somme de 105 francs que nous avons versée à M. l'Administrateur de Paimpol, pour être envoyée à M. l'Administrateur de Quimper en même temps que l'argent recueilli par souscription par M. l'Administrateur de Paimpol qui a rapporté au total 3.557 fr. 50.
Le Président, EVENOU.

De Calais :  
J'ai l'honneur et me fais un devoir de vous faire connaître que tous les insulaires que j'ai vus au sujet de votre rapport concernant le grand et malheureux sinistre du 23 mai dernier sont unanimes à approuver de tout cœur ce rapport qui montre combien les membres de la grande et noble Société de Sauvetage que vous présidez avec tant d'éclat et d'humanité savent, aussitôt qu'un malheur arrive aux marins de notre admirable Société, prendre leur part du malheur et s'y associer par le cœur.
Deux marins de la localité, M.M. PROSMARDUC et GAUDROT se sont empressés de faire une quête pour recueillir le plus de fonds possible ; le produit en a été remis à M. l'Administrateur à Paimpol pour aider à secourir les veuves et orphelins, malgré que ces braves avaient été devancés par la souscription du journal Ouest-Eclair.
Le Président, LEMONNIER.

De Perros-Guirec : 
Ce matin, à l'issue de l'exercice du canot de sauvetage, il a été donné lecture du rapport sur le sinistre du 23 mai.
Beaucoup de personnes sont venues à cette occasion se joindre aux membres du Comité et aux canotiers, et tout le monde a écouté avec une profonde et sympathique douleur la lecture de ce rapport, prenant part à la douleur des familles éprouvées par ce terrible sinistre.
Le Président, LE BROZEC.

De Roscoff :  
J'ai convoqué hier dimanche les membres du Comité de Sauvetage de Roscoff et les équipages du canot de sauvetage qui se sont réunis à l'Abri du Marin à 10 heures du matin pour entendre la lecture palpitante du récit de votre enquête sur le sinistre de Penmarc'h du 23 mai dernier.
Les journaux avaient publié que, par une haute sollicitude pour les victimes de ce sinistre, l'Amiral Président de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés avait, dès le lendemain de la catastrophe, quitté Paris, se rendant à Penmarc'h, ce qui avait touché profondément les marins et donnait à la réunion de l'importance.
Le récit du sinistre, que j'ai lu le plus clairement possible, fut écouté dans le plus grand silence, mais avec une grande émotion par les marins et pêcheurs formant l'auditoire. Excepté quelques personnes, tous étaient des gens de mer, exerçant la profession des victimes.
Je peux dire que les physionomies de tous exprimaient une grande pitié pour les victimes et leurs familles et l'immense sympathie confraternelle pour les noyés. C'étaient leurs frères, ces victimes du dévouement morts en accomplissant les devoirs de leur dangereux métier.
Les explications qui ont suivi et les leçons à tirer de la catastrophe ont été écoutées attentivement.
Le Président, Yves OLLICHON.

De Molène : 
J'ai convoqué le 21 juin les équipages des deux canots de sauvetage de Molène ainsi que tous les marins pour assister à là lecture du rapport sur le sinistre de Penmarc'h.
Une bonne partie des canotiers ainsi que des marins de Molène assistaient à la lecture de ce document. Tous étaient fiers de la façon dont leurs camarades, canotiers de sauvetage et pêcheurs, s'étaient dévoués pour sauver leurs camarades se noyant, pendant la tempête du 23 mai 1925.
Beaucoup de marins ont déclaré après la lecture que, si le sinistre s'était passé sur les côtes de Molène ou Ouessant, ils n'auraient pas hésité à sacrifier leur vie pour sauver leurs camarades en danger de se noyer.
Le Président, LE BRIGANT.

D'Ouessant :  
Le 24 juin, jour de la sortie d'exercice du canot de sauvetage, le Comité et les canotiers réunis, je leur ai donné lecture du rapport sur le sinistre de Penmarc'h.
Tous se sont unis dans un même sentiment de profonde sympathie pour adresser aux survivants et aux familles des victimes l'expression de leur admiration et de leur douleur.
J'ai demandé aux canotiers après lecture, s'ils avaient quelque observation à formuler sur le canot ou les engins de sauvetage. Tous m'ont répondu que la plus grande confiance règne parmi eux, que le-canot et le matériel sont en très bon état et qu'ils feront devant leurs camarades en danger comme ont fait leurs camarades à Penmarc'h.
Le Secrétaire, Y. LE VAILLANT.

D'Audierne :  
J'ai donné lecture le 21 juin à 17 heures au Bureau de la Marine aux Membres du Comité local et à l'équipage du canot de sauvetage du rapport établi sur le sinistre de Penmarc'h.
M. le Maire d'Audierne et M. le Directeur de l'École de Pêche, convoqués par mes soins, ont bien voulu répondre à notre invitation.
La lecture du rapport terminée, tous les assistants ont pris à mon commandement la position du « garde à vous » et ont salué nos vaillants camarades, les canotiers de Kérity et de Saint-Pierre-Penmarc'h, morts au Champ d'Honneur.
L'Administrateur de 1ère classe de la Marine, BIGNON.

De Doëlan :  
Les canotiers de sauvetage ont été convoqués aujourd'hui dimanche 28 juin, à l'issue de la sortie d'exercice du trimestre. Il leur a été donné lecture du rapport sur le sinistre de Penmarc'h.
En leur nom et au mien, je vous demande, Amiral, d'adresser aux survivants et aux familles des victimes l'expression de notre admiration et de notre douleur.
Le Président, SCUDELLER.

De la Turballe :  
Les Membres du Comité de la Turballe ont fait hier 11 juillet la réunion projetée pour lecture du rapport sur le sinistre de Penmarc'h.
La séance ouverte à 15 heures, la parole fut donnée à M. BOINET, qui s'exprima ainsi :
« Mesdames, Messieurs, cette réunion a été préparée à la demande de M. le Vice-Amiral TOUCHARD, Président de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés, pour présenter le rapport officiel du désastre qui, le 23 mai dernier à Penmarc'h, coûta la vie à vingt-sept marins, fit quarante-cinq orphelins et provoqua le naufrage de deux canots de sauvetage.
« En l'organisant, M. MAYER, Président du Comité de La Turballe, s'est associé chaleureusement à une initiative qui non seulement raviverait la mémoire d'une des plus impressionnantes catastrophes de mer, mais lui procurerait en même temps l'occasion d'exalter les mérites réels et trop ignorés de nos marins.
«Le récit que vous allez entendre est, dans toute l'acception du mot, un rapport. Avec l'aide de la carte, vous allez suivre minute par minute les phases de la lutte épique.
« Ce que le naufrage de deux canots de sauvetage avait d'incompréhensible pour beaucoup de monde vous sera expliqué ; en un mot, marins professionnels et auditeurs profanes revivront toutes les péripéties de cette angoissante tragédie.
« Mais ce document véridique a une fâcheuse qualité : c'est d'être aussi simple qu'exact. Rédigé par des hommes qui furent des marins, il reflète leur esprit ; les officiers qui dirigent la Société aussi bien que les équipages qui arment les canots de sauvetage racontent les exploits comme ils les accomplissent : en toute simplicité et en toute modestie.
« C'est vraiment excès de vertu pour les temps que nous vivons où les mérites les plus minces se célèbrent trop volontiers avec les plus grands mots.
« Cette dignité un peu fière tient dans une ombre trop discrète la valeur morale des actes d'héroïsme accomplis.
« Or la solidarité des marins est un des plus beaux sentiments dont l'humanité se puisse honorer.
« Pendant l'horreur de celle tempête les pêcheurs de Saint-Pierre Penmarc'h et de Kérity donnèrent un nouveau témoignage de cette solidarité. Aucune manifestation de ce qu'il y a de bon dans l'humaine nature ne dépasse en grandeur et en noblesse le dévouement absolu, le total esprit de sacrifice qui animent l'homme de mer volant au secours de son semblable en danger.
« Aujourd'hui il fait trop beau, le ciel et la mer sont trop aimables pour préparer l'esprit à un récit d'horreur tragique ; mais ce qui va nous être raconté mériterait l'apothéose, je vous ai dit ces quelques mois de préparation dans l'espoir que vous voudrez bien écouter et retenir ce poignant récit avec la sympathie, l'estime et l'admiration que méritent nos braves et rudes marins dans leur lutte contre le péril de la mer ».
Lecture du l'apport faite, le président clôtura la séance par ces quelques mots :
« Permettez-moi, Mesdames, Messieurs, de vous remercier chaleureusement d'avoir bien voulu honorer de votre présence cette manifestation de solidarité avec les stations sinistrées.
« Merci surtout pour votre attitude sympathique, notre tâche en a été facilitée.
« M. BOINET vous a dépeint toute l'admiration que l'on devait avoir pour nos braves marins, — hommages mérités ; — permettezmoi cependant d'y associer la Société Centrale de Sauvetage, car c'est elle qui fournit le matériel et les armes nécessaires pour soutenir les luttes dont nous venons de vous exposer un frappant exemple.
« OEuvre privée, elle ne vit que de la générosité privée. Son œuvre est assez méritoire pour entraîner sympathie et bienveillance.
« Aussi je me permets d'espérer qu'en toutes circonstances et notamment à l'occasion de la fête qui doit avoir lieu prochainement, nous pourrons escompter la généreuse sympathie de nos hôtes de passage et de la population turballaise. Ce sera de leur part faire œuvre méritoire pour une des plus belles associations de bienfaisance qui existe. »
Le Président, MAYER.

Des Sables-d'Olonne :  
J'ai profilé, dimanche dernier 25 courant, de la présence de tous les canotiers au port pour leur donner lecture du compte rendu relatif au sinistre de Penmarc'h.
La plupart des Membres du Comité étaient également présents. Après avoir lu votre lettre du 15 juin et le compte rendu susvisé, j'ai commenté en particulier les causes du sinistre et la témérité des canotiers de Penmarc'h victimes d'un excès de dévouement. J'ai terminé en demandant aux marins présents d'être leur interprète auprès de la Société Centrale pour lui faire connaître que, si des canotiers sablais venaient à périr en mer, victimes de leur devoir, des camarades se présenteraient immédiatement pour les remplacer.
L'Administrateur de l'Inscription Maritime, Président, GUYADER.

Des Baleines :  
Le Comité et l'équipage de la station des Baleines se sont réunis le 21 courant afin de prendre connaissance du rapport concernant le naufrage des canots Léon-Dufour et Comte-et-ComtesseFoucher. D'un commun accord, le Comité et l'équipage témoignent toute leur admiration aux survivants et leurs condoléances aux familles des canotiers victimes du devoir.
Le Président, BESSON.

De la Rochelle :  
L'Assemblée eut lieu dans la salle basse de l'hôtel de la Bourse, à 4 heures du soir.
Etaient présents: MM. le Préfet de la Charente-Inférieure, GAILLARD Administrateur de la Marine, JEANNIER adjoint, VEILLON receveur des Douanes, PERREAU sénateur, Maire de La Rochelle, MORCH Président de la Chambre de Commerce, LOMBARD Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, ROUGERON Sous-Ingénieur, CHIARISOLI Directeur des Douanes, BARTIER Directeur de la Pacific Sleam. LIBAULT Inspecteur principal des Douanes, PAPEMBURG Capitaine des Douanes, DALH Armateur, le Commandant DARDE Armateur, LE CALVEZ Lieutenant de port de La Palliée, le Capitaine de port de La Rochelle, les marins et l'équipage de noire station.
M. ROBIN Président, assisté de M. OLIVIER, prend place au bureau et remercie les membres présents et les invités d'avoir bien voulu répondre à son appel.
Il donne ensuite lecture du rapport résultant de l'enquête sur le sinistre du 23 mai à Penmarc'h et fait passer la carte afin qu'on puisse suivre les phases de ce drame.
La question est d'autant plus intéressante à La Rochelle que notre côte a été aussi durement éprouvée cet hiver.
La lecture du rapport terminée et après un échange de conversations, le Président propose d'adresser d'une façon unanime ses vœux de sympathie et ses sentiments d'admiration aux victimes et aux familles des marins si nobles de dévouement. Ce qui est unanimement accepté.
Le Président, ROBIN.

De Saint-Denis-d'Oléron :  
Les membres du Comité et les équipages du canot de Saint-Denis sont réunis le 5 juillet 1925 dans une des salles de la Mairie.
Lecture est donnée du rapport sur le sinistre survenu le 23 mai 1925 à Penmarc'h. Après la lecture, les personnes présentes ont arrêté l'ordre du jour suivant, en priant m. le Vice-Amiral TOUCHARD de le faire parvenir aux intéressés :
« Les Membres du Comité et les équipages dû canot de Saint-Denis adressent aux familles des victimes du sinistre de Penmarc'h l'expression de leur douleur et de leur profonde sympathie confraternelle.
« Ils envoient également aux survivants des équipages de Kérity et de Saint-Pierre Penmarc'h l'expression de leur vive admiration pour le courage, l'abnégation et le mépris de la mort qu'ils ont témoignés.
« Ils admirent la belle conduite des sauveteurs volontaires, qui ont brigué l'honneur de remplacer les vides produits dans l'armement des équipages par la disparition de leurs braves camarades et parents ayant péri dans le sinistre. »
Le Secrétaire, Louis MASSON.
De Saint-Trojan :
Le lundi 25 juin, j'ai prié le patron DANDONNEAU de prendre toutes ses dispositions pour faire une sortie d'exercice et j'en ai profité pour lire aux canotiers le rapport du sinistre du 23 mai à Penmarc'h. Après lecture du rapport tous les canotiers adressent aux survivants l'expression de leur admiration et me prient d'envoyer aux familles des victimes toutes leurs condoléances attristées et leurs douloureuses sympathies.
Le Président, MAÎTRE.

De Port-Vendres :  
J'ai l'honneur de vous rendre compte qu'après entente entre les membres du Comité local et les membres du Conseil d'administration de la Société de secours mutuel La Concorde, dont font partie la plus grande majorité de nos canotiers, il a été décidé que, le 24 juin (hier) jour de la fêle anniversaire de cette Société, je donnerais lecture à tous les membres et à leurs invités du rapport que vous m'avez transmis. Toutes dispositions avaient été prises pour que le plus grand nombre d'auditeurs soient admis.
Étaient présents : M.M. le Président et les membres du Conseil d administration de la Concorde, les membres de la Concorde et, leurs invités, le Maire de Porl-Vendres, le Commandant d'armes, M. le Curé, le Capitaine des Douanes et une délégation des agents de celle administration, une délégation du Conseil municipal, les canotiers et trois cent cinquante personnes environ.
La lecture du rapport a été faite au milieu d'un silence religieux.
Celle lecture terminée, chacun s'est recueilli pendant une minute en signe de deuil, et immédiatement après ont retenti les accents de la Marseillaise, exécutée par la musique de la Société. La Marseillaise a été écoutée debout et tête nue par tous les assistants, et spontanément il a été décidé qu'une quête serait faite parmi les assistants par deux canotiers de Port-Vendres au profil des victimes des canots de sauvetage de Kérity et de Penmarc'h.
Le Président, Poux.

De La Nouvelle :  
J'ai réuni dimanche dans la maison-abri les deux armements du canot et les membres du Comité et plusieurs étrangers qui sont venus entendre le rapport sur le sinistre de Penmarc'h.
Tous les hommes ont été unanimes pour envoyer aux survivants et aux familles de leurs camarades leur sympathie confraternelle et , l'expression de leur admiration et-de leur douleur.
Le Président, GASCH.

De Cette :  
La brochure a été communiquée au Comité de Cette, ainsi qu'à l'équipage du canot et aux personnes qui s'intéressent à notre œuvre. Tous ont été profondément émus par la lecture de ce rapport, et ils me chargent d'être leur interprète pour adresser aux survivants et aux familles des victimes l'expression de leur vive sympathie.
Le Président, COMOLET.

Des Saintes-Maries :  
Le dimanche 28 juin j'ai convoqué à la maison-abri du canot de sauvetage les membres du Comité et les équipages pour donner lecture du rapport de la Société Centrale sur le sinistre du 23 mai dernier. Quelques autres personnes ont assisté à la réunion.
Tous les assistants me chargent de vous exprimer et de transmettre aux survivants et aux familles des victimes de la catastrophe le témoignage de leur admiration pour le dévouement dont les uns ont fait preuve, et de leur douloureuse sympathie pour le malheur qui a frappé les autres.
Le Président, CHAPELLE.

De Faraman-Beauduc :  
Amiral, par votre lettre du 15 juin vous avez bien voulu me charger de communiquer à nos canotiers, aux membres de notre Comité local et aux personnes s'intéressant à la Société, le rapport d'enquête relatif au sinistre de Penmarc'h.
J'ai l'honneur de vous rendre compte que je me suis acquitté hier soir de cette mission en une conférence publique dans une salle de notre École communale.
Au cours de cette conférence qui a été suivie avec beaucoup d'attention par cent ou cent cinquante personnes, dont quelques dames, j'ai exposé de mon mieux l'œuvre de la Société, son histoire, son organisation actuelle, les résultats qu'elle a obtenus, ses ressources et ses besoins, et enfin, le rapport d'enquête sur le sinistre de Penmarc'h.
J'avais reproduit au tableau noir la carte annexée à votre rapport, ce qui a permis au public d'en suivre commodément la lecture,
A l'issue de la réunion, les membres de notre Comité ont distribué des tracts de la Société, et une collecte a été faite qui a produit la somme de 525 fr. 30.
D'après les commentaires que j'ai recueillis à l'issue de la réunion, je suis heureux de pouvoir vous dire que le public a été fortement impressionné par l'héroïsme dont ont fait preuve les malheureuses victimes du sinistre, et a été unanime à témoigner son admiration pour la belle conduite de ces braves.
Le Président, PERRY.

De Carro :  
J'ai donné lecture aujourd'hui 28 juin devant, une nombreuse affluence du rapport concernant le sinistre du 23 mai à Penmarc'h». Tous nos collaborateurs s'unissent dans un sentiment de profonde sympathie confraternelle et adressent aux survivants et aux familles des victimes l'expression de leur admiration et de leur douleur.
Le Président, MAZEL.

De Cros-de-Cagnes :  
J'ai l'honneur de vous rendre compte que j'ai profité de la sortie trimestrielle du canot de sauvetage (21 juin 1925) pour donner lecture à l'équipage assemblé de la petite brochure éditée par la Société à la suite des naufrages de Kérity-Penmarc'h.
Je suis heureux de vous annoncer que nos pêcheurs du Cros ont tenu à s'associer aux témoignages de charité et de solidarité qui de toutes les parties de la France sont parvenus aux familles des victimes.
Le Président, Administrateur de 1ère classe de l'Inscription Maritime, DE COUX.

De Philippeville :  
Comité de Sauvetage de Philippeville. Séance extraordinaire du 1er juillet 1925.
Étaient présents : M.M. TEISSIER, banquier, Président, SEY'- TRE Capitaine des Douanes, VILLAREM Administrateur de la Marine, POLLIART Courtier maritime, VELLARD Courtier maritime, POLIVET Capitaine de port, Secrétaire-Trésorier.
Assistaient en outre à la séance les équipages du canot de sauvetage, M.M. GUIVARCH Président de l'Amicale bretonne de Philippeville, PEROTI Chef pilote, et une délégation du personnel du pilotage, JUHEL Sous-Lieutenant de port, une délégation des marins du quartier de Philippeville et Stora.
A 15 h. 30, le Président ouvre la séance, il expose le but de cette réunion et donne lecture de la lettre de M. le Vice-Amiral TOUCHARD, Président de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés.
Il donne ensuite la parole au Secrétaire-Trésorier pour lecture du rapport sur le sinistre de Penmarc'h, lecture qui par tous les assistants est écoutée avec le plus profond recueillement.
La parole est ensuite donnée à M. VILLAREM, Administrateur de la Marine, qui prononça l'émouvante allocution suivante :
« Après la lecture que nous venons d'entendre, je croirais manquer à tous mes devoirs si je ne prenais l'initiative de vous proposer d'adresser à toutes les victimes de la tempête du 23 mai dernier l'hommage de notre admiration. Nul plus que nous ne peut comprendre la grandeur de l'héroïsme des marins de Kérity et de Saint-Pierre. Habitués de la mer, nous en connaissons mieux les dangers et nous sommes mieux placés pour apprécier les mérites de ceux qui savent la braver. Hélas, c'est encore le sort de bien des marins de périr victimes de celle que notre poète a qualifiée de « Grande Gueuse », mais au moins sachons puiser dans l'exemple des marins de Penmarc'h la leçon qui nous permettra, le cas échéant, de les imiter.
« Nous avons heureusement à Philippeville l'engin qui nous aidera au besoin à porter secours à ceux qui pourraient être en danger sur nos côtes ; ce jour-là nous saurons prouver que tous les marins appartiennent à la même famille dont les membres possèdent une qualité commune : l'Héroïsme.
« Pour terminer, je vous demande l'autorisation d'envoyer à tous ceux qui pleurent leurs chers disparus l'assurance de notre grande sympathie ; je vous demande en outre de vous réunir en une collecte que nous enverrons aux pauvres orphelins ; le service de la mer est rude, on ne s'y enrichit pas, je sais que la plupart d'entre nous vivent difficilement, mais ces orphelins sont désormais nos enfants, sachons par notre obole si minime soit-elle leur témoigner notre affection. »
Le Président associe l'Assemblée à ces nobles et touchantes paroles. Il déclare s'associer d'autant plus volontiers à la généreuse pensée d'une collecte en faveur des familles des victimes qu'il avait lui-même l'intention de proposer celle souscription, et il remet au 'Trésorier une liste où il s'est inscrit en tête, et sur laquelle d'un geste généreux et spontané tous les assistants s'inscrivent.
La parole est donnée ensuite à M. GUICHARD, Président de l' « Amicale bretonne » de Philippeville, qui remercie le Comité d'avoir eu l'aimable pensée de l'inviter à cette réunion, et en termes émouvants il associe les Bretons de Philippeville aux pieux hommages rendus à ses compatriotes, félicite le Comité de la généreuse initiative prise de faire une souscription en faveur des familles de la catastrophe de Penmarc'h. Il donne l'assurance qu'à la prochaine réunion des Bretons de Philippeville, ces vingt-quatre veuves, ces quarante-cinq orphelins ne seront pas oubliés.
Il est ensuite décidé que par la voie de la presse locale un appel sera adressé aux personnes de bonne volonté en faveur des familles des sinistrés.
Avant de lever la séance, le Comité et toutes les personnes présentes s'unissent dans une même pensée pour adresser un pieux hommage à toutes les victimes du sinistre du 23 mai, aux survivants et aux familles des victimes l'expression de leur admiration et de leur douleur à laquelle ils joignent leurs condoléances les plus émues.
Le Président : TESSIER.

De Bizerte :  
Séance du 18 octobre 1925.
Étaient présents : M.M. ANGLADE Président, GUENEDAL Secrétaire-Trésorier, COURT, DECIIAUX, VERNISSE, SABAYRE, PIQUET, membres, ainsi que les équipages du canot de la station.
La séance est ouverte à 10 h. 15, sous la présidence de M. ANGLADE.
Lecture est donnée du rapport d'enquête sur le sinistre du 23 mai. A l'issue de cette réunion, le Président adresse l'allocution suivante :
« Messieurs, permettez-moi de vous remercier d'avoir bien voulu assister à cette réunion dont l'objet est uniquement d'entendre lecture du rapport d'enquête sur le sinistre du 23 mai dernier à Penmarc'h. En invitant tous les Comités de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés à se réunir dans le même but, M. l'Amiral TOUCHARD, son éminent Président, n'a eu en vue que de les inciter à rendre un commun hommage aux vaillants marins de Penmarc'h qui, selon la tradition française, n'ont pas hésité à sacrifier leur vie pour sauver celles de leurs semblables.
« Je suis certain, Messieurs, qu'après cette émouvante lecture, vous voudrez bien vous unir dans un sentiment de profonde sympathie confraternelle pour adresser aux survivants et aux familles des victimes l'expression de notre admiration et de notre douleur que je vous propose de traduire en ces termes : « Les membres du Comité de Bizerte de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés, réunis le 18 octobre 1925 dans l'une des salles de l'Hôtel de Ville de cette localité, après avoir entendu la lecture faite par le Président du rapport d'enquête sur le sinistre du 23 mai 1925 à Penmarc'h, aussi profondément émus par le dramatique récit de ce malheureux événement que par le courage et le sang-froid des équipages des bateaux sauveteurs, adressent aux vaillants marins survivants le témoignage de leur admiration, et aux familles des victimes celui de leur vive douleur, en applaudissant d'avance à la juste récompense qu'ils souhaitent voir décerner à ces équipages en reconnaissance de leur héroïsme ».
Les Membres du Comité adoptent celle adresse par un vote unanime.
Le Président, ANGLADE.

De Sousse :  
Le 28 juin j'ai convoqué les Membres du Comité et les équipages du canot de sauvetage de notre station pour leur donner lecture du rapport sur le sinistre du 23 mai dernier à Penmarc'h.
Les Membres du Comité ainsi que les équipages, s'unissant dans un sentiment de profonde sympathie confraternelle, vous prient d'adresser aux survivants et aux familles des victimes l'expression de leur admiration et de leur douleur.
Le Président, GOSSELIN.

De l'École Navale : 
Le Capitaine de Vaisseau Commandant l'École Navale a adressé à l'Amiral Président la lettre suivante :
Amiral, Je vous remercie de la publication que vous avez bien voulu adresser à l'École Navale, sa place est tout indiquée dans la Bibliothèque de l'École où je l'ai fait placer. Le Commandant en second a saisi cette occasion de faire aux élèves une conférence appropriée sur le sinistre de Penmarc'h qui, malgré les deuils qu'il a occasionnés, restera une belle leçon de vaillance à donner à de futurs officiers de marine.
Veuillez agréer, Amiral, avec l'hommage de la reconnaissance de l'École Navale, l'expression de mes sentiments personnels profondément respectueux.
O'NEILL.

Les témoignages de sympathie qui nous sont venus de l'étranger ne sont pas moins significatifs :

De Londres (Royal National Life Boat Institution) :  
Je vous remercie bien vivement de l'envoi de votre brochure contenant un récit profondément émouvant du terrible sinistre qui a frappé vos deux canots de sauvetage. Je suis assuré que, dans la douleur qu'un tel désastre a causée non seulement aux villages de Penmarc'h et de Kérity mais à toutes les personnes ayant un lien avec le service français du sauvetage et à la nation française tout entière, l'élan de vos braves marins à s'enrôler pour les places devenues vacantes dans les canots a dû vous apporter un profond sentiment d'orgueil et de satisfaction.
Je désire publier un récit du sinistre dans le prochain numéro de notre Revue, et je sais qu'il sera lu avec sympathie et admiration par tous ceux qui ont un-lien avec le service du sauvetage de notre pays.
George SHEE, Secrétaire Général de la Royal National Life-Boat Institution.

De Rotterdam (Zuid-Hollandsche Redding Maatschappij):  
Je vous remercie sincèrement pour l'envoi de la description du sinistre de Penmarc'h, qui circule maintenant chez les autres Membres de notre Comité.
Je l'ai lu plein d'admiration pour la conduite intrépide de vos braves canotiers qui n'ont pas hésité un moment à aller au secours dans les brisants dangereux vers le lieu du naufrage des bateaux chavirés, et qui sont devenus victimes de leur dévouement.
Surtout les questions à propos de ce sinistre ont eu tout mon intérêt, et je suis parfaitement d'accord avec vos conclusions concernant l'usage des gilets de sauvetage et l'attachement des canotiers à l'embarcation.
JULIUS, Secrétaire Général de la Zuid-Hollandsche Maatschappij Redding van schipbreukelingen.

D'Amsterdam (Noord-en-Zuid-Hollandsche Redding Maatschappij) :  
Le 4 juin. Monsieur le Président, nous avons été frappés par le grand intérêt que provoque en France la belle œuvre de votre Société, quand, il y a si peu de jours, nous avions l'avantage d'assister, à la Sorbonne, à votre Assemblée générale.
Ce grand, intérêt aura sûrement aidé de tous côtés à faire ressentir le malheur dont votre Société vient d'être affligée par la perle de quinze hommes valeureux.
Pour notre part, c'est avec une réelle tristesse que nous avons appris la catastrophe, et c'est un besoin de notre cœur de venir vous le dire.
Nous savons comme vous, puisque notre travail est le même que le vôtre, que les meilleurs moyens de secours et les équipages les plus aguerris ne peuvent pas toujours empêcher un malheur.
Nous attendons avec impatience des nouvelles plus précises qui, mieux que les courts articles de journaux, nous donneront un aperçu de ce qui s'est passé.
Nos pensées et nos sympathies s'en vont vers ceux que le deuil a frappés et aussi vers les braves équipages de vos bateaux de sauvetage qui, nous le savons, resteront prêts à secourir de nouveau, quand il le faudra, de malheureux naufragés.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, les sentiments de profonde sympathie de notre Société et recevoir en même temps l'expression de notre respectueuse considération.
Le 24 juin. Monsieur le Président, nous vous remercions bien de ce que vous avez bien voulu nous envoyer un compte rendu du douloureux sinistre du 23 mai 1925 à Penmarc'h. Nous en avons pris note avec beaucoup d'intérêt ; la lecture a encore ajouté à notre admiration du courage et de l'esprit de sacrifice qui inspire de tels exploits aux équipages de vos bateaux de sauvetage.
Nous sommes convaincus que, dans les jours pénibles que vôtre Société traversait, jours de grandes difficultés, vos peines ont été soulagées parce que la confiance mise dans vos moyens de sauvetage ne fut point du tout affaiblie malgré le sinistre, comme il paraissait d'une manière si touchante.
Nous apprécierons beaucoup si vous voudriez nous permettre de traduire l'article sur le sinistre de Penmarc'h en hollandais, et de le faire imprimer, dans le but de le donner aux équipages de nos bateaux de sauvetage à lecture et pour leur instruction.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, avec nos remerciements réitérés pour l'envoi du compte rendu, l'assurance de notre haute considération.
TEGELBERG, Président de la Noord en Zuid Hollandsche Redding Maatschappij.

ANNALES DU SAUVETAGE EN MER - 1er SEMESTRE 1926


RAPPORT SUR LES RÉCOMPENSES

Penmarc'h

Voici les récompenses qui ont été décernées aux sauveteurs et aux canotiers qui, ayant fait le sacrifice de leur vie ont échappé à la mort :
Trois Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur, accordées par M. le Président de la République sur le fonds dont il dispose, à la requête de M. DANIÉLOU, Député, Sous-Secrétaire d'État à la Marine marchande à :

COIC, sous-patron du canot de sauvetage de Kérity.
LE GALL, patron du cotre de pêche Gerald-Samuel.
LARNICOL, patron du canot de pêche Arche-d'Alliance.

La Société Centrale de Sauvetage décerne les récompenses suivantes à ses équipages :

Kérity-Penmarc'h

Cinq Prix Baron et Baronne Léopold Davillier (2.500 francs) à partager entre les survivants.

Médailles d'Or :
Du Baron Jules Cloqnet au sous-patron Coïc et à GOURLAOUEN, canotier titulaire.
Du Baron de Joest à STEPHAN, canotier titulaire.
Gonzague Durand de Beauregard à KERISIT, canotier volontaire.

St Pierre-Penmarc'h

Quatre prix Baron et Baronne Léopold Davillier (2.000 francs) à partager entre les survivants.

Médailles d'Or :
De la marquise d'Estampes à STÉPHAN, canotier titulaire.
Edmée et Renée à TANNEAU, canotier titulaire.
Rodolphe Faulquier à DRÉZEN, canotier volontaire.
Arthur Violette à BOUGUÉON, canotier volontaire.

Cliquez pour agrandir l'image
Les lauréats de l'assemblée générale du 16 Mai 1926


Cliquez pour agrandir l'image
Cliquez pour agrandir l'image
Légion d'Honneur
Chevalier
(Avers)
Cliquez pour agrandir l'image
Légion d'Honneur
Chevalier
(Revers)
Cliquez pour agrandir l'image
Médaille d'Honneur
Pêche et Commerce
Or (Avers)
Cliquez pour agrandir l'image
Médaille d'Honneur
Pêche et Commerce
Or (Revers)



ANNEXE DOCUMENTAIRE : LE MEMORIAL DES SAUVETEURS ACCORDE EN 1926


La Commission chargée de décerner le Challenge fondé par le journal Le Matin l'a attribué cette année à Penmarc'h qui le reçoit ainsi pour la deuxième fois.

(Remarque KBC Penmarch  : Le mémorial des Sauveteurs (son autre nom) a été créé par le Journal le Matin en 1912. Il est accordé pour la première fois en 1913 - pour l'exercice de l'année 1912- aux stations de Kérity et St Guénolé en Penmarc'h).

Cliquez pour agrandir l'image
Le Mémorial du Matin lors de sa première remise en 1913
Cliquez pour agrandir l'image
Le Mémorial du Matin


JOURNAL LE MATIN du 11 MAI 1926

HONNEUR AUX MARINS DE BRETAGNE

Le Mémorial du Matin pour 1925
est attribue au port de Penmarch


SES PÊCHEURS ONT, LE 23 MAI DERNIER ACCOMPLI L'EXPLOIT
LE PLUS MAGNIFIQUE DANS LE DRAME LE PLUS AFFREUX

Cliquez pour agrandir l'image
Cliquez pour agrandir l'image
Cliquez pour agrandir l'image En haut, de gauche à droite le sous-patron Coïc Corentin , Stephan Nonna, le patron Le Gall (2), Joseph Kérisit, François Goulaouen. En bas l'équipage de l'Arche-d'Alliance : au centre le patron Larnicol (3). (Les numéros : la Légion d'honneur pour leur héroïsme.)


Voici revenue l'époque de l'année où cette admirable institution, qui s'appelle la Société centrale de sauvetage des naufragés, tient ses grandes assises. Le 16 mai prochain, elle rappellera au public accouru dans l'amphithéâtre de la Sorbonne que quatre saisons encore sont passées que la fureur des éléments s'est encore abattue, été comme hiver, sur les côtes de France qu'il y a encore eu des tempêtes, des sinistres, des victimes et aussi des héros. Au cours de l'année 1925, vingt-six navires ont été secourus et trois cents vies humaines ont été préservées grâce aux canots de la Société. Tous les sauvetages accomplis ont été admirables. Mais l'un d'entre eux a été plus particulièrement magnifique parce qu'il a eu lieu dans le drame le plus affreux. C'est celui-là que le comité national 1 chargé d'attribuer chaque année le Mémorial du Matin, a décidé de récompenser. Et c'est celui-là que je voudrais vous conter. Il faisait, au matin du 23 mai 1925, un temps radieux à la pointe le Penmarch. Le soleil brillait dans le ciel, éclaboussant, la mer le ses rayons. Et les bateaux de pêche de la côte, depuis Audierne jusqu'à Guilvinec, arborant leurs voiles blanches, étaient tous sortis au large.
Les colères de la nature suivent le près ses sourires. Vers onze heures, une forte brise se levait du sud, tachant d'écume la mer lisse. A midi, la brise devenait tempête et le vent soufflait avec une rage atroce. Du sémaphore de Saint-Pierre, la jumelle à l'œil, le guetteur regardait se dérouler le drame, inouï dans sa rapidité. Attentif, il suivait le mouvement des barques qui, fuyant devant l'ouragan, tâchaient de regagner le port. Soudain, au large, à proximité de la tourelle de la Jument, il vit nettement un bateau de pêche, le Saint-Louis, chavirer, et les cinq hommes qui le montaient dis- paraître dans les flots. Alors, il hissa le pavillon noir et tira deux coups de canon. L'alarme était  donnée. Des deux ports voisins, de Saint-Pierre-de-Penmarch et de Kérity-Saint-Guénolé, deux canots de sauvetage s'élancèrent. Ils ne portaient pas leur équipage réglementaire, car les canotiers titulaires, vu le beau temps, étaient, la nuit, partis à la pêche. Le canot de Saint-Pierre, le Léon-Dufour, comprenait sept volontaires sur douze et canot de Kérity, Comte-et-Comtesse-Foucher, en comprenait quatre sur douze. Les femmes elles mêmes étaient entrées dans l'eau jusqu'à la ceinture pour pousser les chariots à la mer. En Bretagne, quand il s'agit de courir à la mort, il n'y a ni sexe, ni âge, ni règlement.

Partis de deux points différents, les deux canots se rejoignirent non loin de la tourelle de la Jument. Le Léon-Dufour prit la tête, le Comte-et-Comtesse-Foucher marchait dans ses eaux. Aussi longtemps qu'ils furent tant soit peut protégés par les récifs, les sauveteurs manièrent à peu près leurs canots mais, ayant franchi la dernière passe, celle de Men Laou, ils se heurtèrent soudain à la mer déchaînée, à la mer en furie. Alors, ce fut bref et atroce. Une dernière et formidable lame souleva le Léon-Dufour par l'avant, le dressant verticalement en l'air et le vidant de tout son équipage. Une seconde et effroyable lame assaillit le Comte-et-Çomtesse-Foucher par tribord et le fit rouler sur lui-même, jetant à la mer tous ses canotiers. En moins d'une minute, il n'y avait plus que deux embarcations privées de direction, flottant au gré des vagues, et vingt-quatre pauvres êtres humains se débattant dans le gouffre affreux. Un miracle seul pouvait les sauver. Le miracle allait se produire. Deux barques de pêche de Penmarch, l'Arche-d' Alliance, patron François Larnicol et le Gérald-Samuel, patron Le Gall, ayant fui l'ouragan, mouillaient à l'abri, de l'entrée du chenal quand elle aperçurent la tragédie. Elles n'hésitèrent pas une seconde, ni l'une ni l'autre. Elles venaient d'échapper à la mort, mais la mort frappaît tout près elles allaient marcher à sa rencontre pour la faire reculer.
Le patron Larnicol, avec son Arche-d'Alliance, fut le premier sur le lieu du sinistre. Il vit avant toutes choses un être humain désespérément accroché après un cordage : c'était le sous-patron Coïc, du Comte-et-Comtesse-Foucher, s'agrippant à son canot. Il s'élança vers lui.
Non, fit Coïc, moi je tiens. Va prendre ceux qui sont plus loin et qui hurlent au secours.
Larnicol obéit et hissa dans sa barque cinq naufragés, épuisés et transis. Ce n'est qu'après qu'on sauva Coïc.
Quant au Gérald-Samuel, marchant à l'escalade des vagues en furie, il se dirigea droit sur le mat du canot Léon-Dufour, émergeant du gouffre comme un piquet le ralliement. Trois malheureux s'étaient accrochés après ce mât : On commença par les recueillir puis on en recueillit d'autres qui se débattaient dans le gouffre tout autour, dont un, le canotier Tanniou, l'oeil déjà vitreux, l'écume aux lèvres allait s'enfoncer pour toujours dans l'abîme. Il mourut quelques minutes plus tard dans la barque, mais son corps du moins fut arraché aux flots. En tout, sur les vingt-quatre hommes qui montaient le Comte-et-Comtesse-Foucher et le Léon-Dufour, neuf furent sauvés et deux cadavres furent ramenés à la terre, qui les recouvre pour toujours.
« C'est, écrit la Société centrale de sauvetage des naufragés, le sinistre le plus terrible que nous ayons eu à enregistrer depuis notre création. C'est aussi le drame où la plus grande somme de courage aura été dépensée pour braver la mort.
Il est juste de constater que le drame à ému la France entière et de toutes parts, des moindres port de nos côtes, les témoignages d'admiration et de sympathie ont afflué vers Penmarch. Et, le 15 août dernier, M. Daniélou, envoyé par le gouvernement, se rendait à la pointe de Bretagne pour remettre la croix de la Légion d'honneur aux patrons Le Gall et Larnicol, ainsi que pour l'accrocher à la poitrine de cet héroïque Coic, qui criait « Moi, je tiens encore. Prenez ceux qui sont plus loin.» Le Mémorial du Matin ne sera qu'un tribut ajouté à tous les autres.
Depuis qu'il existe, ce Mémorial a toujours été attribué à de braves gens pour un acte de bravoure. Tour à tour Kérity-Saint-Guénolé, Dunkerque, Marseille, le Conquet, Dieppe, Arcachon, l'ont eu en dépôt. Mais relisez cette liste et méditez-en les noms vous y verrez que la première fois que le chal̃lenge alla récompenser les héros de la mer, ce fut pour aller se poser à Kérity-Saint-Guènolé, à cette extrême pointe de Penmarch, où il va retourner cet été. Quel cycle émouvant. Et quelle terre admirable que cette terre de Bretagne, déchirée par les flots, balayée par les vents, mais où la rage de la nature n'arrive pas à faire fléchir le courage des hommes et où le granit des rochers n'entame pas le granit des âmes.
Stéphane Lauzanne

(1) Ce comité est composé de MM. 1 de Kerguézec, sénateur, président de la commission sénatoriale de la marine Granjon de Lepiney, administrateur délégué de la Société centrale de sauvetage des naufragés, Lémery, sénateur, président de l'Union navale paritaire, Rondet-Saint, directeur de La Ligue maritime française.

Accueil
23 Mai 1925
23 Mai 1925-2


Copyright © 2017 KBC Penmarch. Tous droits réservés.Dernière mise à jour : samedi 25 février 2017